Sophrologie formation IPEES Lyon

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01/03/2026

Le couple comme champ de force
Rompre l’axe : quand le lien devient effraction

I. Certains couples ne s’installent pas dans une relation : ils s’installent dans une intensité. Le lien ne fait pas seulement rencontre, il fait champ. Un champ de forces où l’amour, le désir, la peur, la dépendance, la jalousie, la gloire, la honte, l’argent, les substances, l’entourage, les médias, tout se répond, s’aimante, se menace. Dans ces configurations, le couple n’est pas un “nous” apaisant : il est une scène magnétique, parfois splendide, parfois dévastatrice.

II. Dire “champ de force”, c’est dire que la relation ne se réduit pas à deux psychologies. Elle devient un système où circulent des charges. Chacun y cherche une solution intime : être sauvé, être enfin vu, ne pas être abandonné, ne pas être humilié, ne pas être réduit. Et c’est précisément là que le couple peut se faire organisateur… ou désorganisateur. Il peut soutenir l’axe du sujet, ou le rompre.

III. “Rompre l’axe” : la formule dit quelque chose de très concret. L’axe, c’est la colonne intérieure qui permet de tenir ensemble le monde interne et le monde externe, de rester sujet au milieu de la tempête. Quand l’axe tient, le Moi peut jouer son rôle : médiation, adaptation, défense, modulation. Quand l’axe se rompt, le Moi n’arrive plus à “faire liaison” : il n’y a plus de continuité, plus de tempo, plus de bord. Il ne reste qu’un mode de survie : fuite, gel, acting, anesthésie, ou effondrement.

IV. Les couples à forte intensité ont souvent un premier visage : le refuge. Le lien vient colmater une faille ancienne. Il donne une sensation rare : enfin un abri, enfin une présence, enfin quelqu’un “qui comprend”. Le couple devient alors une forteresse contre le monde. À ce stade, l’amour n’est pas seulement amour : il est une solution psychique. Or une solution peut devenir une prison si elle exige d’être totale.

V. Le deuxième visage est celui de la dépendance réciproque. Elle n’est pas seulement affective : elle devient identitaire. Chacun finit par tenir l’autre comme un organe vital : “sans toi, je ne suis plus”. Là, le lien cesse d’être un lien : il devient un système de maintien. Et ce système appelle une logique paradoxale : il faut être fusionnel pour ne pas perdre, mais il faut contrôler pour ne pas être dévoré. Le couple oscille alors entre absorption et rejet : intensité, rupture, retour, culpabilité, promesse, menace. L’axe est sollicité en permanence.

VI. La triangulation vient ensuite, presque fatalement. Un tiers s’installe : entourage, famille, amis, industrie, argent, fans, médias, justice, substances, enfant, thérapeutes… Peu importe lequel : l’essentiel est que le couple ne tient plus ses frontières. Il devient une scène envahie. Chaque crise a son public, chaque réconciliation a son témoin, chaque chute se joue sous projecteurs. Le lien se met à vivre à l’extérieur de lui-même. Ce qui aurait dû rester intime devient événement.

VII. Le désaccord des rythmes, enfin, est l’un des points les plus meurtriers. L’un cherche l’apaisement, l’autre cherche l’orage. L’un veut du silence, l’autre veut du bruit. L’un veut réparer, l’autre veut trancher. L’un s’absente pour ne pas exploser, l’autre vit l’absence comme abandon. Le couple devient alors un instrument d’accordage impossible : chacun tente d’imposer son tempo à l’autre, et la relation se transforme en lutte de survie. Quand les rythmes sont incompatibles, le lien peut devenir une effraction répétée.

VIII. Dans ce type de champ, il arrive que l’amour fonctionne comme trauma secondaire : il ne vient plus après la blessure pour la cicatriser, il réactive la blessure, l’expose, la met à nu, la rend quotidienne. La jalousie peut rejouer l’abandon, la colère rejouer l’humiliation, la fusion rejouer l’emprise, la rupture rejouer l’anéantissement. Le couple devient alors un lieu où le passé ne se souvient pas : il se répète.

IX. Certains couples de célébrité ont porté cette dynamique jusqu’à la légende. Kurt Cobain et Courtney Love, dans l’imaginaire collectif, figurent un lien pris dans une intensité radicale : amour, addiction, exposition, conflits, fragilités, pression médiatique, enjeux professionnels, perte de frontières. Que l’on s’en tienne aux faits connus ou aux récits qui les entourent, une chose se laisse penser : le couple n’a pas été un simple décor, mais un champ saturé de forces — forces parfois protectrices, parfois désorganisatrices. Dans un tel champ, la question n’est pas “qui est coupable”, mais : comment le Moi tient-il quand le lien devient un orage permanent ?

X. Elizabeth Taylor et Richard Burton offrent une autre figure du même phénomène : amour incandescent, séparations et retrouvailles, théâtralité, alcool, exposition, passion comme destin. Leur histoire a fasciné parce qu’elle donne à voir une vérité brute : certains couples sont des astres doubles. Ils s’attirent au point de se consumer. Ils se séparent pour survivre et se rejoignent pour ne pas mourir. Là encore, la logique n’est pas seulement romantique : elle est structurelle. Le champ de force maintient l’attraction, mais rend la stabilité presque impossible.

XI. “Rompre l’axe” ne signifie pas forcément “détruire l’autre”. Il arrive que l’axe se rompe sans intention, par saturation. Trop de tension, trop de scène, trop de tiers, trop de variations, trop d’exigences contradictoires. Le sujet fragile — celui qui porte déjà une ancienne fissure — ne parvient plus à assurer la fonction de médiation. Il se protège alors par des solutions extrêmes : retrait, anesthésie, fuite, rage, ou passage à l’acte. Dans les cas les plus graves, la disparition peut apparaître comme une sortie du champ : la seule manière de ne plus être traversé.

XII. Le cœur clinique de ces couples est souvent un malentendu tragique : chacun cherche un abri, mais chacun est aussi le lieu où l’autre se blesse. Chacun veut être aimé, mais chacun impose à l’autre une tâche impossible : réparer l’enfance, garantir l’amour, effacer la peur, contenir la honte, neutraliser l’abandon, sauver du vide. Le lien devient un contrat secret : “sois mon salut”. Et quand le salut échoue, la colère se lève comme preuve que l’amour était vital.

XIII. L’enjeu thérapeutique, dans ces configurations, n’est pas d’abord de “réparer le couple”, mais de rendre à chacun son axe. Retrouver une intériorité non colonisée par le lien. Réintroduire du tiers — non pas un tiers intrusif, mais un tiers séparateur et protecteur. Restaurer une temporalité : apprendre à ne pas répondre immédiatement, à différer la décharge, à quitter la logique du tout-ou-rien. Reposer les frontières : ce qui appartient à l’intime, ce qui appartient au monde, ce qui appartient à la scène.

XIV. Le couple comme champ de force n’est pas en soi pathologique. Il peut être création, intensité, vitalité. Il devient dangereux lorsque l’intensité remplace la structure, lorsque la scène remplace l’intime, lorsque la dépendance remplace le désir, lorsque la fusion remplace la rencontre, et lorsque le désaccord des rythmes rend l’autre invivable. Là, “rompre l’axe” n’est plus une métaphore : c’est un risque. Et le travail clinique consiste alors à produire une issue qui n’exige ni disparition, ni destruction, mais une possibilité plus rare : habiter le lien sans s’y perdre.

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

14/02/2026
30/01/2026
29/01/2026

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La fin d'un cycle 2025? Apparemment....

 ́Bonjour à tous, Attentionapparemment un personne se fait passer pour moi sur resalib. Lorsqu'on écrit mon nom on tombe...
26/01/2026

́

Bonjour à tous,

Attention
apparemment un personne se fait passer pour moi sur resalib. Lorsqu'on écrit mon nom on tombe sur une personne, situé au même endroit, soi disant, mais qui n'est pas moi.
Le vrai lien est celui ci

Sandra ARNAUD GARDAIR pratique le métier de Sophrologue à Lyon en région Auvergne-Rhône-Alpes : découvrez les avis, coordonnées (adresse, téléphone) et informations. Ajouter un avis. Poser une question

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Une expérience réelle montrant comment il est facile et rapide de susciter chez les autres (en l'occurrence dans une classe) le sentiment d'impuissance, et d...

J'ai toujours dit à les élèves que je voyais écrire sans arrêt les dires des "élèves patients" lors des entretiens que n...
07/01/2026

J'ai toujours dit à les élèves que je voyais écrire sans arrêt les dires des "élèves patients" lors des entretiens que nous faisons en cours, que cela me faisait ressentir comme un abandon du patient. Ce dernier ne se livre plus alors de la même façon. Il observe ce qui est consigné ou non par le thérapeute, il se sent moins accueilli.
Cette psychanalyste explique ce processus en termes très juste

L’attention flottante : penser une écoute, protéger une pratique
De la clinique contemporaine aux savoirs archaïques de l’écoute
Joëlle Lanteri – Psychanalyste
Volet I – Penser l’attention flottante
Une disposition clinique, théorique et anthropologique
I. Une scène inaugurale : quand écrire entrave l’écoute
En supervision, il m’arrive d’observer chez certains cliniciens une habitude devenue quasi réflexe : prendre des notes pendant la séance, consigner les propos du patient comme s’il s’agissait d’informations à recueillir. Ce geste, souvent animé par le souci de rigueur ou par la crainte de l’oubli, n’est pourtant jamais neutre.
Écrire pendant que le patient parle modifie déjà la position d’écoute. Le clinicien quitte insensiblement une posture d’accueil pour entrer dans une logique de traitement de l’information : il trie, sélectionne, fixe. Or la clinique analytique ne se déploie pas dans le registre de l’information, mais dans celui de l’événement psychique.
Ce déplacement suffit à entraver ce que Freud a nommé l’attention également flottante.
II. Freud : une règle technique et éthique
Freud introduit l’attention également flottante comme le pendant strict de la règle fondamentale imposée à l’analysant. À l’association libre doit répondre une écoute sans intention, sans hiérarchisation consciente, sans focalisation préalable.
L’analyste ne doit retenir volontairement aucun élément du discours, car ce qui fait sens ne se donne jamais immédiatement. Le sens surgit après-coup, dans les résonances, les déplacements, les affects et les images.
Prendre des notes, c’est déjà supposer savoir ce qui est important.
C’est introduire une conscience directrice, là où la clinique exige une suspension du savoir.
III. Lacan : écouter le signifiant, pas le sens
Lacan radicalise cette exigence : l’écoute analytique ne porte pas sur le contenu manifeste, mais sur la chaîne signifiante — répétitions, coupures, lapsus, équivoques.
Le geste d’écrire fige le discours dans sa dimension la plus pauvre : le sens explicite. Il capte ce que le sujet croit dire et manque ce qui insiste malgré lui. L’attention flottante implique donc un lâcher du sens, un renoncement temporaire à comprendre.
Comprendre trop vite, c’est fermer.
Écrire trop tôt, c’est suturer.
IV. Le geste d’écrire : une défense du clinicien
Le geste d’écrire en séance répond souvent à une défense :
– peur d’oublier,
– angoisse de mal faire,
– besoin de maîtrise,
– difficulté à tolérer le vide et l’incertitude.
Écrire, c’est fixer.
Or l’écoute analytique suppose d’accepter que tout ne se fixe pas, que quelque chose se perde pour que quelque chose d’autre advienne.
V. L’attention flottante et la mémoire sensorielle
Contrairement à une idée reçue, l’attention flottante n’est ni vague ni distraite. Elle correspond à une hyper-disponibilité sensorielle et associative.
Lorsque le clinicien renonce à écrire, des images surgissent, des affects se déplacent, des scènes s’impriment.
Ce qui est entendu en attention flottante ne s’oublie pas.
Il ne s’inscrit pas dans une mémoire factuelle, mais dans une mémoire incarnée, durable.
On peut oublier où l’on a garé sa voiture,
mais jamais ce qui a été entendu et compris en attention flottante.
VI. Détour anthropologique : une sagesse archaïque de l’écoute
Cette distinction n’est pas propre à la psychanalyse. Les sociétés dites « premières » ont ritualisé depuis longtemps cette posture d’écoute.
Chez les chamanes, les sages, les anciens :
on écoute sans interrompre,
sans écrire,
sans comprendre trop vite.
La parole, les images, les affects s’inscrivent dans le corps de celui qui écoute. Ces cultures ont développé une mémoire non scripturale, précisément parce qu’elles savaient que l’écriture fige ce qui doit rester vivant.
La psychanalyse apparaît ainsi comme une réinvention laïque et clinique de ces anciens dispositifs d’écoute.
Volet II – Protéger ceux qui tentent de pratiquer l’attention flottante
Une transmission clinique et pédagogique
VII. Pourquoi l’attention flottante est aujourd’hui si difficile
Nos institutions valorisent la traçabilité, la preuve écrite, l’archivage. Dans ce contexte, l’attention flottante apparaît risquée, voire suspecte. Beaucoup de cliniciens débutants la vivent comme un défaut de professionnalisme.
Ils écrivent pour se rassurer.
Ils comprennent pour ne pas se perdre.
Ils fixent pour ne pas douter.
Or cette posture, loin de protéger, épuise.
VIII. Ce qu’il faut accepter de lâcher
Pratiquer l’attention flottante suppose de renoncer à plusieurs illusions :
– l’illusion de maîtrise,
– l’illusion de la mémoire parfaite,
– l’illusion que la rigueur passe par l’écriture immédiate,
– l’illusion que comprendre équivaut à écouter.
Ce renoncement est anxiogène. Il doit être accompagné.
IX. Signes cliniques que l’attention flottante est à l’œuvre
Un clinicien en attention flottante observe souvent :
des images persistantes après la séance,
une mémoire vive des scènes, non des mots exacts,
un sentiment d’avoir été traversé plutôt qu’informé,
une compréhension qui vient après, parfois bien plus t**d.
Ces signes ne témoignent pas d’un défaut de travail, mais d’un travail profond.
X. Protéger la pratique pour durer
Apprendre l’attention flottante, ce n’est pas apprendre à ne rien faire.
C’est apprendre à supporter le vide, l’incertitude, l’après-coup.
La transmission de cette pratique est une protection contre l’usure professionnelle. Elle autorise le clinicien à ne pas tout retenir, à ne pas tout comprendre, à faire confiance à une autre mémoire.
Conclusion générale
L’attention flottante est à la fois une discipline théorique, une posture clinique, et une sagesse anthropologique.
Elle exige un cadre solide pour être pratiquée sans danger.
Penser l’attention flottante permet de la fonder.
Protéger ceux qui la pratiquent permet de la faire vivre.
Écrire peut attendre.
Écouter, non.

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8, Rue De La Platière
Lyon
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Mardi 09:00 - 18:00
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