11/03/2025
Dr Pierre Dorion vous partage son texte d'opinion à lire! Une perpective de plus de 50 ans de métier!
Quand la logique budgétaire défie la logique médicale
Le ministre de la Santé, Christian Dubé, appuyé à 100 % par le premier ministre François Legault, affirme que le budget alloué à la rémunération des médecins s’élève à 9 milliards de dollars et demeurera inchangé pendant deux ans1. Ils soutiennent ainsi que les médecins ne subiront pas de baisse de revenu.
Or, cette déclaration omet deux détails essentiels. D’une part, le montant de 9 milliards $ est inexact et surestimé d’environ 1,2 milliard $2, ce qui est loin d’être négligeable. D’autre part, avec cette même enveloppe déjà inférieure à ce qu’on laisse entendre, les médecins devront absorber la prise en charge d’environ 1,5 million de patients supplémentaires sans ressources additionnelles3. Autrement dit, ils devront en faire davantage avec moins.
Il faut faire preuve d’un certain aplomb ou d’une bonne dose de naïveté pour affirmer que la quantité de soins ne finira pas par l’emporter sur leur qualité, et que les revenus individuels des médecins resteront intacts. En réalité, la logique comptable du gouvernement transforme les médecins en amortisseurs d’un système déjà sous tension.
Les ministres Legault et Dubé, tous deux comptables de formation, semblent aborder la médecine comme un exercice d’arithmétique financière. Mais la santé n’est pas une simple colonne de chiffres : elle repose sur du temps, de l’écoute et une relation humaine que les équations comptables ne peuvent pleinement mesurer.
Ils ont longtemps promis à 1,2 million (ou plus) de québécois qu’ils auraient chacun un médecin de famille. Puis, face à cette promesse politiquement intenable, ils ont ajusté le discours : désormais, ces patients auront accès à un groupe de médecine familiale sans promesse d’être vus, où les médecins seront forcés de répondre à la demande, aussi grande soit-elle, sous l’œil d’un « observateur » chargé de rapporter tout dysfonctionnement. Affaire réglée… du moins dans le chiffrier.
Lorsqu’ils affirment que personne, pas même les médecins, ne comprend réellement la loi 2, on finit par les croire : c’est peut-être qu’elle défie la logique médicale elle-même. Si un jour on parvient à en saisir pleinement le sens, ce sera probablement grâce à une série de webinaires… ou, qui sait, à une excursion au pays des licornes.