11/03/2026
Joyeusement dépendre
Bien sûr il est des dépendances douloureuses, parfois violentes, prises dans des mécaniques de pouvoir, qui sont bien souvent des redites de nos enfances mais dépendre est inévitable et cela peut être une joie tranquille et nourrissante.
Nous avons placé l’autonomie comme horizon ultime, comme synonyme de maturité et nous cherchons à toute force l’indépendance.
Il faudrait se suffire à soi, fuir à tout prix la dépendance affective qui est même devenue un diagnostic, être individualisé, toujours debout, droits même dans le vent, et cacher nos peurs justement de la solitude et de l'isolement.
Le problème c’est que cette visée est devenue une quête et que bien souvent elle ne s’ancre pas dans une sécurité interne minimale qui aura bien voulu voir, traverser, aimer justement nos besoins d’être entendus, soutenus, rassurés.
Alors elle est menée contre nous-mêmes, contre nos besoins d’être considérés avec nos hésitations inquiètes, de pouvoir compter sur quelqu’un, d’être accueillis quand on trébuche, contre notre accès à la vulnérabilité.
Et puis elle est menée contre l’autre à qui il ne faudrait surtout pas laisser trop de place, qui ne devrait être, croit-on, ni un repère ni un refuge, à peine un soutient.
L’indépendance menée en force, comme une croisade face à l’autre nécessite de lui opposer de l’agressivité, de se replier ou de se désinvestir pour tenir seul face à nos inquiétudes et à nos sentiments d’insuffisance au contact du monde.
Nous luttons sans cesse entre nos tentatives d'incarner l'émancipation heureuse et nos besoins véritables de chaleur concernée et aimante.
Notre besoin le plus fondamental est d'être aimé, d'être pris dans des bras contenants et de pouvoir nous y laisser aller.
La vraie sécurité permet certes l’indépendance mais aussi d’accepter tranquillement de dépendre, de demander de l’aide, de choisir d’être tenu, supporté du regard.
Elle permet de prendre appui là pour mieux partir explorer dehors et revenir partager à l'autre nos peurs et nos découvertes, de naviguer entre une base tendre et le vaste monde.
Xavier Mathieu