Sel de Vie

Sel de Vie Retrouver sa boussole interne avec la thérapie brève est un véritable cadeau. Le changement se remarque entre 2 et 10 séances.

La psychanalyse Rêve Eveillé offre le chemin de la profondeur. Prendre rendez vous, c est faire un premier pas. La thérapie brève permet d aller dénouer ce qui vous gêne, blesse, freine dans ce que vous traversez. Au cours d un dialogue, le consultant fait des prises de conscience libératrices. La psychanalyse permet de revisiter son histoire, de donner du sens et de terminer autrement les schémas de répétitions.

06/01/2026

Quand le surmoi du père se dissout :

de la déroute paternelle au surmoi impératif de l’enfant**

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

I. Une défaillance paternelle du côté du réel

Chez le père alcoolique, ce qui fait défaut n’est pas seulement la fonction parentale,
mais plus précisément la capacité à soutenir le réel.

Le retrait dans l’alcool peut être entendu comme un évitement d’un réel trop douloureux,
trop conflictuel, trop persécuteur.

Le surmoi paternel, au lieu de réguler, de limiter, de symboliser,
se dissout dans la fuite.

Il ne fait plus tiers.
Il n’interdit plus.
Il ne soutient plus la loi du réel.

II. Un surmoi dissous laisse l’enfant sans boussole

Pour l’enfant, cette défaillance est majeure.
Elle ne produit pas seulement de l’insécurité,
elle produit un vide surmoïque.

Le père n’est plus celui qui :

borne,

tranche,

assume la responsabilité du réel.

L’enfant se retrouve exposé à un monde sans régulation,
où la loi n’est ni claire ni incarnée.

III. La compensation : naissance d’un surmoi hyper-rigide

Face à cette dissolution, l’enfant ne reste pas passif.
Il compense.

Là où le surmoi paternel fait défaut,
l’enfant construit un surmoi de substitution,
rigide, impératif, hyper-exigeant.

Ce surmoi n’est pas structurant.
Il est défensif.

Il vise à :

tenir le réel à distance,

prévenir la chute,

éviter le chaos.

IV. Le refus d’identification au père

Ce surmoi rigide se construit souvent dans un refus quasi radical d’identification au père.

L’enfant ne veut pas lui ressembler.
Il ne veut pas se perdre comme lui.
Il ne veut pas fuir le réel.

Mais ce refus ne produit pas une identification symbolique différenciée.
Il produit une contre-identification.

Là où le père s’absente,
l’enfant devient présence excessive.

V. Un système défensif qui frôle le faux self

Ce surmoi hyper-impératif organise un fonctionnement très adapté en apparence :

responsabilité,

lucidité,

sens du devoir,

contrôle.

Mais il s’agit souvent d’un faux self réactif,
construit non pas à partir du désir,
mais à partir de la nécessité de tenir le monde.

Ce faux self n’est pas mensonge.
Il est armure.

VI. Conséquences dans la relation à l’autre

À l’âge adulte, ce système défensif peut produire :

une posture de surplomb,

une difficulté à supporter la faille de l’autre,

une tendance à détenir la vérité unilatéralement.

Non par narcissisme,
mais parce que la défaillance de l’autre a été, autrefois, synonyme de danger réel.

L’autre est toléré tant qu’il tient.
Sa résistance est vécue comme une menace.

VII. Le désir sous contrainte surmoïque

Le désir, dans ce contexte, devient :

impératif,

urgent,

peu négociable.

Non parce qu’il est tyrannique,
mais parce qu’il est placé sous la garde d’un surmoi qui ne tolère pas le flottement.

Négocier serait risquer la chute.
Attendre serait risquer l’effondrement.

VIII. Enjeux du travail analytique

Le travail analytique ne vise pas à assouplir le surmoi par injonction.
Il vise à rendre pensable la défaillance, sans que le sujet s’effondre.

Il s’agit de :

différencier loi et urgence,

déposer le surmoi de suppléance,

permettre une identification symbolique non défensive.

Autrement dit :
sortir de la route de la déroute,
sans retomber dans le retrait.

Conclusion

Quand le surmoi du père se dissout dans la fuite du réel,
l’enfant peut devenir le gardien d’une loi trop lourde pour lui.

Ce surmoi impératif n’est pas une force,
mais une tentative désespérée de maintenir le monde debout.

La cure ouvre la possibilité de desserrer cette armure,
pour que le désir cesse d’être un ordre,
et puisse devenir un mouvement vivant.

01/01/2026

Renoncer à une attente impossible : la voie de la responsabilité subjective
De l’exigence à l’ajustement : une traversée clinique du renoncement

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

Lors d’une séance récente, un déplacement clinique est apparu, discret mais décisif, dans la manière dont une patiente se relie aux autres.

Jusqu’alors, son mode relationnel était structuré par une forte exigence. La relation à l’autre s’organisait essentiellement autour de ses besoins : être contenue, protégée, aimée, prise en charge. Elle ne rencontrait l’autre qu’à la condition que celui-ci puisse s’occuper d’elle. Elle induisait ainsi chez l’autre une position de responsabilité — responsabilité de son bien-être, de son apaisement, de sa sécurité narcissique — tout en se dégageant elle-même de cette charge.

Ce fonctionnement produisait des effets paradoxaux. À force de chercher attention, protection, amour et réparation narcissique, elle glissait vers une forme de régression. Plus la demande s’intensifiait, plus le manque se faisait sentir, parfois jusqu’à la suffocation. La relation, loin d’apaiser, devenait un lieu d’épuisement. Ce qu’elle éprouvait comme une perte était en réalité le produit même d’une exigence adressée à l’autre, sommé de répondre à l’impossible.

Cette dynamique se manifestait avec une intensité particulière dans la relation à ses parents, et surtout à sa mère. La relation semblait avoir atteint un point de saturation : plus rien n’était recevable. Aucun geste, aucune parole ne trouvait place. Les critiques pleuvaient, sans apaisement possible. La mère occupait une position paradoxale : à la fois objet d’une attente massive et figure de l’impossible, celle qui ne répondait jamais comme il fallait.

La patiente se heurtait à une impasse : sa mère lui barrait symboliquement la route de ce qu’elle espérait encore recevoir d’elle, alors même que cette attente n’était plus ajustée à la réalité de cette mère — âgée, malade, limitée dans ses capacités psychiques et relationnelles.

C’est à cet endroit précis qu’une phrase a été posée en séance, non comme interprétation savante, mais comme mise en présence du réel :

« Votre mère est très âgée et malade. Son temps est compté. Il est temps de vous ajuster à elle. Elle ne changera plus. »

Cette phrase a opéré comme une coupure. Elle n’a pas été vécue comme un rejet, mais comme un arrêt de l’illusion. Elle a déplacé la question : il ne s’agissait plus de savoir ce que la mère devait encore donner, mais ce que la patiente pouvait faire de ce qui ne serait jamais donné.

Depuis, quelque chose s’est transformé. Elles chantent ensemble. Elles partagent des moments simples, heureux. La patiente est désormais capable de supporter les écarts de sa mère sans virulence, sans attaque, sans effondrement narcissique. Ce qui auparavant déclenchait colère ou désespoir peut aujourd’hui être traversé.

Ce mouvement n’est pas une réparation. Il ne s’agit ni de combler un manque ancien, ni de restaurer un idéal parental perdu. Il s’agit d’un renoncement structurant : renoncer à une attente impossible, sans se renoncer soi-même.

Ce renoncement n’est pas nouveau dans l’histoire psychique du sujet. Il a déjà été initié très tôt, lorsque l’enfant a dû renoncer à la toute-mère. Renoncer à la toute-mère ne signifie pas renoncer à l’amour, mais renoncer à l’illusion d’un objet total, capable de répondre à tout, de garantir l’existence sans reste. C’est ce premier renoncement qui ouvre la voie vers l’altérité, vers le monde, vers le désir.

L’enfant accepte alors de quitter le rivage fusionnel pour s’engager dans une écluse : un passage étroit, parfois angoissant, vers ce que la mère ne peut pas donner. Rester du côté de la toute-mère, s’y accrocher indéfiniment, expose à l’arrêt du mouvement psychique. Y rester serait une forme de mort : mort du désir, mort de la subjectivité, mort de la possibilité même de rencontrer l’autre comme autre.

Ce que montre la clinique ici, c’est que ce renoncement originaire n’avait pas pu être pleinement symbolisé. Il s’est trouvé réactivé à l’âge adulte, dans la relation à une mère devenue âgée et malade, au moment précis où l’impossibilité de l’objet est redevenue manifeste. La mère réelle, par ses limites, est venue rejouer la scène de l’impossible.

La phrase « Elle ne changera plus » a fonctionné comme une ré-énonciation de la castration symbolique : non pas infligée, mais reconnue. Elle a rappelé que l’autre ne peut pas tout, et qu’attendre encore serait s’exposer à une répétition mortifère.

C’est à partir de là que la patiente est devenue, pour une part, responsable de ce qui la traverse. Non pas au sens moral d’une injonction à se maîtriser, mais au sens psychanalytique d’une assomption subjective : il lui revient désormais de se garantir de ce à quoi l’autre ne peut répondre. Le manque cesse d’être imputé à l’autre ; il devient un lieu intérieur.

Dans la perspective de Jacques Lacan, c’est précisément là que le désir peut surgir. Le désir ne naît pas de la satisfaction, mais de la reconnaissance de ce qui ne se comble pas. Tant que la demande reste rivée à l’autre — sommé de garantir, réparer, protéger — le sujet demeure pris dans une logique de dépendance et de régression. Le manque est alors vécu comme une injustice, une violence, une faute de l’autre.

Lorsque l’attente impossible est reconnue comme telle, le manque cesse d’être persécutant. Il devient structurant. Et c’est dans ce creux, assumé comme tel, que le désir peut se remettre en mouvement : non plus le désir d’être comblée, mais le désir comme dynamique propre, irréductible à la réponse de l’autre.

Cette traversée éclaire cliniquement certaines formes de dépendance, de plainte chronique ou de burn-out relationnel. Dans ces configurations, le sujet s’épuise à attendre de l’autre — partenaire, parent, institution — ce qu’aucun autre ne peut fournir durablement. L’exigence maintient l’illusion, mais consume l’énergie psychique. Le renoncement, lorsqu’il devient possible, ne produit pas un vide ; il libère un mouvement.

Renoncer à une attente impossible n’est ni céder ni se résigner. C’est accepter la limite de l’objet pour ouvrir un espace subjectif inédit. Là où la demande s’épuisait, un lien plus juste devient possible. Là où la régression enfermait, le désir peut à nouveau circuler.

C’est souvent à ce prix — celui du renoncement — que le sujet cesse d’attendre de l’autre qu’il le sauve, et commence à habiter sa propre traversée.

01/01/2026

La désillusion nécessaire : quand le réel fait chute

Jeanne et le pot au lait, une clinique de l’illusion
Joëlle Lanteri – Psychanalyste

La désillusion est souvent vécue comme une violence.
Elle est pourtant l’un des processus les plus structurants de la vie psychique.

Dans la clinique contemporaine, de nombreux sujets ne souffrent pas tant d’un manque réel que d’un excès d’illusion maintenue. Ils vivent dans un scénario anticipé : l’amour promis, la reconnaissance attendue, la réparation espérée. Lorsque le réel ne répond pas, l’effondrement est brutal, parfois vécu comme une injustice ou une trahison.

La fable de Jeanne et le pot au lait, de Jean de La Fontaine, en offre une métaphore clinique d’une grande justesse. Jeanne porte un pot de lait sur la tête. En marchant, elle rêve. Le lait deviendra crème, la crème beurre, le beurre argent, et l’argent assurera un avenir radieux. Tout est déjà là, psychiquement, alors que rien n’est encore advenu. La chute du pot ne détruit pas un bien réel ; elle fait s’effondrer un édifice imaginaire.

Ce que Jeanne perd n’est pas le lait.
Ce qu’elle perd, c’est l’illusion que le désir peut se déployer sans rencontrer le réel.

Cette scène fait écho à ce que Donald Winnicott a pensé sous le nom de désillusion nécessaire. Pour Winnicott, le développement psychique de l’enfant suppose d’abord une illusion fondatrice : celle d’un monde qui répond, d’une mère suffisamment ajustée pour donner au bébé le sentiment d’être à l’origine de ce qui lui arrive. Mais cette illusion ne peut durer. Elle doit progressivement se fissurer.

La désillusion n’est pas une défaillance du soin. Elle est au contraire une condition de la subjectivation. Si la mère reste toute-puissante, si le monde continue à répondre sans reste, le sujet ne peut advenir. Il reste captif d’une dépendance mortifère.

Cliniquement, lorsque la désillusion n’a pas pu se faire — ou qu’elle a été trop brutale, ou au contraire trop évitée — le sujet adulte peut rester prisonnier d’une attente archaïque : que l’autre réponde, répare, garantisse, comble. Toute relation devient alors un lieu d’exigence, parfois d’épuisement, souvent de plainte.

La chute du pot au lait rejoue cette scène originaire. Jeanne ne trébuche pas par maladresse. Elle chute parce qu’elle vit déjà dans un futur fantasmé, parce qu’elle confond le désir et sa satisfaction. Le réel vient faire coupure, rappelant que rien ne se garantit à l’avance.

Dans la cure, ce moment est délicat. Le patient peut vivre la désillusion comme une cruauté : « Vous me retirez ce à quoi je croyais. » Or l’analyste ne retire rien. Il cesse de soutenir l’illusion. Il accompagne le sujet là où le réel impose sa limite.

C’est à cet endroit précis que quelque chose peut se transformer. Lorsque l’illusion se fissure sans que le sujet s’effondre, un espace nouveau s’ouvre. Le désir cesse d’être arrimé à une promesse de complétude. Il peut devenir mouvement, recherche, création, plutôt qu’attente et dépendance.

Conclusion : Jeanne aujourd’hui

Jeanne n’est pas une paysanne naïve d’un autre siècle.
Jeanne est notre contemporaine.

Elle est celle qui vit déjà dans le poste qu’elle n’a pas encore, dans l’amour qui devrait arriver, dans la reconnaissance promise par l’autre, par l’institution, par le monde. Elle est celle qui avance chargée d’un pot fragile, remplissant son avenir d’images qui la soutiennent… jusqu’au moment où le réel trébuche.

Nos burn-out relationnels, nos plaintes chroniques, nos effondrements affectifs portent souvent cette même structure : nous avons vécu trop longtemps dans ce qui n’était pas encore, ou dans ce qui ne pouvait pas être donné.

La désillusion, lorsqu’elle survient, n’est pas une humiliation. Elle est une chance. Elle met fin à la confusion entre désir et promesse. Elle oblige à regarder ce qui est là, et à renoncer à ce qui ne viendra pas.

Tomber, comme Jeanne, n’est pas échouer.
C’est parfois la seule façon de redevenir sujet.

27/12/2025

Quand l’émotion de l’enfant est interdite : Du surinvestissement du mental à la reconquête du vivant

Lorsque l’émotion de l’enfant est interdite explicitement par des injonctions (« arrête de pleurer », « ce n’est rien ») ou implicitement par l’indisponibilité psychique de l’adulte il va se mettre en place un mécanisme de répression émotionnelle qui engage bien plus qu’un simple apprentissage comportemental.

Pour l’enfant, il s’agit d’une question de survie psychique : s’adapter au désir de l’autre pour continuer à recevoir de l’amour.
L’amour sous condition et la construction d’un faux self.

Winnicott a montré combien l’enfant dépend, dans les premiers temps de la vie, d’un environnement suffisamment bon pour que son vrai self puisse se déployer. Lorsque l’environnement est défaillant — non pas forcément maltraitant, mais incapable de reconnaître et de contenir les états émotionnels de l’enfant — celui-ci développe un faux self adaptatif, chargé de maintenir le lien au prix d’un renoncement à sa vie pulsionnelle et affective (Winnicott, Jeu et réalité, 1971).

L’enfant apprend alors que ressentir est dangereux, que certaines émotions menacent le lien, et que pour être aimé, il faut se conformer. Ce renoncement n’est pas un choix conscient, mais une organisation défensive précoce.

Le déplacement vers le mental : quand penser remplace sentir.
Dans ce contexte, on assiste fréquemment à un déplacement massif de l’énergie psychique vers la sphère intellectuelle.

Penser devient plus sûr que ressentir. Le mental offre une illusion de maîtrise, de stabilité, là où l’émotion expose à l’imprévisible et à la dépendance à l’autre.

Cette organisation fait écho aux travaux de l’École psychosomatique de Paris, notamment ceux de Pierre Marty, qui décrit chez certains sujets un fonctionnement opératoire : une pensée factuelle, concrète, appauvrie sur le plan fantasmatique, venant colmater les brèches affectives laissées par un défaut de symbolisation précoce (Marty, La psychosomatique de l’adulte, 1990).

Nous devenons ainsi des enfants-adultes brillants, parfois remarquablement adaptés socialement, investissant la réussite, la performance, la reconnaissance extérieure.

Mais cette réussite, lorsqu’elle existe, se révèle souvent profondément insuffisante sur le plan subjectif, car elle ne touche pas le cœur du manque initial : celui d’un amour inconditionnel, éprouvé et incarné.

À l’autre extrême, certains sujets, privés de cet appui interne, se trouvent inhibés, incapables d’entreprendre, paralysés par l’angoisse dès qu’il s’agit d’engager leur désir.

À l’âge adulte : la fissure du mental tout-puissant.
La prise de conscience, à l’âge adulte, de ce surinvestissement du mental marque souvent un tournant. Le sujet réalise que sa pensée est devenue l’interface principale de son rapport au monde, au détriment de l’expérience sensible, émotionnelle, corporelle.

Ce moment de bascule s’accompagne parfois d’un sentiment de vide, de perte de sens, voire de manifestations psychosomatiques. Comme si le psychisme, saturé de concepts et de contrôles, ne parvenait plus à contenir ce qui n’a jamais été véritablement symbolisé.

Didier Anzieu, avec le concept de Moi-peau, éclaire cette fragilité : lorsque les enveloppes psychiques primaires ont fait défaut, le sujet tente de se protéger par des enveloppes secondaires — intellectuelles, idéologiques — qui finissent par se fissurer (Anzieu, Le Moi-peau, 1985).

La redécouverte des portes fermées
Ce travail de prise de conscience ouvre alors la possibilité de redécouvrir les portes émotionnelles que l’enfant avait dû fermer pour rester en lien avec ses parents. Ce qui avait été refoulé — l’irrationnel, l’émotionnel, le sensible — commence à se frayer un chemin vers la conscience.

Dans cette exploration, il ne s’agit pas de renoncer à la pensée, mais de la désenclaver, de lui permettre de redevenir un outil au service de l’expérience, et non un rempart contre elle.

La pièce cachée : symbolisation et ouverture à la subjectivité profonde.
Au-delà de cet « appartement existentiel » où s’accumulent les concepts sur soi et sur le monde, se trouve une pièce cachée, riche de fenêtres ouvertes. Cette métaphore renvoie à ce que la psychanalyse nomme le travail de symbolisation secondaire : la capacité à relier affects, représentations et expériences vécues, afin que la vie psychique retrouve sa profondeur.

René Kaës souligne combien ce travail implique aussi une dimension transgénérationnelle : ce que l’enfant a dû taire ou refouler appartient parfois à une histoire familiale plus vaste, marquée par des traumas non élaborés, transmis silencieusement (Kaës, Le sujet de l’héritage, 1993).

Retrouver la source : l’amour comme expérience vivante.
C’est au moment où le sujet accepte de regarder par ces fenêtres — c’est-à-dire de s’exposer à l’expérience émotionnelle, à la dépendance, à l’altérité — qu’émerge ce que ton texte nomme avec justesse la magie enfouie du vivant.

Cette magie n’est pas mystique : elle est profondément psychique. Elle prend sa source dans cet amour premier, non conditionnel, dont le sujet a manqué, mais qu’il peut progressivement reconstruire dans le lien transférentiel, puis dans sa relation à lui-même et aux autres.

Comme le rappelle Freud, là où le ça était, le je doit advenir — non par la domination du mental, mais par l’intégration vivante de ce qui avait été rejeté hors du champ de la conscience (Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, 1933).

Bibliographie.

Freud, S. (1933). Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse
Winnicott, D.W. (1971). Jeu et réalité
Marty, P. (1990). La psychosomatique de l’adulte
Anzieu, D. (1985). Le Moi-peau
Kaës, R. (1993). Le sujet de l’héritage

📷. Digital Art. Joohyung Seo

Karine Henriquet Psychologue Clinicienne Psychanalyste Psychothérapeute

24/12/2025

Série Noël en 4 épisodes.

Épisode 4. Noël quand le temps se fige : deuil, traumatisme et réactivation psychique.

Noël est souvent présenté comme un temps de joie, de retrouvailles et de continuité. Pourtant, pour celles et ceux qui ont perdu un proche en période de Noël — ou vécu un événement traumatique à ce moment-là — cette temporalité n’est pas festive : elle est réactivante.

Le calendrier ne passe pas. Il revient.
Chaque année, Noël agit comme un rappel sensoriel, émotionnel et psychique. Le sujet ne se souvient pas seulement : il revient dans l’événement.

⏳ Quand le passé n’est pas passé
Freud, dans Deuil et mélancolie (1917), distingue le travail de deuil de la fixation mélancolique. Mais dans les situations de traumatisme — ou de deuil traumatique — le temps ne suit pas la logique linéaire. Ce qui n’a pas pu être symbolisé reste actif, à l’état brut.

Ferenczi parle de traumatisme non métabolisé, qui laisse le sujet figé dans une temporalité éclatée. Le trauma ne devient pas souvenir : il demeure une expérience actuelle.

Noël, par sa répétition annuelle va réactiver cette scène passée. Non pas comme un souvenir narratif, mais comme une réminiscence sensorielle.

🍽️ Lumières, films, repas : quand tout devient déclencheur

Ce ne sont pas seulement les grandes réunions familiales qui font effraction.
Ce sont souvent les détails, un film à télévision, une musique entendue dans un magasin, les lumières dans la rue, les décorations ressorties du carton... Des rituels répétés à l’identique.

Ces éléments agissent comme des signifiants traumatiques. Ils convoquent le corps avant la pensée. Le sujet peut se sentir envahi par une tristesse massive, une angoisse diffuse, une fatigue inexpliquée, parfois même une sidération.

Winnicott évoquait l’effondrement déjà advenu : quelque chose s’est effondré autrefois, mais continue de se rejouer dans le présent. Noël devient alors un temps où cet effondrement se rend à nouveau sensible.

🧠 La violence de la joie imposée
À cette réactivation s’ajoute souvent une violence sociale silencieuse :
- les « joyeux Noël »,
- les « alors, tu fais quoi cette année ? »,

L'injonction à la joie, à la normalité, à la fête devient violence.

Celui qui est en deuil ou porteur d’un trauma ancien se retrouve alors en décalage radical. Le monde célèbre pendant que lui est connecté à une absence, parfois vieille de vingt ou trente ans, mais toujours vive psychiquement.

Comme le souligne Nicolas Abraham avec la notion de fantôme, ce qui n’a pas été élaboré continue de hanter le sujet. Le trauma ne vieillit pas. Il attend.

🧬 Réactivation traumatique et cumul des effractions

Chaque Noël peut ainsi venir s’ajouter au précédent. Ce n’est pas un événement isolé, mais une accumulation d’effractions. Ce que l’on nomme aujourd’hui traumatisme cumulatif : une série de rappels non contenus, non symbolisés, qui fragilisent progressivement les défenses psychiques.

Le sujet peut alors se reprocher de « ne pas passer à autre chose », renforçant la honte et l’isolement. Or, cliniquement, il ne s’agit pas d’un défaut de volonté, mais d’un travail psychique entravé par la répétition.

🧭 Comment traverser Noël quand il réactive le deuil ou le traumatisme ?

Il ne s’agit pas de « réussir » Noël, mais de se préserver, se respecter, faire attention et prendre soin de soi. Il est possible de renoncer à la normalité et de refuser l'injonction sociétale à la joie et au festif. Il s'agira de travailler à accepter que Noël ne soit pas joyeux, à faire les liens des réactivations sensorielles car le deuil ou le trauma n’ont pas d’agenda.
Vous avez la possibilité d'aménager le cadre afin de réduire les stimulations, limiter les repas de famille, choisir des rituels nouveaux ou symboliques qui vous parlent et produisent un écho sensoriel positif.
L'après coup de Noël avec de l'écriture, une séance psy, un temps seul peuvent aider à donner une place psychique à ce qui a été réactivé.
Il s'agira de s'autoriser à une temporalité singulière car comme je le dis différemment plus haut, le trauma n’obéit pas au temps social. Il demande un temps psychique propre à chacun.
Un travail de transformer la répétition en expérience est absolument un outil clinique et de soin. Comme le propose René Roussillon, le travail thérapeutique vise à transformer la répétition traumatique en expérience symbolisable, là où elle était jusque-là subie.

Noël peut être un temps particulièrement cruel pour ceux qui portent un deuil ou un trauma ancien. Mais il peut aussi devenir, accompagné, un moment de repérage clinique précieux : ce qui revient, ce qui déborde, ce qui reste figé.

Ce n’est pas la fête qui fait violence, mais
l’absence de reconnaissance, d'écoute de ce que le sujet traverse car lors du moment du deuil où du trauma, il a manqué un témoin, celui qui écoute et avec qui l'on raconte ce qu'il s'est passé, où le vécu est accueilli et pensé, pansé.

Là où le monde exige la joie, la clinique rappelle que survivre, parfois, est déjà un travail psychique immense.
Reconnaître ce qui a fait défaut, fut terrible et le partager et déjà immense face à l'exigence du social.

Pour agrémenter ce dernier épisode, une petite vignette clinique...

« Noël n’est pas passé pour moi »

Paul a 58 ans. Il consulte pour une anxiété diffuse, une fatigue chronique et un sentiment récurrent de décalage avec les autres. Le traumatisme qu’il évoque date de plus de trente ans : un accident grave survenu un soir de Noël, au cours duquel un proche a été grièvement blessé.

Il dit souvent : « c’est ancien, je devrais être passé à autre chose ».

Pourtant, chaque mois de décembre, les mêmes manifestations réapparaissent.

Paul parle d’un sommeil haché, d’une tension corporelle constante, d’une irritabilité qu’il ne s’explique pas. Il évite les centres commerciaux, les repas trop longs, les films de Noël. Il se décrit comme « spectateur », incapable de partager la joie ambiante.

Ce qui l’envahit n’est pas un souvenir précis, mais une atmosphère : une lumière, une musique, une odeur. Le trauma ne revient pas sous forme de récit, mais de sensation.
Comme si le corps, lui, n’avait jamais oublié.

En séance, Paul associe sur la date : « Noël, c’est le moment où tout s’est arrêté ».

Le temps psychique s’est figé là. Ce que la vie a continué à faire passer n’a pas été symbolisé à cet endroit précis. Freud parlait de l’actualité du trauma : ce qui n’a pas été élaboré reste présent.

Cliniquement, il ne s’agit pas d’une fixation volontaire ni d’une incapacité à tourner la page, mais d’une mémoire traumatique non métabolisée. Chaque Noël agit comme un déclencheur, réactivant l’effraction initiale.

Année après année, cette répétition silencieuse a constitué un traumatisme cumulatif, renforcé par la honte de ne pas « aller mieux ».

Le travail thérapeutique consiste alors à redonner une temporalité au vécu. Non pas effacer l’événement, mais permettre qu’il prenne place dans l’histoire du sujet. À travers la parole, l’après-coup et la mise en sens progressive, Noël peut cesser d’être une date qui capture, pour devenir un repère parmi d’autres.

Paul dira un jour : « Ce n’est pas Noël qui me fait peur. C’est ce qu’il me rappelle. »

À partir de là, le trauma commence à appartenir au passé — sans jamais être nié.

Karine Henriquet Psychologue Clinicienne Psychanalyste Psychothérapeute

20/12/2025

Il y a des enfances où l’air lui-même est chargé de menace.

Des maisons dans lesquelles tout pouvait basculer en quelques secondes : un changement de ton, une porte claquée, un pas trop lourd dans le couloir. Le corps de l’enfant apprend alors très tôt une chose essentielle : la sécurité n’est jamais acquise.

Dans une clinique de la violence parentale, ce n’est pas seulement l’acte violent qui marque, mais l’imprévisibilité. Comme l’a montré Winnicott, l’enfant a besoin d’un environnement suffisamment stable pour construire un sentiment de continuité d’existence. Lorsque le parent est colérique, explosif ou violent, cette continuité est rompue. L’enfant ne peut plus s’appuyer sur l’environnement : il doit se surveiller lui-même pour survivre.

Cette organisation psychique ne disparaît pas à l’âge adulte.

On ne « tourne pas la page ». Ce type d’enfance s’inscrit dans ce que la psychanalyse nomme la mémoire émotionnelle et corporelle. Elle fabrique des réflexes, des positions subjectives, des façons d’être en lien qui ont été, un jour, vitales.
On y retrouvera des schémas comportementaux tels que :

🧭La vigilance constante
Le sujet adulte reste en état d’hyperalerte. Le corps est tendu, les sens sont affûtés, comme si le danger pouvait surgir à tout moment.

Cliniquement, on observe des personnes qui “sentent” avant même de comprendre, qui anticipent les réactions de l’autre, qui analysent les moindres signes. Ce n’est pas de l’anxiété “sans raison” : c’est un reste de l’enfance, un corps qui n’a jamais pu se reposer.

Il s'agira de travailler pour aller mieux à
distinguer le passé du présent.
Apprendre, souvent très lentement, à faire l’expérience que le danger n’est plus là.
Le travail thérapeutique vise ici à réintroduire du temps, à permettre au corps de sortir progressivement de la survie pour entrer dans la sécurité.
Je compare souvent cela avec un travail d'exposition phobique comme nous pourrions le pratiquer avec la peur des araignées ou de toute autre phobie.

Les patients concernés mettent en place dans ces situations des phobies intérieures en lien avec les menaces du passé.

🧭La peur du conflit
Dans ces histoires, le conflit n’était jamais symbolisable : il débordait, il explosait, il devenait violence.

À l’âge adulte, une simple divergence peut être vécue comme une menace de rupture ou de destruction du lien. Certains se taisent, d’autres fuient, d’autres encore s’effondrent intérieurement.

Il s'agira ici de travailler à réapprendre que le conflit peut être contenu. En thérapie, cela passe souvent par la mise en mots de micro-désaccords, l’expérimentation d’un conflit qui ne détruit pas la relation.

🧭La difficulté à exprimer ses besoins
L’enfant qui a appris que parler, demander, exister pouvait déclencher la colère du parent développe une position de retrait.
Il devient un adulte qui minimise ses besoins, qui s’adapte en permanence, qui s’excuse d’avoir une place.

Ce sont des patients qui disent « ce n’est pas grave » là où quelque chose les blesse profondément.

Identifier ce qui relève du besoin légitime et ce qui relève de la peur ancienne est dans ce cas une aide pour aller mieux. Travailler la capacité à formuler une demande sans se sentir coupable ou dangereux pour l’autre permettra à se positionner différemment pour exister pleinement en se respectant.

🧭L’hyper-contrôle et le perfectionnisme
Quand l’erreur coûtait cher, le sujet apprend à se contrôler, à anticiper, à ne rien laisser au hasard.

Le perfectionnisme devient une tentative de maîtrise d’un monde autrefois imprévisible.

Il s'agira ici d'identifier les zones de mise en place de contrôle et de faire des liens avec le passé pour les élaborer ermt partager les vécus qui ont conduits à la mise en place de ce comportement adaptatif.

Comprendre ainsi que le contrôle est une défense et non un trait de caractère apportera de la légèreté à la personne concernée. Ainsi elle pourra introduire progressivement des espaces de lâcher-prise, tolérer l’imperfection sans que l’angoisse n’envahisse tout et facilitera le travail autour de celle-ci.

🧭L’attraction pour des partenaires instables
La psychanalyse de l’attachement montre combien le psychisme tend à reconnaître le familier, même lorsqu’il est douloureux.

Ce qui est instable peut sembler “vivant”, tandis que la stabilité peut être vécue comme fade ou inquiétante.

Mettre en lumière les répétitions. Nommer le scénario inconscient. Aider le sujet à différencier l’intensité traumatique de l’amour sécurisant.

🧭La culpabilité permanente
Dans les familles violentes, l’enfant est souvent rendu responsable de la violence qu’il subit.

Cette culpabilité s’intériorise et devient une position psychique durable : « si quelque chose va mal, c’est forcément ma faute ».

Restituer la responsabilité là où elle appartient. Travailler la désidentification à la faute imaginaire, souvent très profondément ancrée.

🧭La difficulté à faire confiance
Quand l’environnement primaire a été insécurisant, la confiance n’a pas pu se constituer comme base.

À l’âge adulte, faire confiance implique un risque psychique majeur : celui de revivre la trahison ou la violence.

Construire une confiance graduée, relation par relation, expérience par expérience. La confiance ne se décide pas : elle se construit.

Ces blessures sont invisibles, mais elles organisent la vie psychique de façon puissante. Tant qu’elles ne sont pas reconnues, elles continuent d’agir en arrière-plan, orientant les choix, les relations, le rapport au corps et parfois même la santé.

Guérir ne signifie pas effacer le passé.
Cela signifie le symboliser, lui donner une place psychique, pour qu’il cesse de diriger la vie à l’insu du sujet. C’est un travail de reconstruction de la sécurité interne, d’apprentissage des limites, de désamorçage de la peur, et de réappropriation du désir.
Sortir de ces schémas, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre.

C’est travailler à être soi, exister pleinement sans être en état d’alerte permanente, et aimer sans se perdre.

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