17/02/2026
La lecture de l’enquête publiée par Mediapart au sujet de la plateforme BetterHelp a suscité chez moi de nombreuses interrogations quant aux enjeux éthiques et déontologiques qui traversent aujourd’hui notre champ professionnel.
Je souhaite partager ici quelques éléments de réflexion, afin que chacun puisse prendre le temps d’examiner ces questions avec discernement.
Tout d’abord, que devient la responsabilité du praticien lorsque sa rémunération dépend du nombre de mots échangés, de la durée des messages vocaux ou des vidéos transmises, voire de primes liées au recrutement d’autres professionnels ? Un dispositif économique centré sur la volumétrie des interactions peut-il réellement garantir l’indépendance clinique et préserver la qualité du travail thérapeutique ? La logique quantitative est-elle compatible avec l’exigence de profondeur et de singularité propre à toute démarche psychothérapeutique ?
La question de la confidentialité mérite également une attention particulière. Si les échanges sont susceptibles d’être consultés, analysés ou traités par des tiers, comment assurer pleinement la protection des données intimes confiées par les patients ou les analysants ? Le secret professionnel constitue le socle de la confiance ; il engage une responsabilité qui ne peut être subordonnée à des impératifs commerciaux ou technologiques.
Il est par ailleurs préoccupant de constater que certaines personnes s’acquittent d’un abonnement hebdomadaire sans bénéficier nécessairement de rendez-vous formalisés avec un thérapeute clairement identifié. Le choix du praticien peut être déterminé par un algorithme, tandis qu’une disponibilité continue — 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 — est mise en avant comme argument promotionnel. Or, la psychothérapie ne s’inscrit ni dans l’instantanéité permanente ni dans une logique de prestation à la demande. Elle repose sur un cadre défini, une temporalité structurante et un engagement réciproque.
Le recours à des influenceurs pour promouvoir ces services soulève également des questions. La santé psychique tend alors à être présentée comme un produit accessible par le biais d’une recommandation médiatique, parfois assortie d’un code promotionnel. Cette mise en scène publicitaire peut contribuer à banaliser l’acte thérapeutique et à en réduire la portée, en le ramenant à une offre de consommation parmi d’autres. Or, s’engager dans un travail sur soi relève d’une démarche intime et exigeante, qui ne peut être assimilée à une simple stratégie d’affiliation.
Une interrogation centrale demeure : peut-on — et doit-on — chercher à optimiser et rentabiliser la relation thérapeutique ? Cette question révèle peut-être, en creux, une méconnaissance de ce qu’est véritablement une relation thérapeutique. Celle-ci ne constitue ni un produit ni une performance mesurable, mais un espace de rencontre, de transformation et de responsabilité, dont la valeur ne saurait être réduite à des indicateurs de rendement.
La plateforme venue des États-Unis, où elle a fait l’objet d’une sanction administrative pour avoir partagé les données personnelles de ses utilisateurs, se lance en France. Sa recette : des thérapeu…