05/01/2026
Les lésions méniscales sont extrêment fréquentes. Alors qu'il y a 20 ans, les chirurgiens étaient très interventionnistes sur ces lésions, actuellement, le paradigme a changé pour favoriser un traitement conservateur
✂️ Opérer ou ne pas opérer ?
Réévaluer la chirurgie des lésions méniscales dégénératives avec symptômes mécaniques
Depuis des années, la prise en charge des lésions méniscales dégénératives fait débat dans la communauté orthopédique.
Si les données scientifiques déconseillent globalement la chirurgie arthroscopique pour ces lésions, une exception persiste souvent en pratique clinique : la présence de symptômes mécaniques (blocages, accrochages, claquements ou sensations de ressaut du genou).
Une r***e systématique et méta-analyse publiée en 2025 dans le Journal of Orthopaedic Reports (Zilani et al.) remet pourtant clairement en question cette indication.
⚖️ Le dilemme clinique
Les lésions méniscales dégénératives sont fréquentes, surtout avec l’âge, et sont souvent associées à l’arthrose du genou.
Les recommandations actuelles, notamment celles de l’American Academy of Orthopaedic Surgeons, restent floues en cas de symptômes mécaniques.
Ces symptômes sont donc encore fréquemment considérés comme une justification à la chirurgie.
Cette étude visait à combler un manque important en analysant spécifiquement les résultats à 5 ans chez des patients présentant des lésions dégénératives avec symptômes mécaniques, en comparant :
la chirurgie arthroscopique
la prise en charge non opératoire (notamment la kinésithérapie)
📊 Résultats clés : fonction vs santé articulaire à long terme
6 essais randomisés | 1 157 patients
❌ Aucun bénéfice fonctionnel significatif de la chirurgie
À 5 ans, aucune différence significative n’a été retrouvée entre les groupes opérés et non opérés concernant :
la fonction du genou (score de Lysholm)
le niveau d’activité (échelle de Tegner)
la douleur (VAS au repos et à l’effort)
👉 Les symptômes mécaniques ne prédisent pas une meilleure réponse à la chirurgie.
⚠️ Le coût caché : une progression accélérée de l’arthrose
Le résultat le plus préoccupant concerne la santé articulaire à long terme :
Les patients opérés présentent une progression de l’arthrose significativement plus élevée
Odds ratio de progression arthrosique : 2,09 dans le groupe chirurgical
Cela suggère que :
La résection méniscale, loin de “résoudre” le problème, pourrait accélérer le processus dégénératif du genou.
🧠 Un paradoxe dans la perception des patients
Fait intéressant :
Les patients opérés rapportent une meilleure perception de leur état de santé général (EQ-VAS)
p < 0,00001
Cette amélioration subjective ne s’accompagne pas d’une amélioration objective de la fonction ou de l’activité.
👉 Probable effet psychologique ou contextuel de l’acte chirurgical.
🩻 Implications cliniques
👤 Pour les patients
Claquements ou sensations de blocage ≠ indication automatique à la chirurgie
La kinésithérapie offre des résultats fonctionnels comparables à long terme, sans augmenter le risque d’arthrose
👨⚕️ Pour les soignants
Les symptômes mécaniques seuls ne justifient pas une intervention chirurgicale
Le “gain rapide” perçu doit être mis en balance avec un risque arthrosique doublé
🏁 Conclusion
Les symptômes mécaniques ne doivent plus être considérés comme une indication chirurgicale en cas de lésion méniscale dégénérative
La chirurgie n’apporte aucun avantage fonctionnel durable
Elle est associée à une aggravation de l’arthrose à long terme
La prise en charge non opératoire doit rester la première intention
✋ Couper peut sembler efficace. Préserver l’articulation est essentiel.