05/05/2026
🔄2025
5mai c’est la Journée internationale de la sage-femme🪆
Bref. Je suis sage-femme en salle d’accouchement.
On arrive dans le service à 6h47.
On commence à 7h.
À 6h48 : « 63 dilatation complète ! »
OK. Pas de café.
Quand on rentre dans la salle:
Le papa est blanc.
La maman est rouge.
La sage-femme de nuit est verte.
On tente un sourire :
« Bonjour, je suis la sage-femme. »
La patiente hurle :
« J’m’en fous c’est quand la péridurale ?! »
Parfois ça dure 2 heures.
Parfois 20 minutes.
Parfois c’est calme.
Mais c’est un piège.
Le calme n’existe pas.
C’est juste le temps que le téléphone décide de re-sonner.
📞 «Y a un SAMU qui arrive»
📞 «J’ai perdu les eaux »
📞 «J’ai avalé un chewing-gum, c’est grave?»
📞 « Vous avez le code du wifi ? » … (non!)
Il est 3h du matin. On est trois.
Parfois y a rien.
D’autres fois, il y a sept femmes en travail.
On jongle entre une césarienne en urgence,
une réa néonat où t’oublies de respirer,
un accouchement en mode fusée (pas le temps de mettre les gants, t’attrapes la vie à main nue).
et ce liquide amniotique qui vise juste dans ton décolleté d’uniforme mal ajusté.
Mais une garde, c’est une mosaïque.
C’est une maman paniquée à 2h du mat’.
Un papa qui tourne de l’œil pendant un TV.
Une ado paumée qu’on soutient d’un regard.
Un bébé qui t**de à pleurer.
Un autre qui crie fort et remet tout le monde en vie.
C’est des urgences vitales.
Des moments suspendus.
Des banalités pleines de douceur.
C’est tout ça à la fois.
Et on tient.
Parce que c’est réel. Parce que c’est fort. Parce que c’est nous.
Des fois, on sort de la salle, les bras tremblants, l’uniforme taché, les cheveux en bataille.
Tu croises le regard de ta collègue.
Elle dit rien.
Juste : « T’as besoin d’un Kinder ou d’un câlin ? »
Pour moi ? Les deux 🙈
Quand on appelle une collègue. Elle court.
Elle sait.
Parce qu’on se parle sans parler.
Un regard = « Viens vite »
Un soupir = « C’est pas facile mais j’gère »
Un silence = « J’ai besoin que tu restes là »
Et puis y a les fous rires.
Les fous rires de dégénérées.
Ceux qui partent de rien, ou de trop.
Un slip filet à l’envers.
Le frigo qui fait coin-coin.
Une collègue qui perd une chaussure en plein sprint.
Et ma spécialité : la tartine grillée.
Enfin, « grillée ».
Je la mets juste un peu, puis j’oublie, évidemment.
Résultat : fumée, odeur de charbon, alarme…
Et dans un élan de panique absolue (et de lucidité douteuse),
je fais ce que toute sage-femme rationnelle ferait à 4h du mat’ :
je balance la tartine par la fenêtre pour pas déclencher l’alarme incendie.
Une trajectoire digne des JO.
(Depuis on nous a confisqué le grille-pain. Mea Culpa).
Des fous rires où c’est parfois impossible de se reprendre.
Le rire de l’une entraînant celui de l’autre.
C’est souvent grotesque.
Toujours magique.
Ça fait tout oublier, même que t’as pas dormi depuis deux jours.
C’est notre soupape. Notre bouffée d’oxygène dans le chaos.
On a des larmes contenues quand un bébé ne pleure pas tout de suite.
On a des moments de grâce.
Quand un tout petit humain arrive et que le monde s’arrête.
Juste une seconde.
Juste une respiration.
Et tout vaut la peine.
On se dispute parfois.
Parce qu’on est à bout.
Parce qu’on a mal dormi.
Parce qu’on fait parfois le taf de 3 personnes sans reconnaissance.
Mais on s’aime fort.
Sans condition.
Sans jugement (ou juste un peu 🤭).
On se serre les coudes.
On se couvre.
On se connaît.
On sait qui a besoin d’un câlin.
Qui a besoin d’un Kinder.
Et qui a juste besoin qu’on ferme sa bouche parce qu’elle va exploser à la remise de service.
Et malgré les horaires éclatés, le stress, les odeurs corporelles pas toujours subtiles,
les cris, les corps en souffrance,
La hiérarchie convaincue qu’on se déplace d’un service à l’autre comme des icônes sur un PowerPoint, peu importe si ça colle ou pas.
Les naissances express, les slips filet, les blouses mises à l’envers, les prénoms surprenants qu’on entend à 5h du matin…
On reste.
Parce que c’est beau.
Parce que c’est dur.
Parce que c’est vrai.
Parce que ça nous prend aux tripes.
Et cette année… j’ai changé de service.
J’ai quitté le bloc direction la maternité pour quelques mois.
Un autre rythme.
Moins de sprint… mais autant de pas.
(voire plus 😅)
J’ai troqué les accouchements en mode fusée contre des bébés qui prennent leur temps…
(parfois vraiment beaucoup leur temps 😅)
Je réapprends.
Je me refais une place.
Et puis… je découvre une nouvelle équipe.
Des regards qui disent « t’inquiètes, on est là » sans faire de grand discours.
Des collègues qui t’adoptent doucement…
sans formulaire officiel ni réunion.
Et finalement, peu importe le service…
on retrouve toujours les mêmes :
celles qui courent,
celles qui gèrent,
celles qui rigolent trop fort,
et celles qui savent exactement
quand t’as besoin d’un Kinder. ❤️
Parce que nos collègues, c’est plus des collègues.
C’est des piliers.
Des sœurs de garde. Des frères d’urgence.
C’est notre deuxième famille.
Notre garde rapprochée.
Bref. Je suis sage-femme. Et j’aime ce bo**el de tout mon cœur.
Bonne fête les filles & Mehdi ❤️❤️❤️
Merci pour tout ce qu’on est. Ensemble 🫶
📸 Cecile K
✍️MaMatriochka