18/11/2025
La suite de mon livre : "Le prince qui voulait "juste" être heureux"
Chapitre 7 : l’ombre du roi
Bonne lecture !
Chapitre 7 : l’ombre du roi
Le prince avait grandi.
Son armure noire brillait désormais comme un uniforme.
Dans les couloirs du château, on disait de lui qu’il était sérieux, discipliné, digne de son sang.
Mais à l’intérieur, quelque chose se fissurait.
Car le roi, son père, n’avait qu’une seule phrase à la bouche :
« Réussis ta vie. »
Comme si tout se résumait à cela.
Comme si, sans réussite, il n’existait plus rien.
Un soir, lors d’un repas au grand hall, les soldats parlèrent d’un poste stratégique disponible au Nord : un point de contrôle important, réputé sûr, stable, respecté.
Le prince sentit son cœur s’embraser.
C’était peut-être le moment.
Le moment de montrer à son père qu’il n’était plus l’enfant fragile d’autrefois.
Le moment de devenir cet homme courageux que son père semblait attendre chaque fois qu’il répétait : « Réussis ta vie. »
Il se prépara comme si sa vie en dépendait.
Le lendemain du repas où les gardes avaient parlé du point de contrôle du Nord, il se présenta à l’aube dans la cour d’entraînement.
Il demanda à passer les épreuves préliminaires : tir, endurance, stratégie, commandement.
On le regarda avec surprise — lui, le fils du roi, n’était pas obligé.
Mais le prince voulait que rien ne soit dû.
Il voulait mériter.
Il voulait être choisi, pas seulement nommé.
Alors il donna tout.
Il courut jusqu’à sentir ses jambes brûler.
Il visa jusqu’à ce que ses bras tremblent.
Il réfléchit jusqu’à la migraine,
déterminé à montrer qu’il pouvait gérer une équipe,
assurer la sécurité,
organiser une zone entière sans faillir.
Les instructeurs furent impressionnés.
Les soldats murmurèrent qu’il avait du potentiel.
Le capitaine de la garde le félicita.
Et le prince sentit un frisson d’espoir :
« Peut-être… peut-être que cette fois, Père sera fier de moi.
Peut-être que cette fois, je lui montrerai que je suis un homme, un vrai. »
Ce n’était pas tant le poste qu’il cherchait.
C’était ce regard.
Ce regard paternel qui dit :
« Je te vois.
Tu vaux quelque chose.
Tu es solide. »
Mais au milieu de ces efforts, une petite voix persistait.
Une voix douce, presque imperceptible.
Une voix qu’il avait toujours appris à faire taire.
Elle murmurait :
« Ce n’est pas ta voie.
Ce n’est pas ce qui te rendra heureux.
Ce n’est pas là que ton cœur bat. »
Le prince l’entendait.
Oh oui, il l’entendait.
Mais il ne pouvait pas l’écouter.
Pas maintenant.
Pas alors qu’il était si proche de rendre son père fier.
Pas alors que, pour une fois, il croyait voir s’ouvrir une porte vers ce lien qu’il n’avait jamais réussi à saisir.
Alors il l’étouffa.
Il la repoussa.
Il rangea cette petite voix dans un coin sombre de sa poitrine.
Puis il se présenta devant le roi, droit comme un arbre, et annonça avec un mélange de dignité et de fragilité :
« Père… j’ai réussi les tests.
Le capitaine a validé mes capacités.
Je suis prêt à prendre le poste du Nord. »
Le roi le regarda longuement.
Il y avait de la fierté dans ses yeux, la fierté qu’attendait le prince depuis des années,
mais aussi une peur féroce :
celle qu’il échoue, celle qu’il se brise, celle qu’il n’arrive pas à faire sa vie.
« Bien »,
dit le roi simplement.
« Tu es sur la bonne voie. »
Et le prince sentit son cœur se serrer.
Ce n’était pas exactement le regard qu’il espérait.
Pas un regard d’amour.
Pas un regard de lien.
Un regard d’évaluation.
De contrôle.
De surveillance.
Mais il prit ce qu’il pouvait prendre.
Car dans sa quête de lien, même une miette ressemblait à un trésor.
Alors, malgré la petite voix enfouie,
malgré le malaise silencieux,
malgré l’étrangeté de ce chemin,
il m***a à cheval, se dirigea vers le Nord…
et s’engagea dans une vie qui n’était pas la sienne.
Mais une fois sur place, le quotidien devint un cercle gris.
Il tournait en rond sur les remparts,
comme un oiseau enfermé dans une cage trop grande.
Le rôle le vidait, le consumait, l’irritait.
Un jour, incapable d’aller plus loin, il rentra au château.
« Père… je veux arrêter.
Ce poste n’est pas pour moi. »
Le roi fronça les sourcils, secoué :
« Comment ?
C’était un poste sûr !
Un poste qui t’assurait une place.
Un poste où tu pouvais réussir ta vie.
Pourquoi partir ? »
Le prince baissa les yeux.
Il se sentait déçu de lui-même.
Pas seulement d’abandonner ce poste…
mais de ne pas avoir su dire ce qui se passait en lui.
Il aurait voulu être entendu, vraiment entendu.
Il aurait voulu que son père perçoive ce qu’il n’arrivait pas à mettre en mots.
Mais il resta silencieux.
Et ce silence devint comme un mur.
Le roi, lui, se figea entre tristesse et colère.
Tristesse, parce qu’il voulait protéger son fils d’une vie instable.
Colère, parce qu’il ne comprenait pas pourquoi son fils rejetait une opportunité « bonne pour lui ».
Il voulait le bien, sincèrement.
Mais il ne savait pas écouter ce que son fils tentait maladroitement de dire.
Il ne comprenait pas que le prince n’était pas l’ingrat qu’il imaginait…
mais juste un jeune homme qui n’arrivait pas à trouver sa voix.
Cette incompréhension les blessa tous les deux.
Le prince se sentit inutile.
Le roi se sentit impuissant.
Et entre eux, un espace s’installa :
une distance faite de non-dits,
de soupirs retenus,
de regards qui se croisent sans se rencontrer.
Le prince se mit à courir encore plus fort après l’approbation de son père.
À courir après un lien.
À courir après un regard.
À courir après un « je suis fier de toi » qui ne venait jamais.
Mais en courant après le lien, il n’était plus en lien.
Il jouait un rôle,
portait un masque,
suivait une voie qui n’était pas la sienne.
Et plus il tentait de faire plaisir, plus il se perdait.
Point scientifique : la peur paternelle et la construction de la réussite
L’histoire du prince illustre ce que plusieurs auteurs nomment l’injonction de réussite :
une pression parentale qui n’est pas faite de violence apparente, mais d’un mélange subtil de peur, d’amour et de projection.
1. La peur paternelle comme moteur éducatif
Le psychanalyste Donald Winnicott (1965) explique que certains parents, par inquiétude, transmettent à l’enfant leur propre angoisse de l’échec, croyant qu’elle le protégera.
→ C’est ce qu’on appelle l’identification projective parentale : l’enfant reçoit une peur qui n’est pas la sienne.
2. L’injonction de réussite et le “faux-soi paternel”
Le psychiatre Boris Cyrulnik (2019) décrit comment certains enfants développent une identité centrée non sur leur désir, mais sur “ce qu’il faut être” pour être acceptable.
Le père dit “Réussis ta vie”, mais l’enfant entend “Sois celui que je veux que tu sois.”
3. L’impossibilité de se différencier
Le théoricien de la famille Murray Bowen (1978) montre que lorsque le parent est anxieux, l’adolescent peut avoir beaucoup de mal à se différencier.
→ Il reste coincé entre loyauté et autonomie.
→ Il vit la réussite non comme un élan vital, mais comme la peur de décevoir.
4. Le corps comme baromètre de l’authenticité
Le psychiatre et neuroscientifique Dan Siegel (2012) rappelle que le système nerveux reconnaît la dissonance interne :
quand on entreprend une action qui n’est pas alignée avec soi, le corps réagit par :
tension,
irritabilité,
fatigue,
perte de sens.
C’est exactement ce que vit le prince au Nord.
5. La loyauté invisible
L’anthropologue des systèmes familiaux Iván Böszörményi-Nagy (1986) décrit la loyauté invisible :
l’enfant se sent obligé de compenser les peurs ou les blessures du parent en “réussissant pour deux”.
→ Le prince ne cherche pas la réussite.
→ Il cherche un lien.
→ Et ce lien, il croit devoir le gagner.
Exercice introspectif : “Ce que j’ai fait pour qu’il soit fier de moi”
Cet exercice permet d’explorer la zone la plus intime : les actes que l’on a posés pour créer de la fierté chez le père, même quand cela nous éloignait de nous-mêmes.
1. Repère le poste du Nord dans ta vie.
Écris trois moments où tu as choisi quelque chose pour faire plaisir à ton père (ou à une figure paternelle).
Exemples : une orientation scolaire, un travail, un sport, une attitude, une performance.
2. Note ce que tu espérais obtenir.
Pour chacun, écris :
“Je voulais qu’il voie que je suis…”
“Je voulais entendre…”
“Je voulais qu’il soit fier quand…”
3. Identifie la petite voix.
De quoi te parlait-elle ?
Quel désaccord intérieur tentait-elle de signaler ?
Écris ses mots tels qu’ils étaient.
4. Reconnais le coût psychique.
Comment t’es-tu senti après ?
Épuisé ?
Vide ?
En colère ?
Fier mais pas heureux ?
Nommer le coût permet de voir le mécanisme.
5. Écris la phrase libératrice.
Termine par cette phrase :
« Père, j’ai essayé d’être celui que tu voulais.
Aujourd’hui, j’apprends à devenir celui que je suis. »
Lis-la à voix haute.
Elle marque le début de la séparation affective : saine et nécessaire.
Mission de la semaine : oser un geste de différenciation
Pendant une semaine, choisis une petite action qui n’est pas dictée par la peur de décevoir, mais par ton désir réel.
Tu peux :
dire “non” à une obligation qui n’est pas tienne,
choisir une activité pour ton plaisir,
prendre une décision sans demander l’avis d’un parent ou d’une figure d’autorité,
ou simplement t’arrêter pour ressentir avant d’agir.
Chaque soir, demande-toi :
“Est-ce que j’ai agi comme le prince du Nord…
ou comme la personne que je deviens ?”
Une seule action différente suffit pour changer un chemin entier.
Conclusion poétique
Le roi disait « Réussis ta vie » comme on dit « Va là où je te crois en sécurité ».
Il ne savait pas entendre la voix du prince, ni sentir son malaise, ni comprendre sa fatigue.
Le prince, lui, courait après un regard… et s’éloignait de lui-même.
Entre eux, il n’y avait pas un manque d’amour.
Il y avait deux peurs :
celle du père, et celle du fils.
Un jour, le prince comprit que la réussite qu’il poursuivait n’était pas la sienne.
Qu’en voulant plaire, il s’était oublié.
Alors il cessa de courir.
Et dans ce silence, un espace nouveau apparut :
un espace où le fils n’avait plus besoin de devenir l’ombre de son père,
mais pouvait enfin devenir la lumière de sa propre vie.
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A venir …
Chapitre 8 : L’armure miroir