06/05/2026
1) Un phénomène massif et structurel.
Les violences sexistes et sexuelles (VSS) sont largement répandues dans le milieu de la santé, tous métiers et toutes structures confondus : hôpitaux, cliniques, médecine de ville, établissements médico-sociaux, formation initiale (facultés, IFSI, IFAS).
Le secteur de la Santé est très féminisé, mais très hiérarchisé et historiquement dominé par des logiques de pouvoir masculines.
Les rapports d’autorité (chef·fe de service / interne, médecin / soignant·e, encadrant·e / étudiant·e) favorisent les abus.
Les VSS s’inscrivent dans un système, pas dans des cas isolés.
2) Des chiffres alarmants largement sous-estimés.
Les données varient selon les enquêtes, mais sont néanmoins convergentes :
_Une majorité de soignantes déclarent avoir été exposées à :
. des propos sexistes,
. des gestes déplacés,
. du harcèlement sexuel,
. voire des agressions sexuelles ou des viols.
_Les étudiant·es en santé (internes, externes, infirmier(e)s et aide-soignant(e)s en formation) sont particulièrement vulnérables.
_ Les violences proviennent :
. de collègues,
. de supérieurs hiérarchiques,
. mais aussi parfois de patients, avec une banalisation inquiétante.
La très grande majorité des faits ne sont pas signalés par peur ou par honte. +++
3) Une culture du silence profondément ancrée.
Plusieurs mécanismes expliquent la sous-déclaration :
_ Peur des représailles : mauvaises évaluations, blocage de carrière, mises à l’écart.
_ Dépendance hiérarchique forte, notamment pour les internes et les contractuel·les.
_ Normalisation des violences :
. "Ça a toujours été comme ça",
. "Il/elle est comme ça, mais c’est un excellent médecin."
_ Décrédibilisation des victimes : remise en cause de la parole, minimisation, culpabilisation.
👉 Le milieu de la santé est souvent perçu comme « protecteur », alors qu’il peut être extrêmement violent pour celles et ceux qui y travaillent. +++
4) Une impunité encore très forte :
_ Peu ou pas de sanctions disciplinaires effectives.
_ Des procédures internes opaques, lentes et dissuasives.
_ Des agresseurs parfois protégés au nom de la réputation des services ou des établissements.
_ Des victimes poussées à :
. changer de service,
. interrompre leur formation,
. quitter la profession.
La carrière des victimes est plus souvent brisée que celle des agresseurs. +++
5) Des avancées récentes mais largement encore insuffisantes.
Points positifs :
_ Libération progressive de la parole ( , collectifs de soignant·es).
_ Rapports officiels et premières enquêtes nationales.
_ Mise en place de référent(e)s VSS dans certains établissements.
Mais :
_ Les dispositifs sont inégalement appliqués.
_ La formation reste souvent symbolique.
_ Sans volonté politique et institutionnelle forte, les mesures restent inefficaces.
6) Le véritable enjeu : transformer le système.
Lutter contre les VSS dans la santé implique :
_ De remettre en cause les rapports de pouvoir.
_ De croire les victimes sans condition.
_ D’assurer des sanctions réelles.
_ De protéger les lanceur·euses d’alerte.
_ De faire de la lutte contre les VSS un enjeu de santé publique et de conditions de travail, pas un sujet secondaire.
Les violences sexistes et sexuelles dans la santé ne sont pas des dérives individuelles, mais le produit d’un système hiérarchique qui protège les agresseurs et fait taire les victimes.
7) CHIFFRES CLÉS :
■ 6 soignant(e)s sur 10 déclarent avoir subi au moins une violence sexiste ou sexuelle au travail.
■ 1 interne sur 2 rapporte des propos sexistes ou du harcèlement sexuel durant la formation.
■ Plus de 80 % des victimes sont des femmes, dans un secteur pourtant majoritairement féminisé.
■ Moins de 10 % des faits de VSS dans la santé font l’objet d’un signalement.
■ Dans la majorité des cas, l’agresseur est un collègue ou un supérieur hiérarchique, pas un « incident isolé ».
■ Les victimes changent plus souvent de service ou de métier que les agresseurs ne sont sanctionnés.
Les violences sexistes et sexuelles dans la santé ne sont pas des dérives individuelles, mais le produit d’un système hiérarchique qui protège les agresseurs et fait taire les victimes. +++