23/12/2025
Voici un conte pour célébrer Yule, où la famille, les esprits et la lumière se rencontrent sous le ciel des plaines.
"Awan et le Soleil Retrouvé"
Dans les vastes plaines, où le vent joue avec les herbes et les rivières s’étendent comme des rubans de glace, vivait une famille reliée à la Terre, aux esprits et aux mémoires anciennes. Le jeune Awan, aux cheveux roux comme la braise, marchait souvent seul sur les collines, à l’écoute des voix invisibles qui murmuraient avec le souffle du vent.
Sa sœur aînée, Kaya, le suivait toujours de près. Plus âgée, plus attentive aux signes, elle savait entendre le langage du ciel, des oiseaux et des herbes. Leurs parents, humbles et attentifs, guidaient la famille dans le respect des anciens rituels, tandis que les grands-parents transmettaient le savoir des ancêtres à voix basse, comme on souffle un secret dans la nuit.
La nuit de Yule arriva. La plus longue et la plus sombre de l’année. La famille se rassembla autour du feu sacré, dans la maison de bois. La fumée de la sauge et du cèdre s’éleva en volutes silencieuses, et chaque souffle semblait faire vibrer l’âme de la plaine. Le grand-père, chaman de la lignée, frappa doucement son tambour. Son rythme profond résonnait dans le sol, dans le vent, dans les cœurs.
« Écoutez », dit-il, « les esprits marchent ce soir. Ils veillent, protègent, enseignent. Ouvrez vos yeux et vos cœurs. »
Awan ferma les yeux et sentit son corps devenir léger. Il sentit le vent tourner autour de lui, plus chaud, presque vivant. Dans la fumée du feu, des formes commencèrent à apparaître : des silhouettes d’animaux sacrés, venus des mémoires anciennes des ancêtres. Un grand bison passa lentement, majestueux, portant la lumière du soleil dans ses yeux. Un loup glissa entre les ombres, ses pas silencieux résonnant dans l’âme du garçon. Un aigle, perché sur une branche invisible, étendit ses ailes et sembla ouvrir un passage vers le ciel.
Le chaman l’invita à toucher le tambour. Lorsqu’Awan posa ses mains dessus, il sentit une énergie circuler en lui, un flot ancien qui le reliait aux esprits, à ses ancêtres et à la Terre elle-même. Dans cet instant, il comprit que la nuit ne se mesure pas en heures, mais en forces invisibles qui préparent le retour de la lumière.
Alors la vision s’approfondit. Awan se retrouva transporté dans un autre espace, un monde où la plaine était illuminée d’une lumière dorée. Les esprits des anciens se tenaient en cercle autour de lui. Chacun portait une torche invisible, faite d’énergie et de souvenirs. Ils lui montrèrent que la lumière, même lorsqu’elle semble absente, vit toujours dans les cœurs qui la protègent et la transmettent.
Il vit Kaya, de l’autre côté de la vision, tendant les mains vers les animaux, vers les ancêtres et vers le feu. Elle formait un pont entre le monde des hommes et celui des esprits. Les parents et les grands-parents apparaissaient comme des guides, veillant à ce que les âmes ne se perdent pas dans l’obscurité.
Awan entendit alors un murmure, doux comme le vent sur les herbes :
« Le don que tu offres ce soir est plus précieux que tout. Partage ta lumière, protège ceux que tu aimes, et elle reviendra toujours. »
Lorsqu’il rouvrit les yeux, le feu crépitait toujours, mais quelque chose avait changé. La maison semblait plus grande, plus chaude, et la neige dehors brillait comme si elle portait en elle le reflet de la lumière renaissante. Les animaux de la famille étaient calmes, comme s’ils avaient eux aussi compris l’importance de la nuit.
Le grand-père sourit, frappa une dernière fois le tambour et dit :
« La lumière est revenue, pas encore dans le ciel, mais dans nos cœurs. Que chacun ici transmette cette flamme aux autres, comme les anciens nous l’ont enseigné. »
Awan sut alors que Yule n’était pas seulement une nuit longue et froide. C’était une invitation à se relier aux ancêtres, à écouter les esprits, à partager sa lumière et à recevoir celle des autres. La magie n’était pas dans le feu, ni dans le tambour, mais dans le cœur de ceux qui savaient veiller et transmettre.
Cette nuit-là, la famille resta éveillée jusqu’aux premières lueurs de l’aube, partageant histoires, chants et offrandes. Et tandis que le soleil se levait lentement sur les plaines gelées, Awan comprit une chose essentielle : même après la nuit la plus longue, la lumière renaît toujours, portée par ceux qui savent marcher avec le cœur ouvert.
Geoffrey et Mélanie
La Voie du Tambour