06/02/2026
[MON NUTRITHÉRAPEUTE M'A DONNÉ BEAUCOUP DE COMPLÉMENTS : EST-CE NORMAL ?]
Je vous partage aujourd'hui une réflexion autour d'une question que j'entends souvent dans ma pratique en micronutrition : "Mais est-ce que prendre tous ces compléments simultanément, ça ne va pas faire trop pour le corps ?"
Question entièrement légitime et qui mérite une réponse circonstanciée. Puisque je l'explique régulièrement au cabinet, je me suis dit qu'il serait intéressant de la formuler ici également.
Cette question recouvre plusieurs sous-questions :
👉 Est-ce qu'il ne risque pas d'y avoir des interactions entre les molécules ?
👉 Est-ce que la prise simultanée de nombreux compléments ne risque pas de limiter leur absorption ?
👉 Est-ce que cela ne va pas "fatiguer l'organisme" de gérer toutes ces molécules à la fois ?
La réponse est plurielle elle aussi :
🌿 D'abord, les molécules que l'on donne en nutraceutique fonctionnent différemment de médicaments. Les médicaments, dans leur grande majorité, sont des interrupteurs qui viennent bloquer une voie physiologique afin de l'empêcher de donner des symptômes ; d'où leurs noms d'"anti-quelque chose", d'"inhibiteurs de quelque chose", de "quelque chose-bloquants".
Les molécules que l'on donne en micronutrition ne fonctionnent pas du tout de la même manière. Elles sont de deux ordres :
- soit ce sont des micronutriments, c'est-à-dire des molécules qui font partie du répertoire naturel de l'organisme (le corps les utilise déjà, voire les fabrique lui-même), et que l'on va apporter de manière ciblée et à des dosages spécifiques pour soutenir (et non bloquer) les voies physiologiques défaillantes et leur redonner les moyens de fonctionner optimalement ;
- soit ce sont des molécules issues de plantes (phytothérapie), qui modulent certaines voies physiologiques : on est alors plus proche du fonctionnement des médicaments, mais de façon beaucoup plus douce et globale : les principes actifs issus de plantes n'agissent jamais sur une seule enzyme à un seul endroit, ils ne bloquent jamais unilatéralement une voie physiologique ; ils modulent à la hausse ou à la baisse, et contiennent généralement une multitude de principes actifs complémentaires qui évitent les effets indésirables liés à une action monolithique.
Conclusion : le risque d'interactions est important et réel avec les médicaments qui bloquent des voies physiologiques. Avec les molécules naturelles, il est très différent et bien moindre ; il n'est pas nul cependant, et c'est justement le métier du professionnel en micronutrition que de connaître et de prendre en compte ces possibles interactions.
🌿🌿 Deuxièmement, est-ce que la prise concomitante de toutes ces molécules ne va pas entraver leur absorption ?
Là, la réponse est nuancée elle aussi.
D'abord oui, il y a des risques (si par exemple on donne du fer et du zinc en même temps, ils vont être en compétition pour les mêmes transporteurs et l'absorption de l'un et de l'autre sera minorée) ; il faut donc prendre en compte ces interactions et espacer convenablement les prises afin d'optimiser l'absorption de chaque actif.
💡D'où l'importance de bien prendre les compléments au moment spécifié par votre nutrithérapeute (matin ou soir, au repas ou en dehors, etc.)
Ensuite non, à l'inverse : il est fréquent qu'un complément donné soit nécessaire pour favoriser l'absorption d'un autre. Si par exemple vous absorbez mal les vitamines liposolubles, il faudra quelque chose qui soutienne votre production de sucs digestifs (acide gastrique / bile / enzymes pancréatiques) pour favoriser votre absorption de certaines vitamines ou certains acides gras comme les oméga 3.
💡C'est pourquoi, lors d'un protocole en micronutrition, tous les suppléments sont importants car ils agissent en synergie.
🌿🌿🌿 Enfin le 3e point : est-ce que cela ne va pas faire "trop" pour l'organisme de gérer toutes ces molécules à la fois ?
Encore une fois, la clé est dans la différence entre les actifs utilisés en nutraceutique et les médicaments. En micronutrition / santé fonctionnelle, on apporte à l'organisme des molécules dont il a besoin, qu'il utilise naturellement, et qui vont soutenir son fonctionnement : donc non, il ne peut pas en avoir trop, de la manière dont il pourrait avoir trop de certaines molécules qui sont étrangères à son fonctionnement (ce qu'on appelle les xénobiotiques, dont les médicaments font partie au même titre que les polluants). Bien sûr qu'en revanche, la question du dosage est primordiale et que l'on ne donne pas n'importe quelle quantité de n'importe quoi : tout est choisi pour s'adapter aux besoins réels de l'organisme et pour éviter tout risque de surdosage.
Je finirai avec une métaphore que j'aime beaucoup, que j'emprunte au Professeur Castronovo : quand on prend en charge des troubles de santé fonctionnels, c'est comme si l'on voulait boucher une passoire : si on ne bouche que la moitié des trous, l'eau va continuer à couler. Si l'on veut vraiment réparer la fuite, il faut boucher tous les trous simultanément afin d'avoir une véritable efficacité. Et cela nécessite souvent d'agir à de nombreux endroits puisque l'on prend en compte non seulement les causes des symptômes, mais aussi les causes de ces causes, et les causes des causes de ces causes : aussi loin qu'il faut remonter nous allons.
Donc oui, les protocoles en santé fonctionnelle nécessitent souvent la prise de nombreux produits. C'est d'autant plus vrai que certains praticiens (dont je fais partie) préfèrent donner les micronutriments en unitaire plutôt que de donner des combos de vitamines ou minéraux, ceci afin d'ajuster le plus finement le dosage et la forme de chacun.
C'est contraignant, cela a un coût, et cela peut surprendre, pour les personnes qui ne sont pas du tout habituées à cette façon de soutenir la santé.
Pour les autres, c'est devenu une seconde nature : il y a des choses que l'on ne trouve pas dans l'alimentation, ou pas en quantité suffisante, ou pas sous une forme suffisamment pure, et ces choses-là, il est bien de les prendre en complément alimentaire, en accompagnement d'une alimentation personnalisée et optimisée pour correspondre aux besoins de chacun. (Car c'est un autre sujet que j'aborderai peut-être dans un futur post : non, il n'existe pas d'"assiette santé" qui soit la même pour tout le monde : bien qu'il y ait évidemment des grandes lignes communes à tous, vous seriez surpris de découvrir à quel point nos besoins divergent d'une personne à l'autre.)
J'ajoute qu'une approche en santé fonctionnelle ne se substitue pas (en aucun cas) à un suivi médical. Elle en est le complément, l'interaction des deux permettant souvent de démultiplier les bénéfices apportés par l'une et par l'autre.
Voilà. J'espère avoir répondu de façon claire à la question : "Est-il normal d'avoir de nombreux produits à prendre dans un protocole de micronutrition ?" 😊
Bien en santé à vous,
🌸CM🌸