18/02/2026
Aujourd'hui, j'ai perdu mon grand chien noir. Mon compagnon de dix ans...
Il y a des peines qui se passent de mots. Alors je lui offre ceux-ci, que j'ai écrits pour "L'Œil du Cheval", L'oracle co-écrit avec Jade Ladeyn qui paraîtra en 2026.
La carte 29 s'appelle Le Passage.
Je ne savais pas, en l'écrivant, qu'elle serait aussi pour lui. ✨🌈 Repose en paix Mac 💔
"Le vieux mustang noir s'éloigne. Ses pas sont lents, mesurés. Il sait. Le troupeau sait. Personne ne le retient. C'est la loi ancestrale, quand vient l'heure, on part pour ne pas attirer les prédateurs sur le troupeau. Il grimpe péniblement vers un promontoire rocheux qu'il connaît depuis de nombreuses années.
Les juments le regardent s'éloigner. La dominante hennit une fois, doucement. Il ne se retourne pas. Le jeune étalon qui convoitait sa place depuis des mois reste étrangement calme, tête basse. Même lui comprend que ce n'est pas une victoire mais un passage de flambeau dans l'ordre naturel des choses.
Sur son rocher, face au couchant, le vieux mustang s'allonge pour la dernière fois. En contrebas, le troupeau continue de paître mais reste groupé, veillant à distance. Quand la nuit tombe, il est encore là, respirant avec le vent du désert. Au matin, les vautours tournoient. Le troupeau s'éloigne vers de nouveaux pâturages, emportant dans sa mémoire collective la sagesse de celui qui savait quand partir. Son corps nourrira la terre qui l'a nourri. Le cycle continue.
Ce cheval sauvage nous enseigne la mort comme partie intégrante du grand cycle. Sans sentimentalisme ni déni, il accepte sa place dans la chaîne de la vie. Cette sagesse nous confronte à notre propre difficulté à accepter notre mortalité et notre place dans le vivant.
Dans la nature, la mort n'est jamais un gâchis. Elle nourrit, transforme, permet. Le vieux mustang qui s'éloigne ne fuit pas mais accomplit son dernier acte de service envers le troupeau. Cette dignité dans le passage révèle combien nous avons perdu en nous coupant des cycles naturels.
Le troupeau ne s'apitoie pas mais honore. Il continue, portant la mémoire et les enseignements du disparu dans ses gènes et ses comportements. Cette continuité au-delà de l'individu nous rappelle que nous sommes maillons d'une chaîne qui nous dépasse et nous survit.
Cette acceptation sereine transforme notre rapport à la finitude. La mort n'est plus l'ennemie mais la compagne qui donne une grande valeur à chaque jour. Savoir qu'on partira vers son promontoire rocheux rend chaque lever de soleil plus précieux."