18/04/2026
Hommage à David et à tous ceux qui sont partis trop tôt. La liste de Claire.
Parties 1 & 2 🙏🏽
La mort des êtres chers
et le deuil qui suit
on préfère souvent ne pas y penser,
ne pas en parler.
Penser à la mort,
la sienne, celle des autres, peut pourtant nous aider à mieux vivre notre vie .
La voir arriver aussi.
C'est ce que j'ai vécu
avec la mort de David.
Un bel ami
parti au tout début de sa vingtaine
d'un accident de voiture.
C'était un être lumineux
qui donnait sa bonne humeur et son humour à tout le monde.
Il savait faire naître un sourire sur le visage de tous ceux qu'il croisait.
De la bourgeoise coincée,
à la racaille des cités,
en passant par toutes les déclinaisons d'êtres humains qui peuplent nos villes
et nos campagnes ...
La dernière fois que l'on s'est vu,
je ne lui ai offert qu'une grimace et ma mauvaise humeur.
Je ne savais pas que c’était la dernière fois.
Il est parti sans avoir eu le temps de réaliser ses rêves mais il avait donné autour de lui tout ce qu'il avait de meilleur. J'ai amèrement regretté de l'avoir ainsi maltraité. Je m'en suis voulu.
Et puis j'ai réfléchi : quelle leçon pouvais je donc en tirer ?
Une leçon toute simple, la vie est fragile et précieuse et peut nous quitter à chaque instant, ou quitter ceux qu'on aime. On ne sait pas quand, on ne sait pas comment.
On sait juste que ça va arriver.
Que fait on alors de notre temps de vie ?
J'ai compris que je n'avais pas de temps à perdre, que je ne pouvais pas me permettre de ne pas faire de travail sur moi, de remettre à plus t**d.
Je me devais de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour apprendre à aimer cette vie, à donner mon sourire, ou au moins mon amour à mon entourage.
Et je devais réaliser mes rêves.
Pas demain, pas plus t**d,
maintenant !
J'ai donc fait une liste de tout ce que je voulais faire avant de mourir.
J'avais environ trente ans.
Je l'ai faite sans trop réfléchir en laissant parler mon cœur. Et puis un jour je me suis dit que c'était une bien belle liste
mais qu'il fallait que je passe à l'action ...
Ma liste des rêves à réaliser avant de quitter cette terre contenait entre autres :
-un voyage en Inde
-une formation massage
Je me suis dit que j'allais commencer par réaliser ces deux là en faisant un "deux en un" : partir en Inde pour apprendre le massage des bébés. C'était déjà deux ans au moins après la mort de David ...
J'avais une approche du toucher par ma pratique de l'anti-gymnastique qui a été un des premiers outils thérapeutiques que j'ai utilisé pour me remettre de mes "émotions". J'avais l'envie de me former à cette technique qui a été ma porte d'entrée à l'idée qu'on peut avoir de la douceur envers soi même .
Je massais parfois mes amis, ils aimaient ça et moi aussi. Mais cette formation de prof d'anti-gym n'était accessible qu'aux kinés, pas à moi ni à mes compétences en maths en dessous du niveau de la mer ...
À cette époque, je ne m'étais encore jamais fait masser. Internet n'était qu'à ses débuts et je n'avais pas d'ordinateur encore moins de smartphone, on ne parlait pas de massage et il n'y avait pas d'endroits pour se faire masser comme c'est le cas aujourd'hui.
Mais quelque part en moi, un peu sourd, un peu caché, il y avait cet appel pour le massage et puis j'avais ce bouquin : Shantala, un art traditionnel le massage des enfants de Frédérick Leboyer. Quelque part en moi il y avait cette douceur sourde et cachée parce qu'on l'avait abîmée.
Et je le sais maintenant avec le recul, il y avait ce signal qui clignotait au loin depuis longtemps. Comme une enseigne de salon de massage dans une ruelle sombre, dont les néons seraient en fin de vie et qu'on arriverait pas bien à distinguer et qui m'appelait ...
Je projetais donc de faire ce voyage sans avoir rien préparé encore et j'en parlais à Isa, une amie qui avait vécu en Thaïlande. Aussitôt, elle m'a parlé de ce pays, du massage thaï, du fait que c'était facile de voyager là-bas, qu'il y avait des écoles de massage et elle m'a proposé de passer chez elle pour en parler.
Je n'étais absolument pas attirée par ce pays, trop touristique à mon goût et puis j'avais mon plan : l'Inde et le massage des bébés ! Mais je suis quand -même passée chez elle pour en parler, même si dans ma tête c'était clair : je n'irais pas en Thaïlande.
Quand je me suis présentée à sa porte, elle n'était pas là. C'est Marco son mari qui m'a accueillie. Je lui ai expliqué la raison de ma venue et il a tout de suite été super enthousiaste.
Marco était un super tchatcheur, un grand amoureux des voyages et de la Thaïlande. Il a été intarissable, comme à son habitude, et pour lui j'étais déjà partie ! Alors que dans ma tête je me répétais : "cause toujours, de toutes façons je n'irai pas !!!"
Sûr de son coup, il m'a même collée devant son ordi pour regarder le prix des billets d'avion. C'était l'époque ou tu lançais une recherche et tu revenais un quart d'heure plus t**d pour voir si la page était chargée (les joies du réseau en Ardèche).
Je me suis laissée faire, même si pour moi ... ça n’était pas la peine car de toutes façons ... je n'irai jamais en Thaïlande ...
J'ai quand même vu qu'un billet aller-retour était accessible à mon budget ... Et puis Marco à continuer à m'enchaîner avec ses : "tu iras là-bas, tu verras ça, tu leur diras ça et tu mangeras ça ..."
Avec son insistance et son bagout, il a ouvert la brèche ... D'un seul coup, sans crier gare au milieu d'une de ces phrases qu'il répétait comme un mantra, j'ai senti monter en mois une grosse colonne d’énergie ...
À partir de cet instant il n'y a plus eu de réflexion. Je lui ai dit "viens, on retourne sur internet". J'ai sorti ma carte bleue et j'ai acheté un billet d'avion avec pour destination Bangkok Thaïlande !
Pendant les dix jours que j'ai passé après ça j'étais en apesanteur, je planais au dessus de la terre. Et puis j'ai pris cet avion et j'ai atterri à Bangkok. J'ai deplané tout net !
Mes amis m'avaient dit d'aller au quartier des bagpackers: kao san. J'ai détesté cet endroit son bruit, ses touristes dégoûtants et ses thaïlandais dégoûtés. Bangkok était trop grand, trop chaud. Je savais que je ne voulais pas aller en Thaïlande. Qu'est ce qui m'avait pris, qu'est ce que je faisais là ?
Je suis allée à Wat Po, le haut lieu du massage thaï, pour me faire masser et me renseigner sur les formations. La masseuse m'a demandé si j'avais un problème, des douleurs. Je lui ai parlé de ma sciatique ... Elle m'a vraiment fait mal et ma sciatique a empiré. Pas terrible comme première expérience du massage thaï.
Je ne pouvais pas rester dans cette ville. J'ai consulté un guide touristique trouvé dans ma guest house, il parlait de Chiang Mai, une ville au nord, dans laquelle il y avait aussi une école de massage: Old Medicine Hospital.
C'était décidé, c'était là que j'irai. J'ai pris le train de nuit. Une fois arrivée je n'étais guère plus ravie. Chiang Mai était certes plus petite mais j'avais toujours trop chaud et je continuais à ne voir que les conséquences obscènes du tourisme de masse. Je suis néanmoins allée m'inscrire à l'école, je n'étais pas venue pour rigoler mais pour prendre des cours de massage.
À la première heure, du premier jour de cours, j'ai su !
C'était exactement ça que je voulais savoir faire ! Ça a été la révélation, le coup de foudre. Comme quand on rencontre quelqu'un qu'on a l'impression de connaître depuis toujours. Mon voyage avait pris une toute autre tournure, j'avais retrouvé le sourire !
À partir de ce jour, le massage thaï a pris toute la place dans ma vie. Je m'y suis consacrée corps et âme et la Thaïlande est devenue mon deuxième pays. J'avais trouvé ma raison d'être.
Sans la mort de David qui sait ce que je ferai aujourd'hui ? Impossible à savoir, mais c'est bien cet événement profondément injuste qui m'a mis un grand coup de pied au cul et fait reconsidérer mes actes et mes options.
J'aurais préféré qu'il reste parmi nous bien sûr, j'aurais préféré lui donner autant qu'il m'a donné. Avoir le temps. La vie n'est pas juste de notre petit point de vue d'humain la plupart du temps bien incapable d'honorer cette vie qui nous est donnée.
Pour lui, David Manoukian frère d'Anne et Natacha Manoukian, j'ai taché d'être à la hauteur de la vie donnée. J'essaye encore tous les jours, avec plus ou moins de succès. Mais je garde toujours en mémoire que mon temps, celui des gens que j'aime, est compté et que la mort est notre meilleure conseillère.
Je dédie ce texte à Anne et Natacha, à la mémoire de David, de Marco, de Greg et Dorian et à leurs familles, à Isa, F***y, Ninon, à Harry et Audrey, à Aurélia, Loup, Savannah, Fabien, avec tout mon amour.