Section Clinique de Bruxelles

Section Clinique de Bruxelles Faire connaître l'enseignement de la psychanalyse lacanienne en Belgique On n’en sort pas. (1)Du grec mathema, ce qui s’apprend.

Prologue de Guitrancourt
12 déc, 2010 par Jacques-Alain Miller

Nulle part au monde il n’y a de diplôme de psychanalyste. Et non pas par hasard, ou par inadvertance, mais pour des raisons qui tiennent à l’essence de ce qu’est la psychanalyse. On ne voit pas ce que serait l’épreuve de capacité qui déciderait du psychanalyste, alors que l’exercice de la psychanalyse est d’ordre privé, réservé à la confidence que fait le patient à un analyste du plus intime de sa cogitation. Admettons que l’analyse y réponde par une opération, qui est l’interprétation, et qui porte sur ce que l’on appelle l’inconscient. Cette opération ne pourrait-elle faire lamatière de l’épreuve?
– d’autant que l’interprétation n’est pas l’apanage de la psychanalyse, que toute critique des textes, des documents, des inscriptions, l’emploie aussi bien.Mais l’inconscient freudien n’est constitué que dans la relation de parole que j’ai dite, ne peut être homologué en dehors d’elle, et l’interprétation psychanalytique n’est pas probante en elle-même,mais par les effets, imprévisibles, qu’elle suscite chez celui qui la reçoit, et dans le cadre de cette relation même. Il en résulte que c’est l’analysant qui, seul, devrait être reçu pour attester la capacité de l’analyste, si son témoignage n’était faussé par l’effet de transfert, qui s’installe aisément d’emblée. Cela fait déjà voir que le seul témoignage recevable, le seul à donner quelque assurance concernant le travail qui s’est fait, serait celui d’un analysant après transfert, mais qui voudrait encore servir la cause de la psychanalyse. Ce que je désigne là comme le témoignage de l’analysant est le nucleus de l’enseignement de la psychanalyse, pour autant que celui-ci réponde à la question de savoir ce qui peut se transmettre au public d’une expérience essentiellement privée. Ce témoignage, Jacques Lacan l’a établi, sous le nom de la passe (1967) ; à cet enseignement, il a donné son idéal, lemathème(1) (1974). De l’une à l’autre, il y a toute une gradation: le témoignage de la passe, encore tout grevé de la particularité du sujet, est confiné à un cercle restreint, interne au groupe analytique ; l’enseignement du mathème, qui doit être démonstratif, est pour tous – et c’est là que la psychanalyse rencontre l’Université. L’expérience se poursuit en France depuis quatorze ans ; elle s’est fait déjà connaître en Belgique par le Champ freudien; elle prendra dès janvier prochain la forme de la « Section Clinique ». Il me faut dire clairement ce que cet enseignement est, et ce qu’il n’est pas. Il est universitaire ; il est systématique et gradué; il est dispensé par des responsables qualifiés ; il est sanctionné par des diplômes.

Cours II du samedi 10 janvier, Bruxelles 10h30-12hNous partirons de cet extrait de Jacques-Alain Miller qui éclaire sa p...
02/01/2026

Cours II du samedi 10 janvier, Bruxelles
10h30-12h

Nous partirons de cet extrait de Jacques-Alain Miller qui éclaire sa pratique du contrôle. À l’horizon de cette position, on y trouve un point de vue anti diagnostique.

« Il m’arrive en effet d’avoir des contrôles à faire, que quelqu’un qui s’essaye à pratiquer la psychanalyse vienne me parler de son exercice, des problèmes que cet exercice fait lever en lui. Ce que j’essaye d’introduire, d’insinuer dans sa manière – tout en la respectant dans sa singularité, le praticien aussi a droit à la singularité –, ce que j’essaye d’y insinuer, c’est le point de vue du singulier. Bien sûr, à l’occasion, j’accepte le problème posé en termes de classes diagnostiques, mais toujours en tentant de le désamorcer dans ce qu’il a de trop insistant, pour faire prévaloir ce que je crois plus proprement psychanalytique : le point de vue anti diagnostique. Le diagnostic viendra de surcroît. » (Choses de finesse)


Bruno de Halleux, Monique Kusnierek, Katty Langelez

Cours I du samedi 10 janvier, Bruxelles 9h-10h30Retour au Séminaire III : « Il y a une relation étroite entre, d’un côté...
02/01/2026

Cours I du samedi 10 janvier, Bruxelles
9h-10h30

Retour au Séminaire III : « Il y a une relation étroite entre, d’un côté, la dénégation (rejet, refoulement) et la réapparition dans l’ordre purement intellectuel de ce qui n’est pas intégré par le sujet, et de l’autre, la Verwerfung et l’hallucination, c’est-à-dire la réapparition dans le réel de ce qui est refus » par le sujet »[1]

Le prochain cours essayera de décliner les conséquences cliniques de cette formule de Jacques Lacan, comme un élément essentiel à la question du diagnostic différentiel dans les structures lacaniennes.

Les articles freudiens « L’inconscient » et « Complément métapsychologique à la théorie du rêve »[2] devraient nous aider sur ce chemin à serrer les choses.

Quelques outils conceptuels riches devraient s’en dégager pour frayer un partage des eaux au sein même d’une clinique qui se fonde de l’inconscient.


[1] Lacan J., Le Séminaire III, Les psychoses, p. 22.
[2] Freud S., Métapsychologie.


Yves Vanderveken, Alfredo Zenoni et Nathalie Crame

Hélène Coppens poursuit l’étude du cas de l’Homme aux loups. Elle nous propose d’aborder la perversion, plus spécifiquem...
29/12/2025

Hélène Coppens poursuit l’étude du cas de l’Homme aux loups. Elle nous propose d’aborder la perversion, plus spécifiquement le fétichisme en le distinguant de la phobie, deux modes de réponses possibles du sujet face au gouffre de la castration maternelle. En voici quelques extraits :
Les trois structures, névrose, psychose et perversion, sont distinguées par leur mécanisme de défense spécifique contre la castration. Dans la névrose, c’est le refoulement. Dans la psychose, nous retrouvons la forclusion et dans la perversion c’est le déni qui est à l’œuvre. C’est sur fond d’un manque de pénis de la mère que « se révèle la nature du phallus »[1] , signifiant du manque qui donnera sa signification au désir. Le sujet fétichiste se divise face à la perception de ce manque.
Lacan parle de la division du sujet comme un nœud se structurant de manière différente selon la manière dont le sujet va se situer face « au gouffre de la castration maternelle ». Confronté à cette réalité, le sujet peut se « remparder d’une phobie »[2] ou bien « il érigera le fétiche, c’est-à-dire l’existence du pénis comme maintenue, quoique déplacée »[3].
Concernant l’Homme aux loups, la phobie est présente sous la forme de la phobie des loups. Nous savons donc que, face à la castration maternelle, le sujet peut se défendre par un symptôme particulier. Ce symptôme peut être la phobie. Elle implique, selon Freud, un refoulement et un déplacement de l’objet de la peur. Cette phobie vient faire rempart contre l’angoisse que provoque la rencontre avec la castration, en transformant l’angoisse en peur localisée sur un objet. L’homme aux loups développe une phobie pour les animaux à la suite de son rêve. Mais, cette phobie, nous explique Hélène Coppens, n’est pas une phobie résolutive comme on pourrait trouver dans le cas du petit Hans. Si elle est une tentative de réponse du sujet contre la jouissance en excès, elle repose sur un mode de la castration différent. Cette phobie ne prend pas le sens d’une métaphore. C’est une phobie sur fond de forclusion.
Elle nous invite à reprendre la première version de la métaphore paternelle de Lacan où « le Nom-du -père vient à la place du désir de la mère ». En termes freudiens, l’interdit porte sur la mère comme objet incestueux. Or, dans la phobie de l’Homme aux loups, celui-ci est identifié à sa mère mais son objet de jouissance est le père. Dès lors, l’objet incestueux ne serait pas la mère, mais bien le père. Ainsi, la tentative de réponse symptomatique à la réalité de la castration par la phobie n’a pas pu se solder par une résolution apaisant l’angoisse qui perdure, contrairement au petit Hans, de structure névrotique.
Par ailleurs, dans le cas de l’Homme aux loups, la question du fétichisme peut également se poser. Notamment à partir de sa compulsion amoureuse. En effet, le fétichisme est un autre type de défense face à la castration maternelle. Le fétiche, lui, « est un substitut de l’objet sexuel, une partie du corps ou objet inanimé »[4] . Il remplace le pénis et voile le manque, le reconnaissant de ce fait. Le fétiche n’est pas l’objet du fantasme ou l’objet du désir mais ce qui permet au sujet de désirer. Lacan mettra en avant dans son Séminaire L’angoisse la valeur du fétiche « condition dont se soutient le désir » (p. 122).
Pour conclure, cette distinction entre phobie et fétiche permet d’épingler que la phobie, comme substitution signifiante, se situe dans le registre symbolique et, comme symptôme, fait fonction de métaphore paternelle s’installant comme substitut du Nom-du- père. Le fétiche quant à lui, se retrouve plutôt du côté de l’axe imaginaire, étant une image voilant l’absence, le rien qu’est l’objet selon l’expression de Lacan[5] . Ainsi, tous deux sont des modes de jouissance particuliers.

Epinglage proposé par Laurie Cornille, participante à la Section clinique de Bruxelles avec la contribution d’Hélène Coppens et Sophie Boucquey.

[1]Lacan J., La science et la vérité, Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 877.
[2] Id.
[3] Id.
[4]Freud S (1927). Le fétichisme, La vie sexuelle, PUF, Paris, 1999, p.133.
[5] Voir Séminaire La relation d’objet, 1956-1957, p. 132.

Cours III du Samedi 10 janvier entre 13h et 14h30 Maison des Associations Internationales Rue Washington, 40, 1050 Bruxe...
29/12/2025

Cours III du Samedi 10 janvier entre 13h et 14h30

Maison des Associations Internationales

Rue Washington, 40, 1050 Bruxelles

Quand on pense qu’on a tout appris sur la différence entre le refoulement dans la névrose et la forclusion dans la psychose, on découvre que ce n’est pas tout à fait le cas. Nous reviendrons sur cette distinction à partir de l’introduction et la réponse de Lacan au Commentaire parlé sur la Verneinung de Freud de Jean Hyppolite. Une fois ces concepts abordés, nous reprendrons le cas de l’homme aux loups, son rapport à l’inconscient et la structure de son hallucination.



Bibliographie:

Freud, S., « La négation » (1925), Résultats, idées problèmes, tome 2, PUF, pp. 135-139.

Lacan J, Le Séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud, chapitre V, pp. 63-72.

Lacan J., « Introduction au commentaire de Jean Hyppolite sur le Verneinung de Freud », Écrits, pp. 369-380.

Lacan J., « Réponse au commentaire de Jean Hyppolite sur le Verneinung de Freud », Écrits, pp. 381-399.

Hyppolite J., « Commentaire parlé sur le Verneinung de Freud », Écrits, pp. 879-887.



Gil Caroz, Valérie Lorette et Hélène Coppens

Aux participants du séminaire de lecture à BruxellesProchaine séance le vendredi 09/01/2026 à 18h45 au local de l'ACF.Po...
24/12/2025

Aux participants du séminaire de lecture à Bruxelles

Prochaine séance le vendredi 09/01/2026 à 18h45 au local de l'ACF.

Pour cette séance, nous poursuivrons la lecture du texte de Jacques-Alain Miller "Enseignements de la présentation de malades".
Paragraphes commentés : à partir du milieu de la p.18 Comment peut-on être psychiatre? (...) jusqu'à l'avant-dernier paragraphe de la p. 20 (...) ajoutant seulement que la dissolution accomplie par Clérambault de la psychose hallucinatoire systématique progressive de Magnan me semble épistémologiquement exemplaire.

Nous discuterons également la présentation de Mme Soledo, parue dans Lacan Redivivus, Ornicar Hors-série, 2021.

Bibliographie :

Lacan J., « Présentation de Mlle Boyer », in Miller J.-A. & Alberti C. (s/dir.), Ornicar ? hors-série. Lacan Redivivus, Paris, Navarin, 2021, p. 126-141
Miller Jacques-Alain , « Enseignements de la présentation de malades » Ornicar ? n° 10, juillet 1977.

Katty Langelez-Stevens nous a dressé, à la Section Clinique de Bruxelles, le parcours historique d’une fusion et d’une s...
17/12/2025

Katty Langelez-Stevens nous a dressé, à la Section Clinique de Bruxelles, le parcours historique d’une fusion et d’une séparation de la schizophrénie et de l’autisme, du début des années 1900 jusqu’à nos jours ! En voici quelques extraits.
Quel est l’enjeu de vouloir nommer différemment 𝑠𝑐ℎ𝑖𝑧𝑜𝑝ℎ𝑟𝑒́𝑛𝑖𝑒 et 𝑎𝑢𝑡𝑖𝑠𝑚𝑒, se demande K. Langelez ? […] « Une polémique a animé la communauté scientifique pendant des années pour savoir si les 𝑑𝑖𝑛𝑔𝑜𝑠, en Australie, étaient des chiens ou une espèce à part. En 2020, la question est tranchée : le dingo est un 𝑐𝑎𝑛𝑖𝑠 𝑓𝑎𝑚𝑖𝑙𝑖𝑎𝑟𝑖𝑠 , chien domestique retourné à la vie sauvage…. Quel est l’enjeu de ce conflit taxonomique ? C’est un enjeu de vie ou de mort car le signifiant a bel et bien des effets réels. En effet, si les dingos sont une espèce à part entière, alors cette espèce est en voie de disparition et il y a donc lieu de les protéger malgré sa dangerosité. Mais si les dingos sont des chiens comme les autres ( c’est ce qui a été conclu !), il faut les éliminer car ils sont un danger pour l’homme. Concernant l’autisme, les enjeux diagnostiques sont tout aussi importants. Si l’autisme est une maladie psychiatrique comme la schizophrénie, alors sa prise en charge est psychiatrique et les places d’accueil sont, par conséquent, dans les services psychiatriques, comme cela fut longtemps le cas en France. Mais si l’autisme est reconnu comme une entité à part entière, détachée de la schizophrénie, s’il est génétique, neurologique, et qu’il est le résultat d’une atteinte corporelle irréversible, il n’est pas associé à la subjectivité de la famille, ce qui la libère de la culpabilité d’une part et d’autre part, il donne accès aux soins que la société réserve aux personnes porteuses de handicap et des places s’ouvrent dans des institutions pour personnes en situation de handicap. On comprend l’enjeu vital qui a rendu cette bataille diagnostique acharnée ! E. Laurent fait remarquer dans 𝐿𝑎 𝑏𝑎𝑡𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒 𝑑𝑒 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑖𝑠𝑚𝑒, 𝑞𝑢𝑒 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑓𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛𝑠 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑒 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑔𝑒́𝑛𝑒́𝑟𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑝𝑠𝑦𝑐ℎ𝑎𝑛𝑎𝑙𝑦𝑠𝑡𝑒𝑠, ℎ𝑒𝑢𝑟𝑒𝑢𝑠𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒́𝑙𝑖𝑣𝑟𝑒́𝑠 𝑑𝑒 𝑙’ℎ𝑦𝑝𝑜𝑡ℎ𝑒̀𝑠𝑒 𝑎𝑏𝑠𝑢𝑟𝑑𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑎 𝑐𝑎𝑢𝑠𝑒 𝑑𝑒 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑓𝑎𝑢𝑡𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑟𝑒𝑛𝑡𝑠, 𝑒𝑡 𝑠𝑝𝑒́𝑐𝑖𝑎𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑚𝑒̀𝑟𝑒𝑠. Il ajoute plus loin 𝑞𝑢’𝑢𝑛 𝑠𝑢𝑗𝑒𝑡 𝑛𝑒 𝑐𝑒𝑠𝑠𝑒 𝑝𝑎𝑠 𝑑’𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑢𝑛 𝑠𝑢𝑗𝑒𝑡, 𝑚𝑒̂𝑚𝑒 𝑠𝑖 𝑠𝑜𝑛 𝑐𝑜𝑟𝑝𝑠 𝑒𝑠𝑡 ℎ𝑎𝑛𝑑𝑖𝑐𝑎𝑝𝑒́. Qu’il y ait du biologique en jeu n’exclut pas la particularité qui se passe de la constitution du sujet, comme être parlant. »
« Par conséquent, y a-t-il à poser un diagnostic pour le psychanalyste ? En psychiatrie, l’intérêt du diagnostic est clairement lié à la question du traitement médicamenteux, d’où l’organisation des DSM consécutifs, guides de prescriptions. En psychanalyse, le diagnostic a un tout autre intérêt. Il permet de cerner dans quel monde de langage on se trouve, comment fonctionne la langue du sujet et cerner son rapport à l’inconscient. […] L’importance de préciser le fonctionnement structural de la langue du sujet se situe dans l’outil de traitement psychanalytique qui est l’𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑝𝑟𝑒́𝑡𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛. Autrement dit, comment parle-t-on au sujet que nous accompagnons sur le chemin de sa subjectivité ? Il est important de connaître le lieu duquel nous parlons, celui qu’occupe le sujet, celui auquel il nous place et à partir duquel nos interventions porterons. Donc, au-delà du 𝑑𝑖𝑎𝑔𝑛𝑜𝑠𝑡𝑖𝑐 𝑑𝑒 𝑠𝑡𝑟𝑢𝑐𝑡𝑢𝑟𝑒, il y a le 𝑑𝑖𝑎𝑔𝑛𝑜𝑠𝑡𝑖𝑐 𝑠𝑖𝑛𝑔𝑢𝑙𝑖𝑒𝑟.
« Robert Lefort crée en 1969, avec Maud Mannoni, l’Ecole expérimentale de Bonneuil, constituée sur le modèle de l’institution éclatée, suivant les principes de la psychothérapie institutionnelle. Plutôt que de mettre l’accent sur l’institution comme garante de la greffe d’un ordre symbolique par ses règles, ses régularités, son rappel de la loi, il s’agissait de faire fond sur l’événement imprévu, contingent, hors normes.[…] Lacan assurait la supervision du petit Robert que Rosine Lefort suivait et il lui a demandé d’en rendre compte lors de son Séminaire Livre I car ce cas met en lumière ce qui se produit dans la cure lorsqu’elle est orientée par le symbolique auquel le sujet a accès dans un registre plus ou moins halluciné. Lacan qualifie le signifiant “loup” du petit Robert de surmoi, de trognon de la parole, de bout de réel. Le sujet peut être le loup mais le loup peut aussi être n’importe quoi, en tant que ça peut être nommé. C’est au fond l’état nodal de la parole. Le moi du petit Robert est complètement chaotique, la parole est arrêtée mais c’est à partir de ce signifiant “loup” qu’il pourra prendre sa place et se construire. Le “loup” comme acte de parole n’est pas ici articulé à l’échange ; il est l’effet d’une jaculation première sur le corps du sujet. C'est la première version de ce qui donnera le 𝑆1, 𝑙𝑒 𝑠𝑖𝑔𝑛𝑖𝑓𝑖𝑎𝑛𝑡 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑠𝑒𝑢𝑙.»
K.L. a ensuite effectué une étude détaillée des différences de conception de J.C. Maleval et d’E. Laurent à propos de l’autisme. Elle a finalement proposé deux 𝑠𝑐ℎ𝑒́𝑚𝑎𝑠 𝐿 (et deux nœuds borroméens) pour distinguer la schizophrénie de l’autisme (cf. ci-dessous).
*Dans la 𝑠𝑐ℎ𝑖𝑧𝑜𝑝ℎ𝑟𝑒́𝑛𝑖𝑒 (1er schéma), l’Autre, affecté d’une forclusion du Nom-du-Père, n’est pas solide, n’a pas la loi mais est présent néanmoins car il vient nommer le sujet. La flèche qui part de l’Autre vers le “Es”(le ça, point de Réel, lieu des pulsions) lui donne un nom. Dans la schizophrénie, cela se constate via la voix : la plupart du temps, des mots injurieux viennent nommer le sujet en direct du grand Autre. Le grand Autre ne nomme pas que le lieu pulsionnel mais aussi l’image dans le miroir, le petit a. Dans la schizophrénie, l’axe imaginaire (a-a’) ne tient pas bien et ne fait dès lors pas obstacle aux ravages de la voix. C’est pour cette raison qu’il est ici représenté par des vaguelettes. L’axe imaginaire n’est pas suffisamment solide pour faire obstacle au Surmoi localisé au lieu de l’Autre. Le moi n’est pas constitué. Ce qui permet de comprendre le nœud borroméen où le rond du Réel (lieu pulsionnel) et le rond du Symbolique (grand A) sont l’un sur l’autre, et où l’imaginaire est un peu présent mais ne noue rien.
*Dans 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑖𝑠𝑚𝑒, (2ième schéma) il n’y a pas du tout d’axe imaginaire (a-a’), pas même sous forme de vaguelettes. E. Laurent le dit bien : 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑑𝑜𝑖𝑡 𝑠𝑒 𝑑𝑒́𝑏𝑟𝑜𝑢𝑖𝑙𝑙𝑒𝑟 𝑠𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑎 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑡𝑟𝑢𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑖𝑚𝑎𝑔𝑖𝑛𝑎𝑖𝑟𝑒, ce qui rend son espace subjectif tout à fait difficile à appréhender. A la place du “Es”, K.L. a dessiné un bonhomme avec un rond, manière avec laquelle une résidente des Ateliers du 94 se représente. Puisqu’il n’y a pas du tout de recours à l’imaginaire, la force des injonctions de l’Autre est encore plus terrible et l’autiste doit s’en défendre en les retournant au grand Autre et en se carapaçant. Le circuit qui passe par les objets (cf. pointillés) est ce qui peut venir à la place de l’axe imaginaire qui fait défaut. Comme nœud borroméen, il n’y a que du Réel et du Symbolique, quasiment l’un sur l’autre car le 𝑅𝑒́𝑒𝑙 𝑒𝑠𝑡 𝑙𝑒 𝑆𝑦𝑚𝑏𝑜𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒 au niveau de l’autisme et l’imaginaire est représenté par un petit fil qui ne fait pas rond, ne noue presque rien.

Extraits épinglés par Sophie Boucquey, participante à la Section Clinique de Bruxelles, avec la précieuse contribution de Katty Langelez.

Valérie Lorette ouvre son cours à la Section Clinique de Bruxelles en rappelant cette phrase de Freud à propos de l’Homm...
05/12/2025

Valérie Lorette ouvre son cours à la Section Clinique de Bruxelles en rappelant cette phrase de Freud à propos de l’Homme aux loups : « 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑐𝑎𝑠𝑡𝑟𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑖𝑙 𝑛’𝑒𝑛 𝑣𝑜𝑢𝑙𝑢𝑡 𝑟𝑖𝑒𝑛 𝑠𝑎𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑎𝑢 𝑠𝑒𝑛𝑠 𝑑𝑢 𝑟𝑒𝑓𝑜𝑢𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 »[1]. À partir de cette formule, elle explore les difficultés singulières que pose ce cas, notamment autour du nom-du-père et de la signification phallique, et retrace ainsi le fil des élaborations psychanalytiques suscitées par ce patient, de Freud à Jacques-Alain Miller.
Freud, cherchant à soutenir sa thèse de névrose obsessionnelle, reconstruit la névrose infantile de l’Homme aux loups et élabore sa théorie de la scène primitive de façon rétroactive, à partir du célèbre rêve que l’enfant fait vers quatre ans. Il conclut que Sergei Pankejeff présente une reconnaissance ambivalente de la castration, avec deux attitudes opposées mais simultanées. Freud écrit : « 𝑖𝑙 𝑎𝑣𝑎𝑖𝑡 𝑟𝑒𝑐𝑜𝑛𝑛𝑢 𝑙𝑎 𝑐𝑎𝑠𝑡𝑟𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑒𝑛 𝑡𝑎𝑛𝑡 𝑞𝑢𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑡. 𝐼𝑙 𝑠’𝑒́𝑡𝑎𝑖𝑡 𝑑’𝑎𝑏𝑜𝑟𝑑 𝑟𝑒𝑏𝑒𝑙𝑙𝑒́, 𝑝𝑢𝑖𝑠 𝑖𝑙 𝑎𝑣𝑎𝑖𝑡 𝑐𝑒́𝑑𝑒́; 𝑜𝑟 𝑙𝑎 𝑠𝑒𝑐𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑟𝑒́𝑎𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑛’𝑎𝑣𝑎𝑖𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑠𝑢𝑝𝑝𝑟𝑖𝑚𝑒́ 𝑙𝑎 𝑝𝑟𝑒𝑚𝑖𝑒̀𝑟𝑒 »[2]. Il distingue ainsi une résistance, relevant de la protestation virile et située du côté d’une position masculine, et une cession, plus passive, relevant d’une position féminine. Cependant, il évoque tout de même le courant « 𝑙𝑒 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑎𝑛𝑐𝑖𝑒𝑛 𝑒𝑡 𝑙𝑒 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑝𝑟𝑜𝑓𝑜𝑛𝑑, 𝑞𝑢𝑖 𝑎𝑣𝑎𝑖𝑡 𝑠𝑖𝑚𝑝𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑟𝑒𝑗𝑒𝑡𝑒́ 𝑙𝑎 𝑐𝑎𝑠𝑡𝑟𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛, 𝑐𝑒 𝑒𝑛 𝑞𝑢𝑜𝑖 𝑙𝑒 𝑗𝑢𝑔𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑎 𝑟𝑒́𝑎𝑙𝑖𝑡𝑒́ 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑙𝑙𝑒-𝑐𝑖 𝑛𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑠𝑎𝑖𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑒𝑛𝑐𝑜𝑟𝑒 𝑞𝑢𝑒𝑠𝑡𝑖𝑜𝑛, 𝑒́𝑡𝑎𝑖𝑡 𝑐𝑒𝑟𝑡𝑎𝑖𝑛𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑒𝑛𝑐𝑜𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑡𝑜𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑠𝑢𝑠𝑐𝑒𝑝𝑡𝑖𝑏𝑙𝑒 𝑑’𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑎𝑐𝑡𝑖𝑣𝑒́ »[3]. Lacan s’appuiera notamment sur cette citation pour la notion de forclusion.

Lacan reprend ces observations et leur donne une nouvelle orientation. Comme le souligne Valérie Lorette, il s’agit d’abord de déterminer sur quel plan — symbolique ou imaginaire — se situent ces opérations. Dans un premier temps, Lacan distingue l’identification imaginaire à la mère et l’identification symbolique au père. Ce n’est qu’ensuite, en introduisant la bejahung (acte inaugural par lequel un signifiant est inscrit dans le symbolique) et la verwerfung (forclusion) que Lacan va distinguer la position féminine inconsciente (« être une femme ») et la protestation virile moïque du côté de l’imaginaire, permettant de différencier le sujet et le moi.
Au fil du temps, ce binarisme évolue, et ces deux positions (virilité/passivité) viennent se ranger du côté des réponses imaginaires. Quel lien y a-t-il entre la question du père et celle de la castration ? Avec Freud, le rapport est constant : la figure du père est toujours liée à la castration. Lacan le reformule en termes de rapport de causalité : la métaphore paternelle fait du père la cause et de la castration l’effet, le signifiant jouant ce rôle de cause, avant que Lacan n’élargisse plus t**d la notion à l’objet a, où la causalité ne se limite plus à l’inscription symbolique du père : elle inclut aussi l’effet du manque constitutif sur le sujet.
Pour Jacques-Alain Miller, l’Homme aux loups dispose d’une fonction paternelle, mais il faut s’interroger sur sa nature exacte. Certains phénomènes — l’hallucination du doigt ou l’épisode du nez — montrent que la signification phallique n’est pas pleinement présente. Autrement dit, il y a bien une fonction du père, mais sans que le signifiant phallique soit effectif. Cela pourrait expliquer pourquoi Freud ne voyait dans l’homme aux loups que des symptômes névrotiques : le père étant omniprésent (les dermatologues, etc.) et Freud n’ayant pas la distinction imaginaire/symbolique, il n’y percevait que la névrose obsessionnelle.
Gil Caroz apporte deux indications pour repérer que le nom-du-père est effectif : il faut qu’il soit pacificateur et qu’il y ait symptôme. Chez l’Homme aux loups, les pères imaginaires opèrent jusqu’à un certain point, mais il n’y a pas de père du côté symbolique capable de pacification.
Valérie Lorette conclut que l’Homme aux loups est le premier cas de psychose ordinaire connu par la psychanalyse, où l’on voit que
« 𝑢𝑛 𝑐𝑎𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑛𝑜𝑟𝑚𝑎𝑙 𝑗𝑢𝑠𝑞𝑢’𝑎̀ 𝑐𝑒 𝑞𝑢’𝑖𝑙 𝑛𝑒 𝑙’𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑙𝑢𝑠 ».

Epinglage effectué par Inès Van Roy, participante à la Section clinique de Bruxelles, avec la contribution de Valérie Lorette.

[1] Freud, S. (1918). Extrait de l’histoire d’une névrose infantile. Dans M. Gardiner (éd.), 𝐿’𝐻𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑎𝑢𝑥 𝑙𝑜𝑢𝑝𝑠 𝑝𝑎𝑟 𝑠𝑒𝑠 𝑝𝑠𝑦𝑐ℎ𝑎𝑛𝑎𝑙𝑦𝑠𝑡𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑝𝑎𝑟 𝑙𝑢𝑖-𝑚𝑒̂𝑚𝑒. Paris : Gallimard.
[2]𝑖𝑏𝑖𝑑.
[3]𝑖𝑏𝑖𝑑.

Aux participants du séminaire de lecture à BruxellesProchaine séance ce vendredi 5/12/2025 à 18h45 au local de l'ACF. Po...
03/12/2025

Aux participants du séminaire de lecture à Bruxelles

Prochaine séance ce vendredi 5/12/2025 à 18h45 au local de l'ACF.

Pour cette séance, nous poursuivrons la lecture du texte de JAM "Enseignements de la présentation de malades".

Paragraphes commentés : à partir du haut de la p. 16 Si c'est là une vérité qu'on attrape à la présentation de Lacan (...) jusqu'au milieu de la p. 18 Et quand on nous parle de psychotiser la société, qui ne voit qu'on prépare en fait sa psychiatrisation?

Nous discuterons également la présentation de Melle Boyer, parue dans Lacan Redivivus, Ornicar Hors-série, 2021.


Bibliographie :

JAM, "Enseignements de la présentation de malades" Ornicar ? n° 10, juillet 1977.

Lacan J., « Présentation de Mlle Boyer », in Miller J.-A. & Alberti C. (s/dir.), Ornicar ? hors-série. Lacan Redivivus, Paris, Navarin, 2021, p. 109-125.

Biagi-Chai F., Manœuvres et circonvolutions autour d'un dit, disponible sur UFORCA 2-FBC-presentation-de-malade-IRONIK-DEF-DEF-2.pdf



Alba Cifuentes Suarez et Phénicia Leroy

Pour le cours 3 de samedi prochain, voici ce qu'Hélène Coppens nous propose :Nous partirons de la phrase de Lacan dans l...
02/12/2025

Pour le cours 3 de samedi prochain, voici ce qu'Hélène Coppens nous propose :

Nous partirons de la phrase de Lacan dans les Ecrits à propos du nœud de la division du sujet face à la castration : « Rappelons-nous où Freud le déroule : sur ce manque de pénis de la mère où se révèle la nature du phallus. Le sujet se divise ici, nous dit Freud à l’endroit de la réalité, voyant à la fois s’y ouvrir le gouffre contre lequel il se rempardera d’une phobie, et d’autre part le recouvrant de cette surface où il érigera le fétiche, c’est-à-dire l’existence du pénis comme maintenue, quoique déplacée » (1).

Nous aborderons le concept de perversion, principalement du fétichisme, à partir de l’amour compulsif dont est l’objet l’Homme aux loups dans ses relations aux femmes.

(1) Lacan J., Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 877

A samedi!

Monique Kusnierek poursuit sur la psychose ordinaire. Elle propose une lecture de l’intervention de Jacques-Alain Miller...
01/12/2025

Monique Kusnierek poursuit sur la psychose ordinaire. Elle propose une lecture de l’intervention de Jacques-Alain Miller lors d’un séminaire anglophone qui s’est tenu en 2008, 10 ans après la Convention d’Antibes. Cette intervention a été publiée sous le titre « Effet retour sur la psychose ordinaire »[1]. Elle donne ensuite un écho du Colloque UFORCA qui s’est tenu en 2024 « Diagnostic sur mesure »[2].
En 2008, JAM situe la psychose ordinaire comme une catégorie clinique lacanienne, une création qu’il a extraite du dernier enseignement de Lacan. Son texte « Effet retour sur la psychose ordinaire » porte sur l’usage pratique du terme au cours du travail effectué pendant de nombreuses années et par de nombreux collègues.
Il n’a pas inventé, dit-il, un concept avec la psychose ordinaire : « 𝐽’𝑎𝑖 𝑖𝑛𝑣𝑒𝑛𝑡𝑒́ 𝑢𝑛 𝑚𝑜𝑡, 𝑢𝑛𝑒 𝑒𝑥𝑝𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛, 𝑗’𝑎𝑖 𝑖𝑛𝑣𝑒𝑛𝑡𝑒́ 𝑢𝑛 𝑠𝑖𝑔𝑛𝑖𝑓𝑖𝑎𝑛𝑡, 𝑒𝑛 𝑑𝑜𝑛𝑛𝑎𝑛𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑒𝑠𝑞𝑢𝑖𝑠𝑠𝑒 𝑑𝑒 𝑑𝑒́𝑓𝑖𝑛𝑖𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑎𝑡𝑡𝑖𝑟𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑒́𝑟𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑠𝑒𝑛𝑠, 𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑒́𝑟𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑟𝑒𝑓𝑙𝑒𝑡𝑠 𝑑𝑒 𝑠𝑒𝑛𝑠 𝑎𝑢𝑡𝑜𝑢𝑟 𝑑𝑒 𝑐𝑒 𝑠𝑖𝑔𝑛𝑖𝑓𝑖𝑎𝑛𝑡. 𝐽𝑒 𝑛’𝑎𝑖 𝑝𝑎𝑠 𝑙𝑖𝑣𝑟𝑒́ 𝑑𝑒 𝑠𝑎𝑣𝑜𝑖𝑟-𝑓𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑠𝑢𝑟 𝑙’𝑢𝑡𝑖𝑙𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑐𝑒 𝑠𝑖𝑔𝑛𝑖𝑓𝑖𝑎𝑛𝑡. 𝐽’𝑎𝑖 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑙𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑖 𝑞𝑢𝑒 𝑐𝑒 𝑠𝑖𝑔𝑛𝑖𝑓𝑖𝑎𝑛𝑡 𝑝𝑜𝑢𝑣𝑎𝑖𝑡 𝑝𝑟𝑜𝑣𝑜𝑞𝑢𝑒𝑟 𝑢𝑛 𝑒́𝑐ℎ𝑜 𝑐ℎ𝑒𝑧 𝑙𝑒 𝑐𝑙𝑖𝑛𝑖𝑐𝑖𝑒𝑛, 𝑙𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑓𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛𝑛𝑒𝑙. 𝐽𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑙𝑎𝑖𝑠 𝑞𝑢𝑒 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑒𝑥𝑝𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑝𝑟𝑒𝑛𝑛𝑒 𝑑𝑒 𝑙’𝑎𝑚𝑝𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑒𝑡 𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑗𝑢𝑠𝑞𝑢’𝑜𝑢̀ 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑒𝑥𝑝𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑝𝑜𝑢𝑣𝑎𝑖𝑡 𝑎𝑙𝑙𝑒𝑟. »[3]
Il n’est donc pas sûr, dit-il, que la psychose ordinaire soit une catégorie objective, c’est-à-dire une catégorie qui puisse se penser indépendamment de toute expérience. Il s’agit plutôt d’une catégorie épistémique, c’est-à-dire une catégorie qui relève de la manière dont nous la connaissons. Et cette manière de la connaître renvoie à une question d’éprouvé. 𝐶’𝑒𝑠𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑞𝑢𝑒𝑠𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑’𝑖𝑛𝑡𝑒𝑛𝑠𝑖𝑡𝑒́ 𝑞𝑢𝑖 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑜𝑟𝑖𝑒𝑛𝑡𝑒 𝑣𝑒𝑟𝑠 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝐿𝑎𝑐𝑎𝑛 𝑎𝑝𝑝𝑒𝑙𝑙𝑒 « 𝑢𝑛 𝑑𝑒́𝑠𝑜𝑟𝑑𝑟𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑣𝑜𝑞𝑢𝑒́ 𝑎𝑢 𝑗𝑜𝑖𝑛𝑡 𝑙𝑒 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑖𝑛𝑡𝑖𝑚𝑒 𝑑𝑢 𝑠𝑒𝑛𝑡𝑖𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑣𝑖𝑒 𝑐ℎ𝑒𝑧 𝑙𝑒 𝑠𝑢𝑗𝑒𝑡 »[4]. Ce désordre, chaque parlêtre le ressent. Dans la psychose ordinaire, JAM nous invite à nous mettre à la recherche de tout petits indices, et à leur tonalité, à propos de ce désordre ; en tant que ce désordre peut se situer dans la manière dont le parlêtre se rapporte au monde environnant, à son corps, à ses pensées, etc.
Le texte se termine sur les conséquences théoriques de la psychose ordinaire qui vont dans deux directions opposées. Dans une direction, pour décider qu’il s’agit d’une névrose, il nous faut peaufiner ce que nous appelons névrose. La névrose est une structure précise, pour laquelle il faut au moins la fonction du Nom-du-Père, la castration et une différentiation nette entre signifiant et pulsion. Dans une autre direction, celle que suit Lacan, on est conduit vers une généralisation de la psychose en tant que le Nom-du-Père n’existe pas, qu’il est toujours un prédicat, un attribut. Et dire que le Nom-du-Père est un prédicat, c’est effacer la différence entre névrose et psychose. On se retrouve alors dans la perspective de ‘tout le monde est fou’, ‘tout le monde délire’.
« 𝐸̂𝑡𝑟𝑒 𝑎𝑛𝑎𝑙𝑦𝑠𝑡𝑒, 𝑐’𝑒𝑠𝑡 𝑠𝑎𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑞𝑢𝑒 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑟𝑒 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒, 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑟𝑒 𝑓𝑎𝑛𝑡𝑎𝑠𝑚𝑒, 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑟𝑒 𝑚𝑎𝑛𝑖𝑒̀𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑠𝑒𝑛𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑒́𝑙𝑖𝑟𝑎𝑛𝑡𝑒. 𝐶’𝑒𝑠𝑡 𝑙𝑎 𝑟𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑎𝑞𝑢𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑠𝑎𝑦𝑒𝑧 𝑑𝑒 𝑙’𝑎𝑏𝑎𝑛𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒𝑟, 𝑗𝑢𝑠𝑡𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑝𝑒𝑟𝑐𝑒𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑙𝑒 𝑑𝑒́𝑙𝑖𝑟𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑟𝑒 𝑎̀ 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑝𝑎𝑡𝑖𝑒𝑛𝑡, 𝑠𝑎 𝑚𝑎𝑛𝑖𝑒̀𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑠𝑒𝑛𝑠. »[5]
La Conversation clinique d’UFORCA 2024 apporte une suite à cette double conséquence théorique qui termine le texte « Effet retour sur la psychose ordinaire ». MK relève que si l’on ne trouve pas l’expression « psychose ordinaire », en 2024, le « diagnostic sur mesure » par contre se précise, comme si l’un venait à la place de l’autre. Elle s’appuie sur une partie de la discussion de ce Colloque. Dans cette partie, alors que l’accent était porté sur le fait que le Nom-du-Père classique est en voie de disparition à notre époque, JAM rappelle que, si la jouissance est bien ce qui transgresse les limites posées par le principe de plaisir, il faut alors introduire un principe d’arrêt, un principe régulateur de la jouissance, une fonction nom du père, sous peine de ne plus pouvoir envisager la névrose. La question est donc une nouvelle fois posée. Ce principe d’arrêt peut être divers selon les époques et les civilisations. Il n’y a pas que le Nom-du- Père de l’Œdipe, d’autres éléments peuvent faire fonction du Nom-du-Père et venir réguler la jouissance.
De 2008 à 2024, la discussion se poursuit.

Écho proposé par Dorothée Cols, participante à la Section Clinique de Bruxelles, avec la contribution de Monique Kusnierek.

[1 Miller, J-A. Effet retour sur la psychose ordinaire. 𝑄𝑢𝑎𝑟𝑡𝑜 n°94-95, 2008, p. 40-51.
[2] Diagnostics sur mesure. Études Cliniques Lacaniennes. Sous la direction de J-A. Miller. Presses psychanalytiques de Paris.
[3] Miller J-A., op. cit., p. 41.
[4] Lacan, J. D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose. 𝐸́𝑐𝑟𝑖𝑡𝑠, Paris, Le Seuil, 1966, p.558.
[5 Miller J-A., op. cit., p.47.

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« Vous en aurez toutes les impressions papillonnantes que cette lecture peut faire naître, vous aurez même le sentiment, à bien des occasions, d’être tout à fait perdu [2] ». Pour ne pas trop nous perdre, nous suivrons les balises lacaniennes du Séminaire IV pour tenter d’éclairer ce à quoi répond la phobie du petit Hans !



[1] Miller J.-A., « La logique de la cure du petit Hans selon Lacan », La Cause Freudienne, n° 69, 2008, p. 101.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre IV, La Relation d’objet, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1994, p. 229.



Yves Vanderveken, Alfredo Zenoni et Nathalie Crame

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