26/03/2026
Par ce que nous pouvons encore être acteurs à travers nos choix...
Mon père m’a tendu deux pinces à linge.
« Ça, » m’a-t-il dit, « c’est l’histoire de tout. »
Dans une main : une pince à linge des années 1960. En bois massif, lisse après des décennies d’utilisation. Soixante ans plus t**d, elle fonctionne encore parfaitement.
Dans l’autre : une pince à linge de 2025. Plus légère, d’un bois plus pâle et fragile. Le ressort est fin, instable. Présentée comme « ultra résistante », ce qui a simplement fait lever un sourcil à mon père.
À première vue, ce ne sont que deux pinces à linge. Pourtant, elles racontent une histoire bien plus vaste — le passage de la durabilité au jetable, du savoir-faire à la réduction des coûts, de la responsabilité à la consommation permanente. C’est l’obsolescence programmée à l’œuvre.
Les produits sont conçus pour échouer afin que nous soyons obligés d’en racheter. Lentement, discrètement, ils se détériorent : fils effilochés, charnières fissurées, ressorts fragiles. Non pas parce que nous désirons davantage, mais parce que l’ancien n’a jamais été conçu pour durer.
Les conséquences sont partout. Les décharges débordent. Les portefeuilles se vident. Et, peut-être plus silencieusement encore, nos esprits s’habituent à l’impermanence, à l’idée que rien n’est fait pour durer.
Et si cette philosophie dépassait les objets ?
Et si elle influençait aussi notre manière de traiter les relations, les communautés, les maisons, voire la Terre elle-même — comme quelque chose de temporaire, remplaçable, jetable ?
Il n’est pas nécessaire que ce soit ainsi. Cette pince à linge des années 1960 nous rappelle qu’un autre chemin est possible. Que nous savions autrefois fabriquer pour durer — et que nous pouvons le faire à nouveau. Que la qualité, le soin et l’intention comptent. Que nous pouvons concevoir pour réparer, pour transmettre, pour donner du sens.
L’histoire que je tiens dans ma paume parle de bien plus que de linge.
Elle parle des choix que nous faisons — et du monde qu’ils façonnent.