05/02/2026
La réalité de terrain (ou du cerveau 😅)
LA CHARGE MENTALE
du cavalier propriétaire.
Être propriétaire d’un cheval, c’est un peu comme gérer une multinationale en faillite, sauf que le PDG pèse 600 kilos, mange ses résultats et à une fâcheuse prédisposition à se blesser avec un brin de paille un dimanche soir à 23 h.
Bienvenue dans le cerveau d’un cavalier :
un logiciel parfois défaillant, mélange improbable d’un tableur Excel, d’une application météo et de podcasts de coach mental.
Être cavalier, c’est gérer une logistique digne de la NASA, mais sans le budget.
Chaque jour , avant même le café, le cerveau déclenche la cellule d’investigation :
« Ai-je bien pris le bon mors ? Est il en forme ? Et les carottes ?
Si j’oublie les carottes, est-ce qu’il va me demander une rupture conventionnelle à trois semaines des championnats ? Il a trotté bizarrement sur deux foulées hier… Boiterie ? Abcès ? Un caillou ?
Ou peut-être qu’il me déteste ?
Oui...C’est sûrement qu’il me déteste 😱. »
Le point positif, c’est que vous êtes la seule personne capable de prédire une averse à 14 h 12 en observant simplement la forme d’un nuage et l’humidité du poil de votre cheval.
Chaque contact avec votre cheval devient une dissertation de philosophie appliquée, coefficient 8, sans brouillon.
Vous analysez tout :
la respiration,
l’angle du jarret,
le clignement d’œil suspect,
le soupir qu’il n’a pas fait hier,
le souffle du vent susceptible de perturber l’énergie du jour et de mélanger ses chakras.
Sérieusement… est ce bien nécessaire de se torturer l'esprit ?
Alors soyons honnêtes, si on ne se posait aucune question, on serait juste des passagers ou spectateurs.
Mais le vrai danger commence quand on se compare et qu’on cherche des réponses ailleurs qu’auprès de son cheval, qui devrait rester notre interlocuteur principal.
Parce qu’autour de vous, tout le monde sait.
Tout le temps.
Mieux que vous.
Systématiquement.
Et souvent sans même avoir vu votre cheval en vrai.
Il y a ceux pour qui travailler tous les jours est vital, et ceux pour qui c’est un crime passible de prison ferme.
Ceux qui ne jurent que par le pied nu, la liberté, la connexion cosmique, et laissent leurs chevaux choisir leur séance, leur jour off et leur playlist.
Et ceux pour qui, sans cadre, sans enrênement et sans règles écrites dans de vieux manuels équestres jaunis qui sentent la naphtaline, c’est l’obsolescence programmée de l’équitation de tradition.
Chaque méthode a ses fidèles.
Chaque méthode a ses hérétiques.
Toutes sont appuyées par des théories brillantes, logiques, passionnées…
mais pas toujours justes.
Résultat :
vous essayez,
vous ajustez,
vous changez,
vous rechangez,
vous doutez encore.
Vous vous imposez de faire autrement la prochaine fois.
Et parfois, oui, vous réalisez que vous vous êtes trompé.
Et c’est là que le cavalier propriétaire s’épuise vraiment.
Pas physiquement.
Mentalement.
La réflexion ne doit pas devenir une surcharge émotionnelle.
À force de vouloir être le « propriétaire parfait » qui gère tout, on finit par oublier l’essentiel.
Vous commencez à présenter des signes de saturation :
vous culpabilisez de prendre un jour de repos,
vous fondez en larmes parceque vous avez aperçu un vers de 3mm de long dans ses crottins ,
vous analysez votre séance comme si votre vie en dépendait, alors que votre cheval pense juste à la pomme qui l’attend.
Un propriétaire stressé par sa propre perfection devient un élément parasite pour son cheval.
À force de trop vouloir bien faire, il en devient illisible.
C’est l’histoire d’un cheval que j’ai recueilli ici.
Il fut le cheval de la vie d’une cavalière qui lui a tout donné depuis qu’elle l’a acheté à même pas deux ans.
Elle l’aimait d’un amour passionnel…
Elle en a fait une obsession.
Ses petits problèmes de santé, dont elle n’était pas responsable, l’ont progressivement épuisée mentalement.
Ne supportant plus de le voir se dégrader, elle me l’a confié pour préserver sa santé mentale.
Il est arrivé ici avec plus de bagages qu’Eva Longoria quand elle part en vacances, et un dossier médical digne d’un malade en stade terminal.
Une panoplie dingue : compléments, couvertures, protocoles, examens médicaux …
Des angoisses soigneusement triées dans un classeur épais comme s'il contenait les 30 dernières années de vos déclaration fiscale au format papier.
Il n’est pas forcément mieux ici qu’auprès d’elle.
Mais il guérit, partiellement.
Et il est heureux.
Pour moi, c’est tout ce qui compte.
Parce que vouloir bien faire tout le temps, chercher la perfection comme on cherche ses clés tombées dans un manège de 60 × 120, vouloir tout comprendre, tout anticiper, tout corriger… ça use.
Ça peut même, dans des cas comme celui-ci, grignoter la passion jusqu’à la réduire au silence.
Pas par manque d’amour.
Mais par excès de conscience.
Pendant ce temps-là, votre cheval mène une existence d’une simplicité presque insultante.
Ses besoins fondamentaux tiennent sur une feuille A4, police 14 :
de l’eau,
à manger (toujours),
des copains,
de l’espace,
et une pomme ou une carotte après la séance.
Il ne se demande pas si la séance était qualitative.
Il ne refait pas le monde à propos de votre méthode.
Il ne lit pas les débats enflammés sur les réseaux.
Il ne sait même pas qu’une « meilleure méthode » existe.
Et parfois, il n’a même pas conscience de certaines pathologies.
Et puis il faut le dire franchement : se poser des questions est déjà un très bon signe.
C’est cette remise en question permanente qui crée la connexion et transforme un simple sport en dialogue avec l’animal.
Nos chevaux ne nous demandent pas la perfection.
Ils nous demandent surtout de la cohérence, de l’attention et un minimum de bon sens.
Alors continuez de douter.
Continuez de chercher.
Continuez de tenter de comprendre.
Remettez-vous en question, encore et encore.
C’est la promesse d’une amélioration constante.
C’est le prix de l’empathie.
Sans cette charge mentale, on passerait à côté de l’essentiel.
Mais préservez-vous.
Et pardonnez-vous.
Votre cheval, lui, vous pardonnera vos erreurs.
Remettez de temps en temps l’église au milieu du village, votre cheval au pré, et votre cerveau en pause.
Parce qu’à force de vouloir trop bien faire, on oublie parfois une chose essentielle :
se poser des questions est déjà un gage de réussite.
Et finalement, c’est peut-être ça, le mieux que vous puissiez faire pour eux.
Et pour vous aussi. 🧠🫀
Les crins de verdure