03/01/2026
Je vous partage un texte sur lequel je me suis arrêtée qui a fait échos en moi
Être éducateur/trice spécialisé(e) auprès de personnes en situation de handicap,
ce n’est pas faire des miracles.
Ce n’est pas "avoir un don".
Ce n’est pas être patient par nature.
C’est apprendre à regarder autrement.
À ralentir.
À accepter que le monde ne va pas à la même vitesse pour tout le monde.
On n’est pas là pour "normaliser".
On est là pour respecter des rythmes.
Des silences.
Des manières d’être qui ne rentrent pas dans les cases.
On accompagne des personnes que la société regarde trop vite… ou pas du tout.
Des adultes à qui on parle comme à des enfants.
Des jeunes qu’on décide à la place d’eux, "pour leur bien".
Des corps différents, des esprits singuliers, des façons d’exister qu’on juge sans comprendre.
Ils ne demandent pas qu’on les plaigne.
Ils demandent qu’on les considère.
Qu’on les écoute, même quand ça prend du temps.
Qu’on les respecte, même quand ça dérange.
Alors on traduit.
On reformule.
On défend des choix qui paraissent minuscules mais qui sont essentiels.
Choisir son pull.
Dire non.
Avoir le droit d’être fâché sans être infantilisée.
Être éducateur/trice spécialisé(e), c’est souvent expliquer encore et encore
que non, ce n’est pas "plus simple comme ça".
Que non, ce n’est pas "à sa place".
Que oui, cette personne a une opinion.
Même si elle ne la dit pas comme vous.
On est là dans les gestes du quotidien.
Aider à manger sans faire à la place.
Accompagner sans envahir.
Soutenir sans effacer l’autre.
On reçoit des colères qu’on ne comprend pas toujours.
Des peurs qu’on ne peut pas calmer avec des mots.
Des joies immenses pour des choses que d’autres trouvent banales.
Et parfois, un sourire.
Un regard.
Un progrès invisible pour le reste du monde,
mais gigantesque pour la personne concernée.
On rentre chez nous fatigués.
Pas physiquement seulement.
Fatigués d’avoir dû lutter contre les raccourcis,
contre les préjugés,
contre l’idée que certaines vies vaudraient moins que d’autres.
On ne fait pas ça par vocation magique.
Ni par sacrifice.
On le fait parce qu’on croit profondément
que chaque personne a le droit à une vie digne, choisie, respectée.
On ne répare pas.
On n’efface pas le handicap.
On accompagne des personnes.
Entières.
Légitimes.
À leur manière.
On n’est pas des héros.
On est éducateurs/trices spécialisé(e)s.
Et notre plus grand travail,
c’est de rappeler au monde
que ces vies comptent.