01/05/2026
Les mots français d’origine portugaise
Vous mangez une banane au petit-déjeuner, vous écoutez de la musique baroque, vous croquez un caramel en fin d’après-midi. Rien de bien exotique, pensez-vous. Et pourtant, sans le savoir, vous parlez portugais plusieurs fois par jour.
Le français et le portugais sont deux langues cousines — toutes deux filles du latin — et cette parenté a facilité bien des emprunts. Mais ce qui les a vraiment rapprochées, c’est l’aventure extraordinaire des Grandes Découvertes. À partir du XVe siècle, les caravelles portugaises sillonnent l’Atlantique, contournent l’Afrique, atteignent l’Inde, le Japon, le Brésil. Partout où elles s’arrêtent, elles ramènent non seulement des épices et des denrées, mais aussi des mots — et ceux-ci, tôt ou t**d, trouvent leur chemin jusqu’en France.
On appelle ces emprunts des lusitanismes, du nom de la Lusitanie, province romaine qui correspond au Portugal actuel. On en compte aujourd’hui plus d’une centaine dans notre langue.
Des mots qui sonnent si français
Commençons par le plus trompeur : baroque. On imagine volontiers un terme né dans les ateliers de Rome ou les cours d’Europe centrale. Mais non — il vient du portugais barroco, qui désignait d’abord une perle de forme irrégulière, bosselée, imparfaite. Ce sens originel, évoquant le débordement et l’excès, colle finalement très bien au style artistique qu’il a fini par nommer.
Caramel, lui, vient du portugais caramelo. Il a fait le voyage depuis la péninsule ibérique jusqu’à nos crêperies bretonnes sans perdre une once de douceur.
Et bambou ? Le mot est arrivé des Indes en portugais (bambu), a fait escale en néerlandais, puis s’est installé en français dès le XVIe siècle, aussi solide que la plante elle-même.
Des animaux aux noms bien voyageurs
La banane n’est pas un fruit comme les autres, et son nom non plus. Les Portugais l’ont baptisée d’après le terme local qu’ils ont entendu sur les côtes africaines et en Amérique du Sud. Idem pour le cachalot — cachalote en portugais — dont le nom signifie littéralement « grosse tête ». Une description anatomique certes un peu brutale, mais difficilement contestable.
La pintade, elle, n’est pas originaire du Portugal, mais son nom lui doit tout : pintada signifie « poule peinte », ce qui convient parfaitement à ce gallinacé au plumage tacheté comme un tableau pointilliste.
Et le cobaye ? Emprunté à une langue amérindienne, passé par le portugais çabuya, il illustre bien le rôle de passeur qu’a joué la langue portugaise entre les mondes.
Le portugais, grand intermédiaire
C’est là l’un des aspects les plus fascinants de cette histoire : beaucoup de ces mots ne sont pas portugais d’origine. Le portugais les a collectés aux quatre coins du globe — en Inde, en Afrique, au Brésil, au Japon — avant de les transmettre au reste de l’Europe. Manioc, macaque, typhon, samba, topinambour : autant de mots qui portent en eux la trace d’un voyage au long cours.
Japon, par exemple, est tout simplement la francisation du portugais Japão — le nom que les marins lusitaniens donnaient à cet archipel lointain, qu’ils furent parmi les premiers Européens à atteindre.
Une langue vivante, une histoire partagée
Ces quelques exemples suffisent à le montrer : les langues ne vivent pas en vase clos. Elles absorbent, transforment, transmettent. Le français que nous parlons aujourd’hui est le résultat de millénaires d’échanges, de conquêtes, de rencontres — et d’une belle dose de curiosité humaine.
Alors, la prochaine fois que vous croquerez un caramel en regardant une exposition baroque, pensez aux caravelles qui ont rendu tout cela possible. Et peut-être, au fond, au petit mot portugais qui a traversé les siècles pour atterrir dans votre bouche.