04/01/2026
Arthur Harris, vétéran du Vietnam, 88 ans.
Assis au fond de la salle dâaudience, dans son fauteuil roulant, il tenait entre ses mains les papiers qui pouvaient lui arracher ce quâil lui restait encore : sa maison.
Son Ă©pouse Ă©tait morte, il nâavait pas dâenfants, et les murs de son foyer sâeffondraient comme son propre corps.
Il avait reçu des amendes pour un perron brisĂ©, de la peinture Ă©caillĂ©e, un toit qui fuyait. Des infractions quâil ne pouvait pas payer.
Face Ă lui, le juge â rĂ©putĂ© pour son intransigeance â Ă©coutait lâavocat de la ville demander lâautorisation dâexproprier la propriĂ©tĂ©.
CâĂ©tait la fin.
Arthur baissa la tĂȘte et, pour la premiĂšre fois depuis des dĂ©cennies, se mit Ă pleurer.
La salle se figea.
Le juge suspendit son marteau en lâair.
Sa voix, dâordinaire ferme et glaciale, se brisa :
â Nous allons faire une pause de quinze minutes.
Quand il revint, quelque chose avait changé.
Ce nâĂ©tait plus le juge qui parlait, mais un homme.
â Monsieur Harris, dit-il dâun ton apaisĂ©, je viens de parler au bureau des anciens combattants et au fonds du comtĂ©. Toutes vos amendes ont Ă©tĂ© annulĂ©es.
Arthur leva les yeux, incrédule.
â De plus, poursuivit le juge, un syndicat dâentrepreneurs sâest proposĂ© pour rĂ©parer votre maison, gratuitement, dĂšs la semaine prochaine.
Le vieil homme éclata en sanglots, cette fois non de peur, mais de soulagement.
Et alors, lâinattendu se produisit.
Le juge descendit de son estrade, marcha jusquâĂ lui et lâenlaça.
Une étreinte longue, sincÚre, sans protocole.
Arthur, en pleurant, réussit à murmurer :
â Je⊠je croyais que plus personne ne se souciait de moi.
Le juge lui serra lâĂ©paule et rĂ©pondit, la voix tremblante :
â Si, on sâen soucie. Vous nous avez servis. Nous ne lâavons pas oubliĂ©.
Ce jour-lĂ , dans une salle de tribunal, la justice eut un visage humain.
Et la gratitude, pour un instant, retrouva sa voix.
Via le monde littéraire