05/28/2026
Il y a des silences qui en disent plus long que les grandes conversations.
Ce matin, dans le calme de la maison, pendant que le café refroidissait tranquillement à côté de moi, j’ai ressenti le besoin d’écrire. Ça faisait longtemps. Très longtemps.
La vie a changé vite. Trop vite.
Je me suis mise de côté un moment, le temps d’apprivoiser notre nouvelle réalité, ma mère et moi. Et malgré tout, ça va bien. Pas parfait. Pas toujours simple. Mais profondément humain.
Prendre soin d’un parent, c’est une épreuve étrange. Une traversée intérieure qu’on ne comprend jamais vraiment avant d’y être plongé. Du jour au lendemain, on devient “l’adulte”. Celui qui organise. Celui qui rassure. Celui qui surveille les rendez-vous, les oublis, les tâches du quotidien, les inquiétudes silencieuses.
Voir une personne qui a toujours été là pour nous devenir dépendante de nous, ça fragilise quelque chose à l’intérieur. Ça vient bouleverser les repères. Le cerveau doit apprivoiser un nouveau rôle. Les balises changent. Une immense responsabilité s’installe doucement dans nos épaules.
Et pourtant…
Il y a aussi quelque chose de profondément beau là-dedans.
Quelque chose rempli d’amour.
Parce qu’au fond, prendre soin d’un parent, c’est aussi une façon de lui dire merci. Merci pour toutes les fois où elle nous a portés sans compter. Merci pour les nuits sans sommeil, les inquiétudes, les repas improvisés, les câlins, les encouragements, les mille petites choses invisibles qu’une mère fait sans jamais demander quoi que ce soit en retour.
Alors aujourd’hui, si je peux faire pour ma mère un minime pourcentage de ce qu’elle a fait pour moi toute sa vie, c’est un privilège.
Même dans les journées plus lourdes.
Même quand il faut recadrer, encadrer, répéter, ralentir.
Même quand le cœur trouve ça difficile.
Et….
Pour une deuxième fois en moins de six mois, je réintègre aussi le parcours de la maison des fous dans Les 12 travaux d’Astérix. Cette fois, je prends le chemin du tout début. Et honnêtement, je comprends pourquoi les gens en parlent avec ce mélange d’humour nerveux et de fatigue dans les yeux.
Heureusement, j’ai des collègues extraordinaires autour de moi. Des femmes qui me ramènent sur terre quand je commence à courir après le fameux laisser-passer A-38 inexistant. Elles me conseillent, me guident et, surtout, m’empêchent de perdre la boule dans le labyrinthe administratif.
Et dans tout ça, j’apprends.
J’apprends que la force n’a pas toujours besoin de faire du bruit.
J’apprends qu’on peut être fatiguée et reconnaissante en même temps.
J’apprends qu’aimer quelqu’un, parfois, c’est simplement rester présent dans les petits matins silencieux.
Et peut-être qu’aujourd’hui, écrire ces quelques mots, c’est aussi une façon de revenir doucement vers moi-même.
Isabelle Tousignant
Semeuse de bienveillance et de bonheur poilus