10/28/2024
Le plan néolibéral commence…
Pour mieux comprendre la privatisation des institutions haïtiennes, il est essentiel de remonter à la crise économique qui a débuté en 1954. Cette crise a pour racine principale les difficultés économiques du pays. En 1957, après le coup d’État du président Daniel Fignolé (3 semaines au pouvoir), François Duvalier prend le pouvoir. Sous sa présidence, et jusqu’à sa mort, l’agriculture n’est pas priorisée, ce qui affaiblit encore plus l’économie.
Avec l’arrivée au pouvoir de son fils, Jean-Claude, le pays favorise l’économie de sous-traitance, encouragée par les Américains. De nouveaux parcs de loisirs attirent les touristes, et des infrastructures telles que les routes Nord-Sud et Teleco voient le jour. Cependant, l’économie subit plusieurs chocs : la production de café baisse, la production de sucre disparaît du marché mondial, et Haïti est frappée par deux chocs pétroliers, en 1973 et 1977.
En raison de la faible production locale, qui n’était pas une priorité pour les Duvalier, la gourde commence à perdre de sa valeur. Ce n’est plus une question de 5 gourdes pour un dollar américain. En 1981 et 1982, la Banque mondiale et la communauté internationale pressent Jean-Claude de combattre la contrebande, de réguler les taxes et de renforcer la douane. Les élites corrompues et d’autres secteurs, mécontents du régime, contribuent finalement à son renversement en 1986. Cette période marque le début de la décadence économique du pays, alors que la gourde perd encore davantage de sa valeur.
C’est à partir de 1986, avec la prise de pouvoir par les militaires, que les États-Unis commencent à dicter leur politique néolibérale en Haïti. En échange du départ de Jean-Claude, le pays est soumis à une réduction drastique des tarifs douaniers, permettant ainsi aux produits américains — riz, maïs, pois, huile, entre autres — d’envahir le marché haïtien et d’affaiblir la production locale.
Depuis l’arrivée des Duvalier jusqu’à 1986, les signaux économiques étaient déjà au rouge. La prise de pouvoir des militaires, couplée à la privatisation imposée par les États-Unis, aggrave la crise économique. Les conséquences sont lourdes : augmentation du chômage en milieu rural, chute de la production agricole, dépréciation continue de la gourde, urbanisation désordonnée, précarité sociale, départ massif d’intellectuels vers l’étranger, et finalement, une privatisation des institutions qui ne date pas des lavalassiens, mais bien des Duvalier et des anciens militaires.
C’est d’ailleurs pour cette raison que des présidents comme Leslie Manigat et Jean-Bertrand Aristide ont subi des coups d’État, car ils refusaient de poursuivre les privatisations. Toutefois, pour qu’Aristide puisse revenir au pouvoir en 1994, il a dû accepter le compromis néolibéral, ce qui a intensifié la privatisation des institutions sous la présidence de René Préval dès 1996.
Ainsi, sans la collaboration des élites locales, les Américains n’auraient pas pu imposer ces mesures seuls.
Dr. Vincent
Citoyen préoccupé de l’avenir du pays