25/10/2023
Octobre rose... Qui n’a jamais entendu parler de cette campagne de sensibilisation au cancer du sein dont le ruban rose est le symbole de solidarité envers les personnes touchées par cette maladie ? Elle se déroule comme son nom l’indique chaque année au mois d’octobre et fait le focus sur l’importance de la prévention et du dépistage précoce.
L’occasion m’est donc donnée d’aborder ce sujet très vaste et tenter de le circonscrire sous un angle plus relationnel et sexuel.
Le cancer du sein est lourd de conséquences dans de nombreux domaines dont celui de la sexualité qui se voit fortement impacté, notamment car la symbolique du sein est très importante. Quand il se développe au moment de la puberté, il est l’une des premières manifestations du passage de l’enfance au monde adulte. Il représente aussi la féminité, peut être un signe de beauté et d’attraction, voire une zone érogène pour certaines. Le sein est également souvent associé à la maternité, lien nourricier et protecteur par excellence.
Alors que se produisent des changements physiques importants susceptibles d’altérer la confiance en soi et l’image corporelle, conjuguer intimité et atteinte à sa féminité n’est pas chose aisée.
Que l’on soit au stade du diagnostic, du combat thérapeutique ou de la rémission, chaque étape est source de difficultés. Douleurs liées aux traitements qui assèchent les muqueuses vaginales, désir sexuel en berne, fatigue... Il y a peu de disponibilité psychique pour les moments d’intimité. L’envie de plaire ne fait plus partie des priorités. Il n’y a en effet rien de très « excitant » à offrir à son partenaire la vision d’un corps mutilé que l’on peut avoir du mal à accepter soi-même.
Une spirale négative risque alors insidieusement se mettre en place. Le partenaire craignant de mettre sa compagne mal à l’aise ou de lui faire mal ne la touche plus. Du coup, la femme abîmée dans son corps croit qu’elle n’est plus désirée. C’est ainsi que se développent une mauvaise compréhension, des tensions inutiles et un risque d’isolement dans un contexte déjà si fragile.
Avoir conscience de ces écueils est un premier pas indispensable pour instaurer de la bientraitance envers soi-même et dans son couple, réinventer cette intimité perdue et tenter de se reconnecter à l’autre.
Un essentiel pour y arriver : rompre le silence, communiquer. Non pas la communication logistique, comme je la désigne, pour savoir ce qu’on va manger ce soir, qui va aller chercher petit chéri au hockey ou ce qu’on va faire de son week-end... Non, une communication intime où l’on peut exprimer à l’autre ses peurs, ses attentes, ses besoins, ses limites aussi... sans tomber dans le piège qui consiste à croire que cet autre, ce binôme qui nous connait si bien, est capable de lire entre les lignes et deviner ce que l’on ressent. Parfois l’aide d’un tiers peut s’avérer judicieuse pour ce faire.
En plus de la communication, n’oublions pas que l’Amour ne passe pas en première intention par la porte de la génitalité. La sphère affective et la tendresse sont des voies d’entrée royales pour restaurer du lien dans le couple, des moments de qualité. Se fixer des rendez-vous amoureux, partager des activités communes, se masser l’un l’autre, se donner la main en se baladant, remercier, complimenter... sont autant de pistes permettant de remplir nos réservoirs affectifs.
Un petit rappel utile également : nous faisons l’amour avec nos cinq sens. Gardons-les en alerte pour explorer, découvrir, se connecter autrement. Cet éveil sensoriel permet également de penser à côté de la douleur, puissant focalisateur d’attention. Soyons ouverts à de nouvelles expériences.
Pour finir, le temps est aussi un excellent allié. Il est important de ne rien brusquer, de respecter la temporalité nécessaire à chacun de retrouver ses repères, d’en acquérir de nouveaux, d’être patient dans l’envie de récupérer cette intimité « d’avant » ... mais doit-elle vraiment être récupérée à l’identique ou plutôt réinventée ? Je vous en laisse juges.
Il n’y a bien sûr pas de réponse unique pour remettre du lien intime dans un couple touché par la maladie. Ces quelques pistes non exhaustives sont autant de chemins qu’il est possible d’emprunter, chacun à son rythme, en restant attentif à l’autre tout en préservant en toile de fond une communication de qualité essentielle pour aider à surmonter les séquelles physiques et les traumatismes psychologiques.
Véronique Boland