22/04/2026
À lire jusqu’au bout!
LE BOX
Le box, c’est quand même une superbe invention quand on y pense. Une boîte tupperware pour poney...ou le studio étudiant du cheval moderne. Compact, fonctionnel, facile à nettoyer (en théorie).
A l’intérieur, tout est optimisé : L’eau est à portée de museau , la nourriture tombe dans la mangeoire à heure fixe , pas besoin de chercher, de réfléchir ou de se fatiguer.
Le cheval devient la victime d'un concept moderne : un consommateur immobile...Un genre de plante verte en somme.
Mais disons la vérité, côté logistique, y a rien à redire.
Tu poses ton cheval là, et hop, tu fait ta vie. tu sais où il est ,pas besoin de le chercher et courir à travers un champ de 6 hectares, il reste propre , sec et en sécurité , a l'abris de tous les dangers extérieur.
Le rêve... Surtout pour le cavalier.
Parce que pour le cheval… comment dire… c’est un peu comme si on te proposait de vivre toute ta vie dans une seule et même pièce , nettoyée par du personnel et avec livraison de repas , mais sans possibilité de sortie à la demande ( j'avoue , je cracherai pas contre 24/48h enfermé dans ma chambre a me faire livrer mes repas... Mais 3j me suffirait à devenir chèvre ). Je parle bien entendu de box en journée.
Le cheval, à la base, c’est un animal qui marche beaucoup. Tout le temps. Pour manger, pour boire, pour réfléchir à sa vie, pour aller voir si l’herbe est plus intéressante trois mètres plus loin...
Et nous, on lui propose 9m2 comme lieu de vie.
En position statique plusieurs heures , les articulations qui bossent moins qu’un stagiaire du service public en plein mois d'août , parfois un seau qui arrive comme un room service sans pourboire.
Les murs portent les traces d’anciens locataires, une sorte de fresque collective dessinée avec les dents, sabots des occupants précédents... Resultat de l'ennui créatif.
Mais au fil du temps la mécanique s’encrasse doucement, comme un vieux tracteur oublié derrière un hangar. Puis on découvre l’arthrose avec un air surpris : “C’est bizarre quand même…il est pourtant pas sur exploité”
Et c'est bien ça le problème , l'immobilité augmente les risques de développer de l'arthrose...et les douleurs lombaires...et l'emphysème ...et les ulcères.
Alors on met le cheval au repos...en aggravant encore le problème.
Le plus fascinant, c’est leur capacité d’adaptation. Ou plutôt leur capacité de résignation.
Parce qu’au bout d’un moment, le cheval de box, “accepte” son sort. Il attend , mange , boit., regarde le mur ou tente de choper la manche du premier bipède qui passe à portée de dent..
Il peut même demander à rentrer les rares fois où il sort dehors ...surtout quand la seule alternative proposée est un paddock individuel sans amis ni distraction.
Il a alors deux options : soit il pète en l'air et saute comme un cabri en mode " c'est maintenant ou jamais " , soit il pleurniche à la porte ( la flemme de faire le crétin ).
Dans le premier cas , la moindre atteinte suffira a convaincre son propriétaire des dangers du monde extérieur " tu vois , je peux pas le sortir , c'est trop dangereux ".
Parfois, il développe des hobbies très personnels : tic à l’appui, tic a l'ours , head shaking… chacun son truc.
Et quand il ne fait rien de tout ça on s'exclame : “Bah tu vois, Il est calme. Tout va bien ”
Calme… ou éteint?
En réalité, il ne “choisit” pas le box. Il choisit l’eau, la nourriture et la sécurité. Et ça tombe bien, c’est que c’est exactement là qu’on les a mises.
Donc forcément… il y entre volontiers..
Mais là où ça se complique c'est quand tu leur proposes autre chose :
Un pré avec des copains , du mouvement , un buffet à volonté qui sort de terre ( un aliment " vivant ")
Et là… miracle !
Le cheval “qui aime son box” fuit comme en évadé fiscal.
Volatilisé dans 3 hectares avec un vivacité que tu ne lui as jamais connu.
Et étrangement, au bout de quelques semaine ( le temps de se faire des copains et de nouvelles habitudes ) plus de regard suppliant vers la porte du box au coucher du soleil.
Rien.
Certains même ( comme trois des miens qui ont connu la vie en box ) ne le supporte plus du tout.
Même pour attendre son tour quand le maréchal fait sa tournée. Alors que les autres le tolère avec beaucoup plus de facilité , n'ayant pas conscience que dans d'autres conditions ils auraient pu y passer leur journée.
Alors oui, le box, c’est pratique. C’est même carrément confortable… pour nous. Ça simplifie la vie, ça organise, ça sécurise notre quotidien d’humain qui aime que tout soit à sa place , rapide et disponible.
Mais il ne faut pas se tromper de destinataire.
Le box, c’est une solution pour la nuit , l'hivers ou la convalescence.. Pas un lieu de vie.
Et l'esclave c'est vous ...pas lui !
Les crins de verdure
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