18/05/2026
🌿 Un accouchement à la maison, dans l'amour et le chaos organisé 🌿
P. a vécu une naissance inoubliable - 15 jours avant le terme, dans une maison pas encore prête, sous toutes les météos de mars, et entourée de ceux qu'elle aime.
Elle a accepté de partager son récit avec nous, avec une sincérité et une générosité touchantes. On y retrouve tout : la panique des débuts, la puissance du corps, les doutes au cœur du travail, et cette magie unique de tenir son bébé dans ses bras, chez soi 🫶🏻
Un grand merci à toi, pour ce témoignage ❤️
Et si vous aussi vous souhaitez partager votre vécu, nos portes - et notre page - vous sont ouvertes.
"Elle était initialement prévue le 10 avril. Elle est arrivée le 26 mars, avec 15 jours d'avance. Remarque, je ne me suis quasiment pas reposée pendant la grossesse. Jusqu'au bout je montais encore l'échelle pour aller au grenier.
Mais quand même une grosse surprise.
Je me suis réveillée vers 1h45 la nuit du 26 mars en sentant une pression qui partait du haut de mon ventre, plus intense que les contractions d'entraînement que j'avais eues avant (et qu'est ce que j'en ai eu).
Je me suis levée pour aller aux toilettes (pour la millième fois ahah), et en allant me recoucher, je lève ma jambe pour me remettre sur mon coussin, et je sens un "plop". "Et m***e", ma culotte est trempée.
Je cours à la salle de bain, je me mets dans la baignoire et j'appelle Lode.
Il m'avait entendue me lever, donc il arrive directement. "Ça y est, on va avoir un bébé. Tu es prêt ?"
Les larmes coulent déjà, on s'embrasse.
Mais grosse panique.
Avec autant d'avance sur le terme (qu'on n'attendait vraiment pas) absolument rien de prêt dans la maison. Mais vraiment rien.
On avait passé les 3 jours précédents sur la route (la veille j'étais encore à un entretien avec un colonel l'état major à Evere), donc la maison en bo**el, sale pcq je n'avais plus nettoyé depuis 2 semaines, le chien était encore là, aucun matériel d'installer.
Vraiment tout à faire. Donc je lui dit qu'il faut appeler maman, ou on n'y arrivera pas.
Elle arrive vers 2h30, et nous a aidé à tout nettoyer et tout installer jusque quelque part dans la matinée, et même des petites courses en urgence.
Enfin "nous", plutôt Lode pcq ils n'ont pas arrêté de m'engueuler dès que je faisais quelque chose en me disant "va te reposer, tu as besoin de tes forces !".
Donc je ne faisais que marcher, faire le tour de la maison, donner mes directives, faire des toutes petites choses. Ca me rendait malade de ne rien faire alors que je pouvais. Et je sentais que je devais bouger. Je sais pas pourquoi, je sentais que mon travail serait long à démarrer, j'étais trop stressée pour faire monter mon ocytocine.
Lode a prévenu la sage femme vers 8h30, qui nous a dit de la tenir au courant de l'avancée du travail.
Maman est partie aux alentours de 10h je pense. Tout était prêt, on était enfin à deux, on pouvait se concentrer sur l'arrivée de bébé.
Pauline (la sf) me rappelle, me demande comment ça avance. Malheureusement pas trop, mes contractions sont irrégulières en fréquence et en intensité. Je n'arrête pas de perdre du liquide mais rien de plus.
Elle me dit "mets tes chaussures et va faire ta plus longue balade, lance ton travail". Ah oui, j'aurais bien aimé. J'avais la diarrhée, je n'osais pas m'éloigner des toilettes. Et en plus, comme par hasard, ce jour là on a vraiment eu toutes les saisons : soleil, vent, pluie, grêle et même neige ! 😂
Donc elle me dit "bouge, reste active". On a continué de ranger la maison, d'arranger la chambre de la petite (qu'on n'avait pas finie). Je monte et descends les escaliers, je fais du ballon.
Elle rappelle vers 11h : toujours la même chose. Donc elle me dit de prendre l'homéopathie, et faire du tire lait, que ça allait booster. J'ai fait ça pendant près de 2h, toujours pas d'avancée.
Il est 13h, il me reste moins de 7h avant d'être transférée à l'hôpital (si 18h de poche rompue). Je commence à paniquer pas mal. Pauline me rappelle, je lui dis que rien ne marche. J'avais eu une idée, mais j'ai préféré lui demander si on pouvait pour être sûre que pas de risque. "Oui évidemment, excellente idée, allez y!"
Nous voici donc à faire l'amour, à la fois pour lancer le travail, mais pcq on en avait très envie aussi (étrange?).
On était dans notre bulle, notre cocon qu'on avait passé la nuit à préparer, avec les fenêtres couvertes, des petites lumières partout, le feu sur la télé, des couvertures douillettes plein le fauteuil.
C'est pas pour rien qu'on nous dit lors de la préparation à la naissance "vous devez être dans une ambiance où vous avez envie de faire l'amour".
On était prêt à accueillir notre bébé, dans l'amour sous toutes ses formes.
C'était un peu douloureux, mais je perdais de plus en plus de liquide, et je sentais bien que mon col travaillait.
Il est 14h30 : ca y est les contractions sont plus intenses et régulières depuis au moins 30 minutes. On prévient Pauline, qui nous demande si elle doit démarrer ou si ca va à deux. Je lui dis qu'on gère, qu'on peut encore attendre avant qu'elle ne vienne. "Ok on se tient au courant".
Peu après, je ne sais pas pourquoi, quelque chose me dit que ca va aller vite. Je dis à Lode de commencer à remplir la piscine, ce qu'il fait.
Là, je n'arrive plus à gérer mes contractions seule, j'ai besoin de lui.
Le pauvre, il courait dans tous les sens pour gérer le remplissage de la piscine, contrôler la température, me donner à boire et m'aider à gérer les contractions (et accessoirement, nettoyer l'aquarius que j'ai renversé. 'auBout).
Il courait littéralement ; il écoutait mes vocalises et arrivait à repérer quand il fallait venir, alors il courait d'une pièce à l'autre pour venir près de moi. Je me rappelle m'être dite : "il est vraiment incroyable, j'aime tellement cet homme".
Pauline rappelle vers 15h30 je pense
(en fait, je n'ai plus aucune notion du temps à ce moment là, donc j'estime qu'elle nous appelait à peu près toutes les heures) : elles sont plus fortes encore, mais ca va on gère. Je passe du ballon, à la piscine, au fauteuil. Je vais aussi parfois aux toilettes entre deux contractions. Je reste mobile.
Lode me masse le bas du dos pendant les contractions. Ses mains douces et chaudes me font tellement de bien. Son contact marchait tellement mieux sur moi que la méthode du cdin.
Je lui dis quand même de bientôt demarrer, car il y a minimum 45 minutes de route pour qu'elle arrive, le temps qu'elle soit là, j'aurais besoin d'elle, je le sens.
De fait, les contractions sont de plus en plus rapprochées et puissantes. Je ne sais presque plus décoller du ballon. Je ferme les yeux et somnole entre les contractions.
Je ne sais plus du tout quelle heure il était quand Lode a prévenu la photographe, ni quand il lui a dit de demarrer. Heureusement, elle n'était qu'à 10 minutes de la maison, elle arriverait vite.
Elle est arrivée 40 minutes à peu près avant l'arrivée du bébé.
Là, mes contractions sont passées de "fortes mais gérables" à "je commence à pleurer et à me poser des questions".
J'ai encore fait 2 ou 3 contractions sur le ballon, 1 dans le fauteuil, puis j'ai du passer dans la piscine définitivement. La chaleur me faisait vraiment du bien. Ma position m'aidait aussi, à 4 pattes, les bras appuyés sur le bord de la piscine.
Au passage dans la piscine, elles sont vraiment mais vraiment puissantes.
Pauline rappelle, je suis incapable de parler, c'est Lode qui répond. Je crie "demande quand elle arrive".
Elle dit qu'elle est presque là.
Je ne sais pas si savoir qu'elle était presque là a eu une influence, le travail a passé un step, et lequel : les contractions sont rapprochées de 2 minutes, elles partent du dessus de mon ventre jusqu'au bat de mon bassin,
je sens l'intensité de la vague s'étendre dans tout mon corps, jusqu'aux bouts de mes doigts et mes orteils. Je n'arrive plus à respirer profondément et lentement, plus aucune méthode ne m'aide en gestion de la douleur. Les caresses ne me détendent plus, mais elles font encore du bien à mon esprit. Je me sens aimée.
Mes vocalises sont devenus des cris.
Pauline arrive, 20 minutes avant l'arrivée de bébé. Je suis en pleine phase de désespérance. Je suis devenu le parfait cliché de la femme en couche. Mes cris sont devenus des hurlements :"J'y arriverai pas ! Aidez moi, faites quelque chose pitié, j'ai mal ! Qu'est ce qui m'a pris de vouloir accoucher à la maison !".
La voisine a vraiment du se poser des questions ...
"Bébé va bien ? Elle bouge bien ?" Demande Pauline. Oh oui seigneur, elle bouge bien, elle veut sortir.
Elle essaye d'écouter le cœur, on entend. Pas distinctement, mais on l'entend.
Elle veut faire un premier controle tv. Pas le temps, j'ai une contraction qui arrive.
Je hurle à nouveau, "touchez moi, caressez moi !". J'avais tellement mal.
La contraction passe, elle se dépêche de réopérer. On entend le coeur de bébé, elle fait le contrôle : "il y a encore un peu de col mais tu es à 8".
"Pauline retire toi, j'en ai une qui arrive".
Je sentais une contraction plus violente encore arriver. De fait, ma contraction la plus forte de toutes. "Léonore s'il te plaît sort !". Elle s'engage.
"Oh !! Ca y est, je dois pousser !"
"Déjà ?!" dit Pauline.
Je pousse une première fois avec la contraction, elle descend bien.
De peur d'avoir une déchirure importante si je pousse en dehors des contractions, je relâche une fois qu'elle est finie.
"M***e, elle remonte !" Je savais que c'était normal, mais je ne voulais pas que ça dure.
Cette pression sur le bassin, cette impression d'imploser.
Je n'ai pas poussé, mais j'ai maintenu une pression pour ne pas qu'elle remonte. Je voulais vraiment être délivrée au plus vite de ces sensations.
Contraction suivante : "Ca brûle !", et oui le cercle de feu, c'est pas une légende.
J'appuyais légèrement avec mes doigts, il me semblait que ça m'aidait à supporter l'étirement.
Je sentais déjà le dessus de son crâne, elle avait plein de cheveux !
Dernière contraction : je pousse, sa tête sort. Je respire, je repousse un tout petit peu, son corps sort en une fois. Soulagement instantané.
C'était mon compagnon qui devait la réceptionner. Elle est sortie tellement vite, qu'elle les a surpris lui et la sage femme.
Ils n'ont pas eu le temps de voir la tête, qu'elle était là. C'est Pauline par réflexe qui l'a attrapée.
17h18 : ca y est, Léonore est là.
Le temps que je me retourne, qu'on démêle le cordon de sa jambe, elle est restée une petite dizaine de secondes dans l'eau avant de sortir et pousser son premier cri.
Elle était encore pleine de vernix, c'est impressionnant.
Elle a à peine crié, elle n'a pas pleuré. Elle a ouvert ses poumons, Pauline l'a posée sur moi. Elle était toute calme.
Lode et moi nous sommes regardés, embrassés et dit "ça y est, on a un bébé". Les larmes de joie ont évidemment coulé.
La seconde sage femme est arrivée au moment où la petite est sortie. À vrai dire, c'est pcq on me l'a dit, pcq je ne l'ai même pas vue arriver.
On est resté à peu près 5 minutes dans la piscine, à se regarder, sourire, s'embrasser, se dire je t'aime, embrasser bébé, avant que les sages femmes ne me demandent de sortir pour évaluer ma perte de sang.
Je suis allée m'allonger dans le fauteuil, j'ai enlevé mon soutien gorge mouillé pour ne pas que bébé ait froid, et faire son premier peau à peau, et on nous a couverte de plein de plaids.
On a attendu que le cordon ait fini de battre, puis papa l'a coupé.
Lode a ensuite pris la petite en peau à peau le temps qu'on termine avec moi.
Sortie de mon placenta, j'ai à peine poussé il était sorti. Quelle sensation étrange !
Pauline contrôle mes plaies : il n'y en a pas. Aucune déchirure ni éraillure.
"Et ben, tu es faite pour ça !"
Une fois le placenta sorti, je demande pour me lever, j'ai besoin de marcher, d'aller aux toilettes.
J'étais debout dans l'heure qui suivait mon accouchement.
Là je me suis dite "C'est donc vrai, on se remet bien mieux d'un accouchement naturel".
Pendant ce temps, on mesure bébé et teste ses réflexes.
50 cm et 2,775 kg
Un petit format, grande et fine.
Tu m'étonnes qu'elle est passée comme une lettre à la poste (ou pas vu la grève) sans déchirure.
Puis première tétée, pendant que Pauline fait l'empreinte de mon placenta, qu'on placera dans une boîte pour l'enterrer plus t**d.
Les sage-femmes sont restées 3 heures après l'accouchement.
On a reçu quelques visites rapides à la maison (absolument pas prévues non plus, mais bon si on fait venir ma maman, il fallait faire venir les autres ...).
20h30 à peu près : enfin seuls, tous les 3, dans notre douillet cocon, avec encore la chaleur des chauffages et les lumières partout dans le séjour (qu'on aura finalement mis 1 semaine à enlever).
On l'a fait, on a mis au monde notre petite fille dans notre maison."