07/05/2025
Plus nous avançons sur le sentier de la vie, plus nous découvrons que personne n’est simple à aimer, ni même à côtoyer longtemps. Nous sommes toutes et tous des puzzles incomplets, des valises à roulettes qui grincent de blessures anciennes, de peurs mal digérées, d’angoisses qui parfois nous devancent, nous emportant dans des tourments que nous n’avons pas toujours les clés pour comprendre.
Nous portons des cicatrices invisibles comme des tatouages de survie, des marques d’histoires personnelles, de batailles intérieures qui ne se voient pas mais qui façonnent nos êtres. Nos âmes sont parfois fripées d’inquiétudes, nos cœurs gonflés d’échos passés, résonnant encore des événements qui ont laissé leur empreinte.
Et pourtant… malgré tout ce chaos intérieur, nous cherchons encore à aimer, à être aimés, à comprendre et à être compris, à croire qu’il est possible de tisser des liens sincères au-delà de nos fêlures.
Le chemin de la construction de soi, ce chantier permanent, est loin d’être linéaire. Il est fait de travaux imprévus, de retours en arrière, de reconstructions à la bougie. C’est un labyrinthe où l’on perd parfois le fil de soi-même, se heurtant aux mêmes murs, avant de repartir dans une autre direction, avec plus de sagesse, plus d'humilité.
Et c’est précisément pour cela qu’il ne s’agit pas de chercher quelqu’un "sans bagage", cette licorne humaine n’existe pas !
Ce qui compte, c’est de trouver une âme prête à ouvrir sa valise à côté de la nôtre, à trier ensemble, à plier les douleurs en origamis d’espérance, à créer des souvenirs communs malgré tout.
Comme le disait si justement Carl Jung :
"La rencontre de deux personnalités est comme le contact de deux substances chimiques : s’il se produit une réaction, les deux en sont transformées."
L’amour réel, l’amitié profonde, la connexion sincère, ce n’est pas une question de compatibilité parfaite, c’est une partition vivante, jouée à deux, faite d’imperfections accordées. C’est se choisir tous les jours, même quand la météo intérieure est instable, lorsque les tempêtes émotionnelles peuvent surgir à tout instant. C’est construire un abri commun dans les orages, un lieu où l’on peut se dire : "Ici, je peux déposer l’armure sans craindre d’être transpercé", un endroit où l’on trouve refuge, où l’on peut se révéler sans crainte.
Nous sommes toutes et tous un peu cabossés, parfois même carrément brisés. Mais nos failles sont aussi nos fenêtres, elles laissent passer la lumière, comme l’écrivait Leonard Cohen, éclairant les coins sombres de notre existence et permettant à nos rêves de s’épanouir.
Alors, plutôt que de chercher des êtres parfaits, embrassons l’imparfait.
Cultivons des liens où nos ombres ne sont pas condamnées à l’exil. Créons ensemble des espaces d’accueil mutuel, où l’on peut être naturel sans condition, où l’on grandit non pas malgré nos douleurs, mais grâce à elles, en les intégrant comme des forces vives de notre évolution.
Parce qu’au fond, ce qui nous relie vraiment, ce n’est pas notre invincibilité. C’est notre vulnérabilité, offerte avec courage, cette volonté de rester ouvert, même dans les moments de fragilité.
C’est là, dans cette humanité mise à nu, que naît la seule connexion qui mérite d’être vécue . 🙏🏻
Saad El Moussaïr