17/08/2022
Variole du singe : un premier cas de transmission de lâhomme Ă lâanimal
La transmission interhumaine du virus responsable de la variole du singe se fait classiquement par lâintermĂ©diaire de contacts Ă©troits avec les lĂ©sions, les fluides corporels et les gouttelettes respiratoires de personnes infectĂ©es.
LâĂ©pidĂ©mie actuelle, qui apparaĂźt centrĂ©e sur les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, et qui se manifeste par des lĂ©sions a***es et gĂ©nitales, suggĂšre aussi la possibilitĂ© dâune transmission sexuelle.
Cette hypothĂšse est encore en cours dâinvestigation. Et voici que le Lancet publie la correspondance dâune Ă©quipe française, qui pourrait semer le trouble. Il sâagit dâun cas de variole du singe survenant chez un chien, et possiblement acquise par transmission humaine.
Une histoire Ă 3
Lâhistoire commence par deux hommes vivant sous le mĂȘme toit, ayant des relations sexuelles avec des hommes mais partenaires non exclusifs. Le premier, ĂągĂ© de 44 ans est porteur du VIH, avec une charge virale indĂ©tectable sous antirĂ©troviraux. Le second, ĂągĂ© de 27 ans, est VIH nĂ©gatif.
Ils consultent tous deux pour une ulcĂ©ration a***e, apparue 6 jours aprĂšs des relations sexuelles avec dâautres partenaires. LâulcĂ©ration est suivie par lâapparition de lĂ©sions vĂ©siculo-pustuleuses sur le visage, les oreilles et les jambes chez le premier patient, sur les jambes et le dos chez le second.
Tous deux ont prĂ©sentĂ© aussi une fatigue, des cĂ©phalĂ©es et de la fiĂšvre 4 jours plus t**d. Le Monkeypox virus sera dĂ©tectĂ© dans des prĂ©lĂšvements cutanĂ©s et de lâoropharynx du 1er patient, dans des prĂ©lĂšvements anaux et de lâoropharynx du second.
Mais voici que 12 jours plus t**d, des lĂ©sions cutanĂ©o-muqueuses apparaissent chez leur chien ĂągĂ© de 4 ans, avec notamment des pustules au niveau de lâabdomen et une ulcĂ©ration a***e.
Les prĂ©lĂšvements permettent dâidentifier un Monkeypox virus de la lignĂ©e B.1 du clade hMPXV-1, identique Ă celui qui a infectĂ© plus de 1700 personnes en France. Le sĂ©quençage du virus montre une homologie de 100 % avec le virus retrouvĂ© chez le premier patient.
Les deux hommes disent avoir Ă©vitĂ© de mettre leur chien en contact avec dâautres animaux ou humains depuis lâapparition de leurs propres symptĂŽmes, (câest-Ă -dire 13 jours avant lâapparition des lĂ©sions chez le chien). Ils signalent toutefois que leur chien dort avec eux.
Quelles conséquences à prévoir ?
Dans les pays endĂ©miques, le virus nâa Ă©tĂ© retrouvĂ©, jusquâĂ prĂ©sent, que chez des animaux sauvages. Toutefois, il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© dĂ©tectĂ© chez des chiens de prairie aux Etats-Unis et chez des primates en captivitĂ© en Europe, aprĂšs que ces animaux ont Ă©tĂ© en contact avec des animaux infectĂ©s importĂ©s.
Lâinfection dâanimaux domestiques nâavait jamais Ă©tĂ© signalĂ©e jusquâĂ prĂ©sent.
Pour les auteurs, la chronologie des symptÎmes évoque ici une transmission homme-animal. La clinique et la présence du virus dans les lésions suggÚrent, quant à elles, une réelle maladie animale, et non pas un simple portage.
La question se pose alors de la nĂ©cessitĂ© dâisoler les animaux des personnes infectĂ©es par le virus, ainsi que celle dâexplorer lâĂ©ventualitĂ© dâune transmission secondaire de lâanimal Ă lâhomme.
Dr Roseline Péluchon
Références
Seang S, Burrel S, Todesco E, et al. Evidence of human-to-dog transmission of monkeypox virus
The Lancet â PubliĂ© en ligne le 10 aoĂ»t 2022- DOI: