14/11/2025
🧠 Réflexe d’un bon praticien : Jamais d’IEC sans dosage de la créatinine 7 jours après chez un patient âgé
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📍 Introduction clinique
Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) sont des molécules fondamentales en médecine cardiovasculaire et rénale :
- HTA, insuffisance cardiaque, néphropathie diabétique, protéinurie…
Leur efficacité est bien démontrée.
Mais, chez certains patients – personnes âgées, polymédiquées, insuffisants rénaux – l’introduction d’un IEC peut provoquer une insuffisance rénale aiguë fonctionnelle, silencieuse si non surveillée.
+++ Le bon réflexe clinique : toujours contrôler la créatininémie et la kaliémie à J+7 après l’introduction d’un IEC.
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🧬 Mécanisme physiopathologique
Les IEC bloquent la conversion de l’angiotensine I en angiotensine II, ce qui induit une vasodilatation de l’artériole efférente du glomérule.
Cela diminue la pression intraglomérulaire et donc le débit de filtration glomérulaire (DFG). Chez un sujet sain, cette baisse est minime.
Mais dans certaines situations, le rein devient dépendant de l’angiotensine II pour maintenir le DFG :
- Sténose bilatérale des artères rénales
- Déshydratation, ou baisse de la volémie effective (diurétiques, décompensation cardiaque)
- Médicaments néphrotoxiques associés (AINS, diurétiques, metformine...)
L’introduction d’un IEC dans ce contexte peut effondrer le DFG et faire grimper brutalement la créatinine.
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⚠️ Que faire concrètement ?
+++ Avant prescription :
- Évaluer le terrain : âge, fonction rénale initiale, polythérapie, volume d’éjection cardiaque.
- Toujours doser créatinine et kaliémie en pré-thérapeutique.
+++ Après prescription :
- Refaire le bilan à J+7, surtout chez les sujets âgés, les patients cardiaques ou les insuffisants rénaux.
- Prévoir un suivi plus rapproché si autres médicaments associés (diurétiques, spironolactone, AINS).
+++ Que faire si la créatinine augmente ?
Une élévation ≤30 % est acceptable et attendue : pas besoin d’arrêter.
Si la créatininémie augmente de >30 %, ou si la kaliémie dépasse 5,5 mmol/L :
- Arrêter temporairement l’IEC.
- Évaluer les causes associées : déshydratation, AINS, diurétiques.
- Corriger les facteurs précipitants.
- Envisager une imagerie rénale (Doppler ou angio-IRM) pour rechercher une sténose rénale bilatérale.
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✅ Messages clés
- Prescrire un IEC sans bilan préalable ni contrôle à J+7 est dangereux, surtout chez le sujet âgé.
- Une élévation modérée de la créatinine n’est pas une contre-indication à la poursuite du traitement.
- La tolérance rénale d’un IEC dépend du contexte clinique, pas uniquement du médicament.
- La kaliémie doit toujours être contrôlée en parallèle.
- Ne pas associer IEC + AINS + diurétiques : triade néphrotoxique !
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📚 Sources
1. VIDAL – Enalapril : Recommandation explicite de surveillance à J+7
https://www.vidal.fr/medicaments/enalapril.html
2. ESC Guidelines 2023 on Hypertension
https://www.escardio.org/Guidelines
3. HAS – Prescription des IEC : bon usage (2022)
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3319192/fr/hta-et-iec
4. KDIGO Guidelines – Hypertension in CKD (2021)
https://kdigo.org/guidelines/blood-pressure-in-ckd
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🔎 Conclusion
Un IEC bien prescrit, bien surveillé, sauve des reins et des cœurs.
Mais un IEC sans surveillance, surtout chez le patient âgé, peut faire basculer un traitement bénéfique en insuffisance rénale aiguë évitable.
Le bon réflexe ne coûte rien : créatinine et kaliémie à J+7. Cela change tout.
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𝑪𝒓𝒆𝒅𝒊𝒕: Dr Salim Larbani