10/03/2026
le vide - le plein
Identifiez ce matin triste, morne sans but et regardez l’espace qu’il prend. Sentez son poids. La fuite prend la forme de votre main sur les touches du téléphone, prête à verbaliser cet enlisement boueux. Et puis, la lassitude l’emporte, ponctuée de la certitude qu’il est inutile d’en parler.
Vous laissez le volet ouvert, retournez sous la couette, fermez les yeux et attendez. Vous attendez que le spleen se lisse et vous tire doucement de cette torpeur qui semble infinie. Vous cessez de lutter et laissez vivre le ressenti, acceptez que ce soit « ici et maintenant », que « c’est juste ainsi ». Vous patientez dans cet espace temps où la vie se manifeste par un instant suspendu entre le rien, le néant et la conscience d’être. Juste être.
Vous ouvrez les yeux et décidez de vous nourrir. L’odeur vous mène à votre corps ; celle lourde et grillée du café, celle fraîche et verte du thé. L’odeur vous reconnecte à l’espace et vous enserre dans le présent. Quand la boisson sera bue, il faudra passer à autre chose alors, vous vous laissez infuser par le liquide, tandis que la chaleur du breuvage e se marie avec la peau de vos mains. Le dos rond, le nez dans la tasse, les vapeurs vous saisissent dans l’instant et vous rapprochent de la fin du moment, s’affinant jusqu’à disparaître.
Le sas de l’attente a-t-il pour objectif de nous remplir de nous même ?
Vous attendez, vous patientez. Le vide pourrait se remplir de sucres, de fumées, d'alcool, de séries. En conscience ou non, par pulsions ou non.
Vous choisissez une série qui vous collera sur le canapé, orientant votre esprit vers le plein des autres afin de vibrer leurs émotions. Ça calme, ça prend de la place… La place ?! C’est en regardant cette place vide, cette envie de fuite aussi que l’on ressent le vide à l’intérieur.
Vous libérerez ainsi le sanglot collé au fond de la gorge au moment où il le faut, vous sentant un peu con(ne) d’y donner tant d’importance alors que votre corps se soulage. Vous n’avez pas choisi les mots mais la méthode est tout aussi efficace, la procuration vous donne accès à l’émotion bloquée, au sentiment de désarroi, à l’incompréhension, à la triste joie aussi.
Et si finalement le vide était notre capacité à faire le plein de nous : le plein de nos émotions, nos ressentis.
Et si ce vide nous permettait de nous remplir de la vie et surtout de nous « autoriser à ».
Il nous montre l’endroit et il nous montre le choix.
Se remplir des autres ou se remplir de soi.
Texte : Lydia Caldaroni
Photo : Adrien Rollet
Naturopathe & énergéticienne - Arras