05/01/2026
On croit qu’on hésite, mais souvent, on sait déjà. Au fond de nous, la réponse est là depuis longtemps. Elle est silencieuse, parfois inconfortable, parfois effrayante. Alors on ne l’écoute pas. On l’étouffe sous des raisonnements, des excuses, des “et si”, des “peut-être”. On appelle ça de l’hésitation, alors que c’est souvent un manque de courage face à une vérité intérieure.
L’hésitation donne l’illusion que tout est encore ouvert, que rien n’est décidé. Elle rassure. Elle permet de rester dans une zone intermédiaire, ni totalement engagé, ni totalement détaché. C’est une zone floue, mais confortable. Parce que choisir, c’est renoncer. Et renoncer fait peur. Renoncer à une personne, à une situation, à une version de soi, à une sécurité même imparfaite.
Mais au fond, quand on se pose vraiment la question, sans bruit, sans influence extérieure, sans chercher à se convaincre… on sait. Le corps sait. Le cœur sait. L’intuition sait. Elle se manifeste par une fatigue récurrente, un malaise persistant, une petite voix qui revient toujours au même point. Elle ne crie pas. Elle insiste doucement.
On dit “je ne sais pas quoi faire”, alors qu’en réalité, on sait très bien ce qu’on devrait faire. Ce qui nous bloque, ce n’est pas le manque de réponse, c’est la peur des conséquences. Peur de décevoir. Peur de faire mal. Peur d’avoir tort. Peur de regretter. Peur de se retrouver seul. Alors on attend. On repousse. On espère que le temps décidera à notre place.
Mais le temps ne décide pas. Il révèle. Plus on attend, plus le malaise grandit. Plus la situation s’alourdit. Parce que rester dans une décision non prise coûte souvent plus cher que de choisir, même si le choix est difficile. L’indécision use lentement. Elle vide l’énergie. Elle crée de l’anxiété. Elle maintient dans un état de tension permanent.
On hésite souvent quand on est déjà désaligné. Quand quelque chose ne correspond plus à ce que l’on est devenu. Quand une relation, un travail, une situation ne nourrit plus, mais qu’on s’accroche par habitude, par attachement, par peur de l’inconnu. L’hésitation devient alors une manière de retarder l’inévitable.
S’écouter demande du courage, parce que s’écouter oblige à se responsabiliser. Quand tu écoutes vraiment ce que tu ressens, tu ne peux plus faire semblant. Tu ne peux plus te cacher derrière les autres, derrière les circonstances. Tu comprends que rester est un choix, tout comme partir. Et cette prise de conscience est lourde à porter.
Il y a aussi cette peur de se tromper. Comme si écouter son intuition garantissait une issue parfaite. Mais s’écouter ne garantit pas l’absence de douleur. Cela garantit simplement la cohérence. Tu peux faire le bon choix et avoir mal. Tu peux écouter ta vérité et traverser une période difficile. Mais ce sera une douleur honnête, pas une souffrance prolongée par le déni.
Souvent, on cherche des signes extérieurs pour valider ce que l’on sait déjà intérieurement. On demande des avis. On raconte la situation à plusieurs personnes. On espère que quelqu’un dira exactement ce que l’on a besoin d’entendre pour se donner la permission d’agir. Mais aucun avis extérieur ne remplacera jamais ta vérité intérieure.
Les autres voient une version partielle de ta réalité. Ils n’habitent pas ton corps. Ils ne ressentent pas tes silences. Ils ne vivent pas tes nuits de doute. Ils peuvent conseiller, mais ils ne peuvent pas décider à ta place. Et parfois, trop écouter les autres est une façon d’éviter de s’écouter soi-même.
Quand on dit “j’hésite”, c’est souvent parce que les deux options ne sont pas égales. Il y a celle que tu sais être juste, mais inconfortable. Et celle qui est plus facile, mais qui te fait te trahir un peu. L’hésitation naît de ce conflit entre le confort immédiat et la vérité profonde.
Avoir le courage de s’écouter, c’est accepter de perdre quelque chose pour ne pas se perdre soi-même. C’est accepter que certaines portes se ferment pour que d’autres puissent s’ouvrir. C’est accepter de ne pas être compris par tout le monde. Mais c’est aussi se donner la chance de vivre plus aligné, plus apaisé, plus vrai.
Souvent, le soulagement arrive juste après la décision. Même si la situation est difficile, il y a une paix étrange qui s’installe. Parce que tu n’es plus en train de lutter contre toi-même. Tu n’es plus divisé intérieurement. Tu avances, même lentement, mais dans une direction claire.
On croit qu’on hésite, mais souvent, on sait déjà. On attend juste d’avoir le courage de s’écouter. Et ce courage-là ne vient pas toujours d’un coup. Il se construit. À force de fatigue. À force de répétition. À force de petites prises de conscience. Jusqu’au jour où rester tel quel devient plus douloureux que changer.
Ce jour-là, tu comprends que t’écouter n’était pas le problème. Tu avais toujours su. Ce qu’il te manquait, c’était la permission de te faire confiance. Et quand tu te la donnes enfin, même si tout n’est pas simple, quelque chose d’essentiel se remet à respirer en toi : ta vérité.