04/10/2026
Pourquoi le Pakistan joue les entremetteurs
On pourrait croire que le Pakistan s’est réveillé un matin avec une illumination géopolitique du type « Et si on réconciliait l’Iran et les États-Unis, juste pour voir ? ». Mais non. Dans la grande comédie internationale, rien n’est jamais aussi spontané. Le Pakistan, lui, avance comme un joueur d’échecs qui sait que la moindre erreur peut lui coûter non pas une tour, mais son approvisionnement en carburant pour les vingt prochaines années.
Historiquement et culturellement, Islamabad entretient avec Téhéran une proximité qui dépasse largement les frontières. C’est un voisinage qui ressemble à ces familles qui se connaissent depuis si longtemps qu’elles n’ont même plus besoin de se parler pour se comprendre… ou pour se disputer. Et pourtant, malgré les tensions régionales, le Pakistan garde ce lien, comme un cousin qui ne veut pas rater le prochain repas de famille.
Avec Washington, c’est une autre histoire : une relation faite de coopération, de méfiance, de câlins diplomatiques et de coups de coude sous la table. Mais le Pakistan sait jouer ce double rôle : ami utile, partenaire stratégique, et parfois même médiateur improvisé. Et quand il manque un peu de poids dans la balance, il sort la carte magique : la Chine, son allié géant, qui peut faire bouger une salle de négociation rien qu’en éternuant.
Mais la vraie raison derrière cette soudaine vocation de thérapeute géopolitique, c’est le pétrole. Pas un petit pourcentage symbolique, non : 90 % de sa consommation dépend de cette région. Autant dire que pour le Pakistan, la stabilité n’est pas un luxe diplomatique, c’est une question de survie énergétique. Quand ton réservoir national dépend de la bonne humeur de tes voisins, tu apprends vite à devenir conciliant.
Alors oui, le Pakistan joue les médiateurs. Pas par altruisme, pas par amour de la paix mondiale, mais parce que dans ce théâtre international, il sait que si les acteurs principaux se mettent à renverser les décors, c’est lui qui devra payer la facture. Et franchement, qui voudrait ça ?
Nerestant Gutteau
Journaliste d’investigation spécialisé en enquête et renseignement.