Shiatsu Mons Thérapeute

Shiatsu Mons Thérapeute Cette page est dédiée à la thérapie psychocorporelle d'orientation humaniste.

Une large place est laissée au shiatsu comme outil d'équilibrage énergétique au service de la santé, dans une visée holistique

08/04/2026

Quand l’adultère ne peut pas se penser mais seulement se juger
Blessure narcissique, deuil impossible et impasse du lien

Je reçois parfois des couples qui n’entrent pas dans le cabinet pour chercher un passage, mais pour y rejouer une scène de condamnation.

Ici, tout commence avec la découverte de quinze années d’adultère.
Mais très vite, il m’apparaît que nous ne sommes pas seulement face à une infidélité. Nous sommes face à une effraction narcissique majeure, à une blessure si profonde qu’elle ne peut pas encore se symboliser. Elle ne peut que se déverser sous la forme de l’accusation.

Madame vient comme on monte les marches d’une juridiction intérieure. Elle ne vient pas seulement dire sa douleur. Elle vient exposer la faute de l’autre. Le cabinet est alors convoqué non comme un espace de pensée, mais comme une scène où le coupable devrait enfin être désigné, démasqué, presque livré.

Très vite, les séances deviennent extrêmement tendues. J’en viens à proposer des séances séparées, non pour rompre le travail, mais pour tenter d’introduire un peu de tiers, un peu d’air psychique, là où tout se fige dans le face-à-face accusateur. Mais Madame ne reviendra plus, considérant que le problème, dit-elle, c’est lui.

I. Chez elle : une blessure narcissique à ciel ouvert

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’intensité de l’atteinte narcissique.

Être trompée pendant quinze ans ne touche pas seulement la confiance conjugale. Cela attaque le sentiment même d’avoir compté, d’avoir été choisie, d’avoir été regardée comme unique. Une telle révélation ouvre souvent une béance : Qui étais-je pour lui ? Depuis quand n’étais-je plus celle qu’il disait aimer ? À côté de quoi ai-je vécu ?

La découverte t**dive fait ici violence, car elle remanie rétroactivement toute l’histoire du couple. Ce n’est pas seulement le présent qui s’effondre. C’est aussi le passé qui vacille. Les souvenirs deviennent suspects. Les moments heureux se contaminent. Le sujet ne sait plus ce qu’il a vécu, ni avec qui.

Dans cette configuration, la blessure narcissique est telle que la pensée recule. Là où un travail psychique devrait pouvoir commencer — douleur, sidération, colère, tristesse, ambivalence — c’est souvent une logique plus archaïque qui prend le dessus : il faut accuser, dénoncer, exposer la faute, car rester seul avec une telle humiliation interne est momentanément insupportable.

II. Le deuil non élaboré : ce qui ne peut pas encore être perdu

J’ai eu le sentiment, dans cette situation, que Madame ne pouvait pas encore faire le deuil de ce qu’elle croyait avoir été pour cet homme.

Et c’est là un point central.

Le deuil ne porte pas seulement sur l’homme aimé. Il porte aussi sur l’image de soi dans le regard de cet homme. Il porte sur le couple rêvé. Sur les années investies. Sur l’idée qu’un lien vous abritait. Sur la croyance qu’une histoire commune faisait socle.

Or, tant que ce deuil ne peut pas s’amorcer, le sujet reste rivé à la scène de la faute. Il ne peut pas perdre, alors il poursuit. Il ne peut pas enterrer, alors il instruit le procès. Il ne peut pas pleurer ce qui est détruit, alors il cherche à faire reconnaître l’ampleur du dommage.

La colère, dans ces cas-là, masque souvent une détresse beaucoup plus profonde : celle d’avoir été destituée dans sa place symbolique.

III. Un surmoi sévère comme rempart contre l’effondrement

Chez Madame, j’ai aussi été frappée par la dimension surmoïque de la position.

Je ne parle pas ici d’une simple exigence morale. Je parle d’un surmoi qui broie, qui ne laisse aucune place à la contradiction humaine, à l’ambivalence, à la conflictualité ordinaire du désir. Un surmoi qui veut que la faute soit totale, que le fautif soit entièrement réduit à son acte, et qu’aucun mouvement psychique ne vienne nuancer la condamnation.

Une telle rigidité n’est pas toujours seulement de l’ordre du caractère. Elle peut aussi constituer une défense contre le risque d’effondrement. Car si l’autre n’est pas entièrement coupable, alors il faut pouvoir penser la complexité du lien, et donc aussi reconnaître combien on y était attaché, combien on en dépendait, combien on y avait mis de soi.

Autrement dit : le surmoi protège parfois le sujet d’une douleur dépressive plus abyssale.

IV. Chez lui : non pas seulement le mensonge, mais le clivage

Du côté de Monsieur, il serait trop simple de ne voir qu’un homme menteur ou lâche, même si le mensonge est bien là, massif, prolongé, organisateur.

Ce qui m’interroge davantage, c’est la façon dont il a pu vivre tant d’années entre deux femmes. Une telle situation suppose souvent un clivage important : non pas simplement vouloir deux femmes, mais habiter deux espaces psychiques relativement séparés, sans parvenir à les articuler.

D’un côté, il y a parfois la scène du devoir, du cadre, de la filiation, de la place reconnue.
De l’autre, la scène du désir, de l’échappée, d’un autre soi, parfois moins assigné.

Le problème, c’est que le clivage permet de tenir un temps, mais il interdit l’unification subjective. Le sujet maintient deux mondes, au prix d’un mensonge durable, jusqu’au moment où le réel finit par faire effraction. Ici, ce n’est pas une élaboration qui a conduit à la vérité. C’est un appel. Une irruption. Quelque chose d’extérieur qui a déchiré le montage.

Il ne choisit pas vraiment de parler. Il est contraint de ne plus pouvoir taire.

V. Sa faute n’efface pas sa conflictualité psychique

Il est important, me semble-t-il, de ne pas rabattre trop vite son fonctionnement sur une pure perversité ou sur une simple lâcheté.

Car certains sujets ne mentent pas seulement pour j***r de tromper. Ils mentent aussi parce qu’ils ne peuvent renoncer. Ils ne choisissent pas parce que choisir exigerait de perdre. Et perdre réactive parfois des angoisses bien plus anciennes : abandonner, être abandonné, se priver, détruire, décevoir, s’effondrer.

Cela n’annule en rien la responsabilité. Mais cela permet de penser.

Chez certains patients, l’impossibilité du choix recouvre une grande fragilité narcissique : il leur faut être maintenus vivants dans plusieurs regards, soutenus dans plusieurs places, faute d’une assise interne suffisante. Le lien amoureux n’est alors pas seulement objet de désir, mais appareil de soutien narcissique.

VI. Deux blessures narcissiques qui se rencontrent et se ravagent

Ce qui rend ces situations si explosives, c’est que les fragilités des deux partenaires ne s’additionnent pas seulement : elles se rencontrent en se ravageant.

Chez elle, la trahison attaque l’image de soi, la confiance de base, l’unicité de sa place.
Chez lui, la révélation met à nu la défaillance, la division interne, l’incapacité à assumer un choix.

Elle veut une vérité totale, immédiate, sans reste.
Lui a vécu précisément dans le reste, dans l’entre-deux, dans le non-tranché.

Elle réclame une cohérence absolue.
Lui s’est organisé psychiquement autour du clivage.

Il en résulte un affrontement où chacun attaque chez l’autre ce qu’il ne peut lui-même métaboliser.

VII. Quand le corps entre dans la scène

Tu évoques ensuite la déclaration d’un cancer.

Je serais extrêmement prudente, bien sûr, avec tout lien simpliste entre corps et psychisme. Mais, sur le plan clinique, on ne peut manquer d’être saisi par la façon dont, parfois, le corps entre dans la scène au moment où le travail psychique échoue à se faire.

Non pas comme explication magique.
Mais comme point d’arrêt.

Comme si quelque chose, devenu impensable psychiquement, venait aussi sidérer le temps. Figer autrement le lien. Retenir. Enfermer. Déplacer la scène du conflit vers une autre scène, celle du soin, de la menace vitale, du corps atteint.

Le risque, alors, est que toute la conflictualité conjugale se recompose autour de la maladie, sans pour autant être élaborée.

VIII. Ce que cette clinique m’enseigne

Dans ce type de situation, je me redis souvent que la découverte d’un adultère ancien ne ravive pas seulement une crise conjugale. Elle réveille parfois des couches beaucoup plus profondes :

I. Une angoisse d’abandon ancienne.
II. Une blessure narcissique archaïque.
III. Une difficulté à faire le deuil d’une place idéalisée.
IV. Une incapacité à tolérer l’ambivalence.
V. Un surmoi sévère chez l’un, un clivage défensif chez l’autre.
VI. Une grande difficulté commune à transformer la douleur en pensée.

Le thérapeute est alors très vite aspiré dans une place impossible : juge pour l’un, témoin impuissant pour l’autre, parfois presque complice malgré lui de la scène de condamnation.

Introduire du tiers devient pourtant essentiel. Non pour excuser. Non pour relativiser la violence de la trahison. Mais pour empêcher que tout se réduise à un écrasement mutuel où plus rien ne peut être travaillé.

IX. En deçà de la faute : la question psychique

L’adultère est ici un fait. Il a eu lieu. Il a produit du dommage. Il a fracturé le lien.

Mais sur le plan analytique, il ne s’agit pas seulement de savoir qui a tort et qui a raison. Il s’agit de comprendre ce que cette scène vient condenser.

Chez elle : une impossibilité temporaire à symboliser l’humiliation, tant la blessure narcissique est ouverte.
Chez lui : une organisation défensive fondée sur le clivage, le mensonge et l’évitement du choix.
Chez les deux : une difficulté majeure à traverser la perte sans basculer soit dans la condamnation, soit dans la fuite.

Lorsque le deuil ne peut pas se faire, le procès prend la place.
Lorsque le conflit interne ne peut pas se penser, il se déplace sur l’autre.
Et lorsque la douleur n’est plus élaborable, elle cherche d’autres voies : le corps, la rupture, l’agir, ou le silence.

X. Pour conclure

Dans cette clinique, je vois moins un couple affrontant une crise qu’un lien devenu incapable de contenir la vérité sans s’effondrer.

Elle ne peut plus aimer : elle accuse.
Lui ne peut plus soutenir : il cède ou se dérobe.
Et entre eux, ce qui manque le plus n’est pas seulement la fidélité. C’est un appareil psychique commun capable de survivre à la déception, à la perte d’idéal, à la faille humaine.

Sans cela, l’épreuve ne devient pas traversée.
Elle devient exécution.

07/04/2026

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Rougir, bégayer, se taire
Quand le corps parle à la place du sujet

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

Il arrive que tout se joue en quelques secondes.
Un visage qui s’embrase.
Une voix qui se brise.
Un mot qui ne sort pas.

Et soudain, le sujet n’est plus simplement en train de parler.
Il est exposé.

Ceux qui vivent cela ne décrivent pas seulement une gêne. Ils parlent d’un débordement. Quelque chose monte, trop vite, trop fort, sans pouvoir être retenu. Le corps prend le relais. Il rougit, il bloque, il tremble. Là où la parole devrait circuler, une autre scène s’impose.

Le rougissement, dans ces moments-là, n’est pas un détail. C’est un signal. Le corps se met au bord d’un secret.

Comme si quelque chose risquait d’apparaître sans avoir été préparé. Comme si une part de l’histoire du sujet — trop sensible, trop peu symbolisée — menaçait de passer à la lumière. Le rouge surgit alors comme une alarme : ici, ça brûle encore.

Le bégaiement, lui, raconte autre chose. Non pas un vide de pensée, mais un conflit. Entre dire et retenir. Entre apparaître et se protéger.

Quant à la peur de parler en public, elle n’est que rarement une simple timidité. Elle touche au cœur du narcissisme. Parler, c’est prendre place. C’est supposer que ce que l’on dit mérite d’être entendu. C’est risquer d’être vu — vraiment vu.

C’est ici que la honte apparaît.

La honte ne dit pas : « j’ai mal fait ».
Elle dit : « il y a quelque chose en moi qui ne devrait pas être vu ».

I. Rencontrer ceux qui débordent au moment de parler

Il y a des patients qui arrivent en disant : « Je n’arrive pas à parler devant les autres. »
Ils ne viennent pas toujours pour cela. Ils viennent pour une fatigue, une anxiété, des difficultés au travail, des douleurs diffuses, un sentiment d’échec, une vie relationnelle appauvrie. Et puis, au détour de quelques phrases, quelque chose apparaît : prendre la parole devient une épreuve. Le visage rougit, la voix se casse, la gorge se serre, le cœur s’emballe, les mots trébuchent. Certains disent qu’ils perdent tous leurs moyens. D’autres ont l’impression de devenir soudain visibles d’une manière insupportable, comme si tout leur être se retrouvait projeté sur le devant de la scène sans protection.

J’ai souvent été frappée par ce moment très particulier où le sujet, pourtant intelligent, sensible, capable dans bien des domaines, se trouve comme débordé au moment même où il devrait simplement parler. Non pas parler pour dire quelque chose d’intime. Parler parfois pour se présenter, répondre à une question, soutenir une idée, lire un texte, demander un renseignement, prendre sa place parmi d’autres. C’est justement cela qui intrigue : pourquoi un acte aussi ordinaire prend-il parfois la valeur d’un danger ?

Ce danger n’est pas imaginaire. Il est vécu dans le corps. Et c’est pourquoi il mérite d’être entendu avec sérieux.

II. Le rougissement : le corps au bord du secret

Chez certains, c’est d’abord le rouge qui parle.
Le visage s’enflamme brusquement. Le cou se colore. Le regard fuit. La personne sent qu’elle est vue, trop vue, exposée, offerte au jugement d’autrui. Le rougissement n’est jamais un simple détail. Il dit souvent qu’un seuil a été franchi. Quelque chose s’approche de la lumière alors que le sujet n’est pas prêt.

J’entends souvent le rougissement comme une alarme du dévoilement. Comme si le corps disait : attention, zone sensible. Comme si une part de l’histoire, du désir, de la honte ou du secret risquait de surgir là où la parole n’a pas encore trouvé sa forme. Le sujet voudrait seulement parler, répondre, exister normalement dans la scène sociale. Mais tout à coup le corps indique qu’il se joue beaucoup plus que cela.

Le rouge survient parfois là où il y a eu, dans l’histoire familiale, des choses insuffisamment élaborées, des loyautés muettes, des blessures tues, des humiliations recouvertes, des places impossibles à tenir. Le sujet ne sait pas toujours ce qu’il redoute de montrer. Il ne sait pas toujours quel secret il protège. Mais le corps, lui, semble le savoir avant lui.

Rougir, dans ces moments-là, n’est pas seulement avoir chaud ou être impressionné. C’est être au bord d’une révélation que l’on ne maîtrise pas.

III. Le bégaiement : quand la parole se cogne à une frontière

Chez d’autres, ce n’est pas le rouge qui surgit en premier. C’est l’entrave de la parole.
Le mot ne sort pas. La phrase s’accroche. Le son se répète. La bouche semble buter contre une frontière invisible. Celui qui bégaye ne manque pas forcément de pensée. Au contraire. Il a souvent trop à dire, trop à contenir, trop à surveiller à la fois : ce qu’il ressent, ce qu’il va montrer, ce que l’autre va penser, ce qu’il ne faut surtout pas laisser paraître.

Le bégaiement, dans sa dimension psychique, peut être entendu comme une lutte à l’intérieur même du langage. Quelque chose veut passer, quelque chose retient. Quelque chose insiste, quelque chose censure. Le sujet se trouve alors pris entre l’élan et l’interdit.

Ce qui est bouleversant, c’est que cette lutte s’entend publiquement. Elle devient visible. Elle expose le sujet précisément dans sa tentative de se protéger de l’exposition. Plus il veut maîtriser, plus le trouble devient perceptible. Et plus il devient perceptible, plus la honte augmente. Un cercle se forme : peur, tension, empêchement, honte de l’empêchement, nouvelle peur.

Le bégaiement n’est donc pas seulement un trouble de l’élocution. Dans certaines histoires, il peut devenir le lieu où se condensent l’angoisse, la honte, l’interdit de prendre sa place, et la peur d’être trop entendu.

IV. La peur de parler en public : non pas dire, mais se montrer

Beaucoup de patients disent avoir peur de parler en public. En réalité, ils ont souvent peur de bien plus que cela. Ils redoutent d’être regardés. Ils redoutent d’être évalués. Ils redoutent qu’à travers leur voix, leur visage, leur hésitation, quelque chose d’eux soit percé à jour. Ils craignent moins l’erreur que l’exposition. Moins la faute que la mise à nu.

Parler en public, pour ces sujets, ne signifie pas seulement transmettre un contenu. Cela revient à engager son corps entier sur une scène commune. La voix n’est plus seulement un instrument. Elle devient soi. Le visage devient soi. Le souffle devient soi. La moindre défaillance semble alors dire : voilà ce que vous êtes réellement.

C’est pourquoi certaines personnes supportent très bien les échanges privés et s’effondrent dès qu’il y a plusieurs regards. La pluralité des regards réveille autre chose qu’une simple timidité. Elle convoque une scène archaïque : être vu, être jugé, être trouvé insuffisant, risible, déplacé, de trop. Être celui qui déborde, celui qui gêne, celui qu’on pourrait rejeter.

V. La honte, cette vieille brûlure

Derrière ces manifestations, on rencontre très souvent la honte.
Pas seulement la honte sociale ordinaire, celle du petit incident ou du faux pas, mais une honte plus profonde, plus ancienne, plus enracinée dans l’histoire du sujet. Une honte qui ne dit pas seulement : « j’ai raté ». Une honte qui murmure : « il y a quelque chose en moi qui ne devrait pas être vu ».

Certains analystes ont très justement montré que la honte peut être éprouvée très précocement, avant même que la culpabilité soit bien constituée. La culpabilité suppose une faute, réelle ou fantasmatique. La honte, elle, touche plus directement au sentiment d’être atteint dans son être même. Elle est une blessure du narcissisme. Le sujet n’a pas seulement le sentiment d’avoir mal fait. Il craint d’être, lui, inadéquat, indigne, ridicule, expulsable.

C’est pourquoi le rougissement, le bégaiement, l’embarras massif ou la panique devant la parole publique ne doivent pas être compris trop vite comme de simples fragilités de caractère. Ils peuvent témoigner d’une organisation psychique où le fait d’apparaître devant autrui réactive une blessure narcissique ancienne.

On pourrait dire les choses ainsi : certains sujets n’ont pas seulement peur du regard des autres ; ils ont peur que ce regard confirme une vieille défaite intérieure.

VI. Le corps exposé, le corps humiliable

La honte touche souvent le corps. Ou plus exactement : elle passe volontiers par lui.
Dans l’enfance, le corps est le premier lieu de dépendance, de maladresse, de débordement, d’humiliation possible. Le contrôle n’est pas acquis. L’enfant rougit, transpire, trébuche, salit, mouille, renverse, montre sans le vouloir. Il dépend profondément de la manière dont ces moments sont reçus par l’entourage.

Lorsqu’il a été moqué, humilié, rabroué, trop regardé, ou au contraire laissé seul avec son embarras, le corps peut devenir un terrain d’insécurité durable. Plus t**d, l’adulte croira redouter une réunion, un micro, une prise de parole, un entretien, une salle de classe, une piscine, une danse, une scène. En réalité, il redoute souvent de se retrouver à nouveau dans la position de celui dont le corps trahit quelque chose, échappe, déborde, expose.

Il y a chez certains patients une mémoire corporelle de l’humiliation. Elle n’est pas toujours racontable. Elle se répète davantage qu’elle ne se remémore. Dès lors, la scène sociale la plus banale peut devenir le théâtre de cette répétition.

VII. L’embarras n’est pas petit

On sous-estime souvent l’embarras. On le traite comme une émotion secondaire, légère, presque anecdotique. Pourtant il peut être ravageur. Un mot de travers, un compliment de trop, une hésitation, un trou de mémoire, un détail sur le corps, une maladresse devant témoins, et voilà le sujet précipité dans une expérience intérieure très violente.

L’embarras est une émotion sociale. Il naît dans l’interaction et dit quelque chose du lien entre le sujet et le groupe. Il signale que la place est devenue instable, que la présentation de soi vacille, que l’équilibre entre ce que l’on voulait montrer et ce qui surgit malgré soi n’est plus tenu. Il a une fonction de régulation : il rappelle les seuils, les limites, les normes, la vulnérabilité de notre inscription parmi les autres.

Mais chez certains sujets, cette émotion ordinaire prend des proportions immenses. Elle n’est plus un léger trouble passager. Elle devient un effondrement miniature. Un gouffre. Une preuve supplémentaire que la scène sociale est dangereuse.

Alors la personne évite. Elle renonce. Elle parle moins. Elle se met en retrait. Elle refuse les invitations, les promotions, les responsabilités, les exposés, les fêtes, les débats. Elle croit protéger sa tranquillité. En réalité, elle paie très cher le prix de cette protection : elle réduit son existence.

VIII. Parler, est-ce trahir ?

Chez certains patients, une question se profile à demi-mot : prendre la parole, est-ce trahir ?
Trahir le secret familial. Trahir une origine. Trahir une loyauté silencieuse. Trahir ce qu’il ne fallait pas dire. Trahir même parfois la souffrance des siens en allant mieux, en se montrant, en occupant une place.

Il arrive que parler en public réveille une angoisse bien plus vaste que celle d’être jugé. Comme si accéder à une voix propre revenait à sortir d’un pacte ancien. Comme si dire « je » devant les autres exposait à perdre un amour, à briser une fidélité, à défaire un équilibre familial précaire.

Certains enfants grandissent dans des atmosphères où la parole circule mal. Il y a des tensions, des secrets, des rivalités, des non-dits, des choses qu’on sait sans jamais les nommer. L’enfant comprend très tôt qu’il vaut mieux sentir que dire, deviner que questionner, se retenir que risquer une vérité qui dérange. Plus t**d, il devient adulte, mais son corps garde la mémoire de cette prudence forcée. Dès qu’il s’avance un peu trop dans sa parole, le signal d’alarme se déclenche.

Le sujet ne sait pas toujours qu’il protège un secret. Mais il en porte parfois l’économie.

IX. Infériorité, indignité, peur d’être de trop

Dans certains récits cliniques, ce qui revient sans cesse, c’est un sentiment d’infériorité très profond. Le sujet se sent moins bien que les autres, moins légitime, moins intéressant, moins consistant. Il se vit facilement comme déplaçable, remplaçable, expulsable. Il n’habite pas la scène sociale comme un lieu où il a naturellement droit de cité. Il s’y sent toléré plutôt qu’attendu.

Quand un tel sentiment est actif, parler devient toujours plus risqué. Car prendre la parole, c’est occuper un espace. C’est interrompre le silence. C’est présupposer que ce que l’on dit mérite d’être entendu. Or précisément, c’est cela que certains sujets ne peuvent pas croire d’eux-mêmes. Ils ne redoutent pas seulement de mal parler. Ils redoutent de révéler qu’ils n’ont, selon eux, aucun droit véritable à la parole.

Derrière le bégaiement, derrière le rougissement, derrière la panique, on rencontre alors parfois cette croyance terrible : je suis en trop.

X. Quand le sujet parle avec ses seuils

Dans la clinique, ces phénomènes sont précieux.
Précieux non comme preuves automatiques, mais comme indices. Ils nous rappellent que le sujet ne parle jamais seulement avec des mots. Il parle aussi avec ses seuils, ses montées d’affect, ses embarras, ses résistances, ses symptômes minuscules ou spectaculaires. Il parle avec sa façon de rougir quand un thème s’approche. Avec sa manière de bégayer quand un signifiant touche juste. Avec son souffle coupé lorsqu’il faudrait se présenter. Avec ce corps qui, soudain, semble en savoir plus long que le récit lui-même.

Il ne s’agit pas de psychologiser grossièrement chaque rougeur ou chaque hésitation. Ce serait absurde. Mais il serait dommage de les balayer comme de simples à-côtés. Il y a là parfois des portes d’entrée majeures vers l’histoire affective du sujet. Non pas parce que le corps dirait la vérité à lui seul, mais parce qu’il indique souvent l’endroit où la symbolisation reste fragile.

Là où la parole ne peut pas encore pleinement s’avancer, le corps se met souvent au bord.

XI. Ce que ces patients redoutent vraiment

Ces patients disent souvent : « J’ai peur du regard des autres. »
Mais si l’on écoute plus loin, on entend parfois autre chose.

Ils ont peur de ne pas pouvoir contenir ce qui monte.
Peur de rougir.
Peur de trembler.
Peur de bégayer.
Peur d’avoir la voix qui lâche.
Peur que cela se voie.
Peur que les autres voient qu’ils ont peur.
Peur de devenir, en quelques secondes, le spectacle de leur propre débordement.

Autrement dit, ils ne craignent pas seulement l’extérieur. Ils craignent surtout un dedans devenu soudain visible. La scène publique agit comme un révélateur. Elle donne une forme extérieure à une expérience intérieure plus ancienne : ne pas réussir à se tenir, ne pas réussir à se couvrir, ne pas réussir à rester maître de ce qui monte.

Le débordement est au cœur de ces souffrances. Débordement affectif. Débordement narcissique. Débordement corporel. Débordement de la scène intérieure sur la scène sociale.

XII. Accueillir au lieu de corriger trop vite

Face à cela, notre époque propose souvent des réponses rapides : techniques de respiration, coaching, gestion du stress, entraînement à la prise de parole, remèdes de surface. Tout cela peut aider, bien sûr. Mais lorsque le trouble est enraciné dans une histoire de honte, de secret, d’infériorité, de peur d’être exposé, ces solutions ne suffisent pas toujours.

Car il ne s’agit pas seulement d’apprendre à mieux parler. Il s’agit parfois d’autoriser un sujet à exister sans être submergé par le fait d’être vu.

Le travail clinique consiste alors moins à corriger un symptôme qu’à lui faire une place psychique. Qu’est-ce qui monte quand vous rougissez ? À quel moment la voix se casse-t-elle ? Devant qui le bégaiement s’intensifie-t-il ? Qu’est-ce qu’il serait si grave de laisser paraître ? Quel regard est rejoué dans la salle ? Quelle scène ancienne revient sans dire son nom ?

Peu à peu, ce qui n’était qu’un incident humiliant peut devenir une voie d’accès à l’histoire du sujet. Le symptôme cesse d’être un ennemi absurde ; il devient un langage à déchiffrer.

XIII. Retrouver une voix n’est pas seulement parler plus fort

Retrouver une voix ne consiste pas à devenir performant.
Ce n’est pas apprendre à faire illusion.
Ce n’est pas gagner en aisance pour mieux masquer la faille.

Retrouver une voix, c’est souvent beaucoup plus profond. C’est parvenir à parler sans se sentir traître. Sans se sentir de trop. Sans craindre qu’un mot de soi entraîne l’effondrement de l’image. Sans redouter que le corps se charge seul de tout dire à sa place.

C’est aussi accepter qu’il y ait toujours un peu d’émotion dans le fait de parler devant d’autres. Nous ne sommes pas des machines à énoncer. La parole engage le corps, le désir, la place, le narcissisme. Elle expose toujours un peu. Mais elle n’a pas à devenir une condamnation.

Lorsque le sujet peut peu à peu relier son rouge à son histoire, son bégaiement à son interdit, sa panique à sa honte, alors il se passe quelque chose de très important : le corps n’est plus seul à porter le secret.

XIV. Ce que ces manifestations nous enseignent

Rougir, bégayer, craindre la parole publique, s’effondrer sous l’embarras : tout cela ne renvoie pas à une faiblesse dérisoire. Ces manifestations nous enseignent au contraire quelque chose d’essentiel sur le psychisme humain. Elles montrent que l’être parlant n’est jamais séparé de son corps. Elles montrent aussi que la vie sociale n’est pas une simple affaire de compétences, mais une scène où se rejouent la honte, le désir d’être reconnu, la peur du rejet, la mémoire des humiliations et la question de notre légitimité à exister devant autrui.

Le sujet qui rougit n’est pas seulement un sujet impressionnable.
Le sujet qui bégaye n’est pas seulement un sujet empêché.
Le sujet qui tremble à l’idée de parler n’est pas seulement timide.

Il est peut-être celui chez qui le corps garde encore la trace d’une ancienne zone de danger.

Et c’est pourquoi il faut accueillir ces manifestations avec délicatesse. Car derrière elles se tient souvent une histoire de honte, de secret, de trop-plein et de silence.

XV. Une hypothèse clinique

On pourrait dire les choses simplement : chez certains sujets, le rougissement, le bégaiement et la peur de parler en public apparaissent lorsque le corps se trouve requis de contenir ce que la psyché n’a pas encore suffisamment symbolisé. Le débordement n’est pas l’ennemi du travail clinique ; il en est parfois l’entrée. Encore faut-il qu’il soit entendu non comme une faute, mais comme l’indice d’un conflit entre le désir de se montrer et la terreur d’être exposé.

C’est souvent à cet endroit précis que commence le travail : là où le sujet croyait n’apporter qu’un symptôme gênant, et où il découvre peu à peu qu’il apportait, en réalité, une histoire entière.

XVI. Chute

Le sujet croit venir pour une difficulté d’élocution.
Il découvre qu’il s’agissait d’une difficulté à exister sous le regard de l’autre sans être submergé.

Repères bibliographiques autour de la honte, de l’embarras et de l’exposition de soi

Pour prolonger la réflexion, quelques ouvrages de référence peuvent être particulièrement utiles : Claude Janin, La honte, ses figures et ses destins, publié aux PUF ; Serge Tisseron, La honte. Psychanalyse d’un lien social, chez Dunod ; Donald W. Winnicott, Jeu et réalité, dans l’édition française Gallimard ; Erving Goffman, Les rites d’interaction, aux Éditions de Minuit ; et Norbert Elias, La civilisation des mœurs, chez Calmann-Lévy dans son édition française. Ces titres permettent d’articuler la clinique du narcissisme blessé, les phénomènes d’embarras et la scène sociale où le sujet se trouve exposé.

Bibliographie indicative

I. Janin, Claude, La honte, ses figures et ses destins, PUF, coll. Fil Rouge.

II. Tisseron, Serge, La honte. Psychanalyse d’un lien social, Dunod, 4e éd.

III. Winnicott, Donald W., Jeu et réalité, Gallimard, coll. Folio Essais.

IV. Goffman, Erving, Les rites d’interaction, Éditions de Minuit.

V. Elias, Norbert, La civilisation des mœurs, édition française courante chez Calmann-Lévy
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