Havre-Niger

Havre-Niger Havre est un espace dédié aux femmes en difficulté, chaque femme mérite d'être écouter.

30/11/2025

ANONYME 2

Je n’ai jamais su exactement à quel moment tout a dérapé, à quel moment cet homme que tout le monde appelait “le bon vivant” s’est transformé en un cauchemar ambulant. Peut-être que les signes étaient là depuis le début, bien cachés derrière ses blagues bruyantes et sa démarche de héros de comptoir. Quand il buvait, il devenait quelqu’un d’autre, une version déformée de lui-même, comme si l’alcool ouvrait une porte dans sa tête et laissait sortir ce qu’il y avait de plus sombre. Et moi, j’étais enfermée avec cette version-là bien plus souvent que je ne l’aurais voulu.

Je me souviens d’un soir particulier, celui où j’ai compris que je devais fuir ou disparaître. Il est rentré avec cette odeur d’alcool qui entrait toujours dans la maison avant lui, comme une annonce macabre. Il parlait fort, tout seul, puis il riait, puis il se mettait à s’énerver contre des choses invisibles. Il m’accusait de tout et de rien, me disait que j’avais “osé le contrarier”, alors que je n’avais même pas ouvert la bouche. Avec lui, la logique n’existait pas : une respiration pouvait le rendre furieux, un regard pouvait l’énerver, un silence pouvait le provoquer. Son plaisir malsain à me voir trembler se lisait clairement dans ses yeux. Plus je montrais que j’avais peur, plus il se redressait, comme si ma frayeur lui servait de carburant.

Il s’approchait de moi avec une lenteur calculée, un sourire tordu accroché au visage, cet air de prédateur sûr de lui. Il renversait les objets autour juste pour me faire sursauter, juste pour voir ma réaction. Il me parlait d’une voix faussement douce, celle des gens qui veulent te briser sans lever la main. Il savait exactement quoi dire pour blesser, comment tourner ses mots pour me coincer, me rabaisser, me faire douter de ma propre réalité. C’était ça le pire : sa violence n’était pas seulement dans ses gestes, mais dans son esprit tordu. Un sadisme froid, masqué sous des litres d’alcool.

À un moment, il s’est approché trop près, tellement près que j’entendais sa respiration instable et sentais sa colère vibrer. Je savais que s’il allait plus loin, je ne m’en sortirais pas indemne cette fois. Alors quelque chose s’est réveillé en moi, une énergie que je ne me connaissais pas. Je ne l’ai pas regardé. Je n’ai pas parlé. J’ai juste agi. Au moment où il s’est tourné pour attraper quelque chose sur la table, j’ai couru. J’ai ouvert la porte si vite que j’ai cru qu’elle allait s’arracher. Je suis sortie dans la rue sans chaussures, sans sac, sans réfléchir. Je ne sentais même plus mes jambes, juste mon cœur qui frappait comme s’il voulait sortir de ma poitrine.

Je l’entendais derrière moi, appeler mon nom en trébuchant, rire, puis s’énerver, puis rire encore. Ce rire-là, c’est ce qui m’a donné encore plus de force pour continuer à courir. Je me suis réfugiée chez une voisine qui a immédiatement compris que quelque chose n’allait pas. Elle m’a tendu un verre d’eau. Je tremblais tellement que la moitié s’est renversée. Elle n’a rien dit. Elle a juste posé sa main sur mon épaule. Et c’était suffisant pour que je m’effondre en larmes, pour la première fois depuis longtemps.

Ce soir-là, j’ai compris une vérité que j’aurais dû voir plus tôt : cet homme n’était pas simplement un soulard. C’était une tempête humaine, imprévisible, dangereuse, quelqu’un qui n’avait jamais cherché à aimer mais seulement à posséder et à détruire. Et moi, je n’étais plus prête à servir de cible à ses nuits d’ivresse. Je suis partie. Et je n’ai jamais regardé en arrière. Parce que je sais une chose désormais : personne ne mérite de vivre sous la menace d’un homme perdu dans ses bouteilles, personne ne mérite d’avoir peur chez soi. Et moi, j’ai survécu.

30/11/2025

ANONYME

Je n’ai jamais vraiment aimé raconter cette histoire. Mais aujourd’hui, si je parle, ce n’est plus pour pleurer. C’est pour me rappeler que je suis vivante.

Tout a commencé le jour où j’ai rencontré Karim.
Tout le monde disait qu’il avait un sourire chaleureux. Moi, j’y ai cru. Comment aurais-je pu imaginer qu’un sourire pouvait cacher un orage ?

Au début, il était gentil. Protecteur même.
« Je veux juste te mettre à l’abri », disait-il.
Mais l’abri s’est vite transformé en cage.

Les premières fois, ce n’était pas des coups.
C’étaient des phrases.
Des mots qui blessent plus profondément que les poings.

« Tu ne vaux rien sans moi. »
« Sans moi, personne ne voudra de toi. »

Je croyais que c’était de la jalousie amoureuse.
Puis il a commencé à contrôler mes déplacements, mes appels, mes amis.
Il voulait tout savoir. Tout décider.
Et moi, je m’éteignais petit à petit.

Le jour où tout a basculé, je m’en souviens comme si c’était hier.
Il est entré dans la maison comme une tempête, le regard noir, comme si quelqu’un avait appuyé sur un interrupteur à l’intérieur de lui.
Je n’avais rien fait. Ou peut-être que si… peut-être que respirer trop fort était devenu une provocation.

Je n’ai pas besoin de décrire ce qui s’est passé.
Ce n’est pas nécessaire.
Il m’a violentée, physiquement et moralement, avec une rage que je ne connaissais pas.
J’ai eu peur pour ma vie, pour la première fois.
J’ai senti mon corps trembler, mais dans ma tête une petite voix se réveillait :

« Sors. Sauve-toi. Maintenant. »

Je ne sais pas comment j’ai trouvé la force.
Je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, j’ai réussi ce que je n’avais jamais osé faire.
Peut-être que la peur avait laissé place à quelque chose de plus puissant : la survie.

Je suis sortie de la maison sans chaussures, sans sac, sans téléphone.
Je me rappele juste la sensation du sol froid sous mes pieds.
Et l’air qui entrait dans mes poumons comme si je respirais pour la première fois depuis des mois.

Je me suis réfugiée chez une voisine.
Je tremblais. Je ne pouvais même pas parler.
Elle a compris.
Elle m’a assise.
Elle m’a dit : « Tu n’es plus seule maintenant. »

C’est à ce moment-là que j’ai réalisé :
Ce n’était pas de l’amour.
Ce n’était pas de la jalousie.
C’était de la violence.

Aujourd’hui, je me reconstruis.
Je me découvre.
Je réapprends à vivre sans avoir peur du bruit des clés dans une serrure.
Je réapprends à marcher la tête haute.

Et si je raconte mon histoire, ce n’est pas pour me rappeler la souffrance.
C’est pour me rappeler ceci :

Je suis sortie de l’enfer.
Et personne ne me fera taire.

N'hésitez plus votre Havre de paix est arrivé
28/11/2025

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