27/12/2025
Une spiritualité éclairée dans une époque où l'Eglise n'était que dogme, pouvoir et contrôle... Un bel exemple de connexion véritable au "divin" dans toute ses dimensions 🙏✨💖
En 1310, Marguerite Porete, une femme mystique née vers 1250 dans le comté de Hainaut (aujourd'hui en Belgique), fut conduite au bûcher à Paris, entourée d'une foule de milliers de spectateurs. Elle fut condamnée comme hérétique, la première personne que l'Inquisition de Paris brûla pour avoir refusé de se rétracter. Son crime : avoir écrit un livre.
Marguerite Porete aurait probablement été issue d'une famille cultivée et hautement éduquée, et elle se serait jointe aux Béguines, un mouvement de femmes dédiées à la vie spirituelle, vivant en communauté mais sans faire de vœux formels ni être sous l'autorité masculine. Ce mode de vie libre inquiétait l'Église, car ces femmes parlaient de Dieu sans l'aval des clercs, ce qui menaçait l'ordre institutionnel de l'Église.
Marguerite allait plus loin que ses consœurs. Dans les années 1290, elle rédigea Le Miroir des âmes simples, un texte mystique qui décrit sept étapes de transformation spirituelle à travers une conversation entre des figures allégoriques : l'Amour, la Raison et l'Âme. L'idée centrale était que l'âme pouvait se fusionner totalement avec l'amour divin, au point de ne plus avoir besoin des rituels, des règles ou des intermédiaires de l'Église. Dans cet état d'union, l'âme se soumettait totalement à Dieu et trouvait la liberté parfaite.
Marguerite écrivit son livre en français, et non en latin, ce qui rendait ses idées accessibles à un large public. Son livre se répandit rapidement, malgré les condamnations. Entre 1296 et 1306, le livre fut déclaré hérétique par l'évêque de Cambrai et brûlé publiquement à Valenciennes. Cependant, Marguerite refusa de se taire. Elle croyait que son livre était inspiré par l'Esprit Saint et qu'il avait été approuvé par des théologiens respectés, dont le Maître de théologie Godfrey de Fontaines. Elle continua de diffuser son livre et de prêcher ses idées.
En 1308, Marguerite fut arrêtée et remise à l'Inquisiteur de France, Guillaume de Paris, le même homme qui avait condamné les Templiers. Elle fut emprisonnée à Paris pendant dix-huit mois, refusant de parler à ses inquisiteurs, ce qui renforça sa position d'opposition.
Le livre de Marguerite fut examiné par une commission de vingt et un théologiens, qui identifièrent quinze propositions hérétiques, dont celle selon laquelle une âme totalement unie à Dieu ne pouvait plus pécher. Ce point fut jugé particulièrement dangereux par l'Église, car il suggérait que l'âme pourrait agir en dehors des règles morales sans faute. Mais pour Marguerite, cela représentait la liberté ultime dans la soumission à Dieu.
Elle refusa de se rétracter, et le 31 mai 1310, elle fut déclarée hérétique et remise aux autorités séculières. Le 1er juin, elle fut exécutée sur la Place de Grève, où la foule, selon le chroniqueur Guillaume de Nangis, fut émue par la sérénité avec laquelle elle affronta la mort.
L'Église ordonna que toutes les copies du Miroir des âmes simples soient détruites, mais son livre survécut, circulant secrètement à travers l'Europe. Ce n'est qu'en 1946 qu'une chercheuse, Romana Guarnieri, établit le lien entre le livre et son auteure, redonnant enfin son nom à Marguerite Porete.
Aujourd'hui, Marguerite Porete est reconnue comme l'une des mystiques les plus importantes du Moyen Âge. Son livre, autrefois brûlé comme hérétique, est maintenant étudié comme un chef-d'œuvre spirituel. Ses idées sur l'amour divin transcendant l'autorité institutionnelle et sur la relation directe de l'âme avec Dieu ont influencé des mystiques tels que Julian of Norwich et Teresa d'Ávila, et continuent de résonner à travers les siècles.
Sources :
Histoire de Marguerite Porete et de son Miroir des âmes simples, Éditions du Cerf
Le Mystique du Moyen Âge : De Marguerite Porete à Maître Eckhart, Journal of Medieval Studies