15/11/2025
L’intensité émotionnelle peut devenir, pour certaines personnes, une forme de respiration. Une manière de sentir qu’elles existent encore, quand le reste de leur vie paraît anesthésié ou vide.
Il y a souvent plusieurs couches derrière ça :
– Une mémoire du manque : quand l’amour, dans l’enfance, s’est toujours accompagné de tension, d’attente, ou de douleur, le corps en vient à confondre intensité et présence. Il ne reconnaît pas la paix comme un signe de sécurité, mais comme un signe d’abandon.
– Une recherche de sens : la douleur donne un relief au quotidien. Elle devient un théâtre où l’âme croit se jouer elle-même, un drame qui, paradoxalement, protège du vide.
– Une dépendance hormonale : le cortisol, l’adrénaline, la dopamine des montagnes russes émotionnelles peuvent devenir des drogues intérieures. On cherche alors le pic, même inconfortable, plutôt que le plat.
– Un évitement de l’intime : dans la douleur, il y a du mouvement, de l’occupation. Dans la paix, il y a la nudité. Certains préfèrent la tempête à la clarté, parce que la clarté confronte.
Mais derrière tout cela, il y a souvent un désir de vie, mal orienté.
Ces personnes cherchent le feu, mais elles l’ont appris dans la brûlure. Le travail intérieur, c’est d’apprendre à sentir ce feu sans s’y consumer — à reconnaître la vitalité dans la douceur, l’intensité dans la simplicité.
Cette dépendance à l’intensité émotionnelle, c’est une forme de quête de vie mal calibrée.
On ne cherche pas tant la souffrance que la sensation d’être traversé, remué, arraché à la torpeur. Quand l’intérieur s’est refermé — par peur, honte ou désillusion — il faut parfois un choc pour sentir qu’on a encore un cœur.
👉Sur le plan psychique, cette dépendance fonctionne comme une addiction à l’adrénaline : la tension, la peur, la colère, même la jalousie, déclenchent un pic chimique qui fait vibrer tout le système nerveux. C’est intense, donc ça semble réel. Quand tout retombe, vient le vide, alors on relance la spirale : dispute, rupture, réconciliation… Un cycle qui ressemble à la dynamique du manque et du shoot.
Mais au fond, ce n’est pas une addiction à l’émotion — c’est une addiction au sentiment d’exister que procure l’émotion.
Dans les enfances où la douceur n’a pas été un lieu sûr, le calme devient suspect. Le corps associe le danger à la vitalité, et la paix à la mort psychique.
Alors l’adulte cherche des situations qui recréent le tumulte, parce que c’est là qu’il se sent vivant, même si c’est douloureux.
C’est une illusion du vivant : le feu extérieur remplace le feu intérieur.
Tant qu’on n’a pas rencontré le calme comme force — pas comme absence —, on confond mouvement et vitalité.
🌿Guérir, ici, c’est réapprendre à sentir la vie dans la lenteur, dans le souffle, dans le lien stable. C’est trouver une intensité qui n’a plus besoin de drame pour brûler.
Vivienne Vandenborne
12/11/25
Page Soinsdeletre