11/05/2026
Ce week-end, mon fils est monté sur le podium d’une course à pied.
Quelques minutes avant la remise des prix, j’étais en bas de la scène avec les lauréats.
Quand ils ont vu arriver les récompenses, un d'eux a lâché directement :
“Punaise, non quoi… encore de l’alcool. En 2026, on en est encore là ?”
Deux autres ont enchaîné :
“Ça me rend dingue, sur toutes les courses c’est pareil.”
“Alcool et sport… mais c’est quoi le message qu’on fait passer ?”
Ces personnes ne me connaissaient pas.
Je n’avais encore rien dit.
Et puis la scène.
Une bouteille de bière de 75cl tendue à mon fils… 16 ans.
Avec une hésitation visible de la personne qui remettait le prix.
Comme si tout le monde savait, au fond, qu’il y a un malaise.
Mais qu’on continue quand même.
Parce qu’“on a toujours fait comme ça”.
Et j’entends déjà les réactions arriver :
“Oui enfin… tu préférerais quoi ?
Du soda bo**ré de sucres ?
De la charcuterie pleine de sulfites ?
Des bons d’achat pour des marques qui exploitent des travailleurs à l’autre bout du monde ?”
Comme si la seule alternative à l’alcool devait forcément être autre chose de malsain ou de discutable.
En réalité, il y a moyen de faire sain, éthique et local.
Des produits artisanaux, des expériences, du matériel sportif, des créations locales, des paniers de producteurs, des massages, des livres, des places pour des événements…
Il ne faut pas forcément se creuser la tête pendant des semaines.
Il faut surtout accepter de se remettre en question.
Je n’en veux pas aux organisateurs.
Les bouteilles sont probablement offertes par le brasseur et puis, c'est en fait la norme sur toutes les courses en Belgique.
Et quand on voit la F1, le cyclisme ou le foot fonctionner avec les mêmes codes… on finit par trouver ça normal.
Mais justement.
Pourquoi attendre que “ceux d’en haut” changent ?
Les pratiquants amateurs représentent l’immense majorité du sport.
Si la base arrête de banaliser l’alcool, le sommet suivra.
Au CrossFit, où beaucoup pratiquent pour leur santé, il n’y a pas d’alcool mis en avant dans les salles.
Résultat : les élites ne montent pas sur les podiums avec des bouteilles.
Pendant ce temps-là, en Belgique, le championnat de foot porte encore le nom d’une marque de bière depuis… 1993. Et c’est prévu au minimum jusqu’en 2030.
Offrir de l’alcool, ce n’est pas anodin.
Ça entretient l’idée que boire est normal, festif, compatible avec tout.
Alors que non.
L’alcool est un produit nocif. Dès la première goutte.
Et pendant qu’on applaudit une bouteille sur un podium…
d’autres personnes, en silence, essaient juste de s’en sortir.
Parce que ce même jour, plusieurs personnes sont venues me parler de leurs difficultés.
Leur consommation.
Celle d’un proche.
La souffrance.
L’impuissance.
Et ça, ce sont seulement les personnes qui ont osé venir m’en parler.