21/01/2022
La nutrition a toujours eu un intérêt majeur dans le bien-être et la santé des individus, et elle est même devenue un phénomène mondialement connu et étudié d’un point de vue scientifique. Dans le cas de certaines pathologies, il est d’autant plus important de s’y intéresser, que ce soit pour réduire l’intensité des symptômes physiques et psychiques, ou pour endiguer l’évolution de la maladie.
Évidemment, une meilleure alimentation ne guérira pas tous les maux et les médicaments prescrits par vos médecins resteront nécessaires. Je vous propose ici, non pas une alternative, mais un paramètre sur lequel VOUS pouvez avoir une influence pour améliorer votre vie au quotidien, malgré votre pathologie.
👉 Quelles sont les maladies concernées ?
- Les pathologies inflammatoires chroniques : maladie de Crohn, rectocolite ulcéro-hémorragique, syndrome du côlon irritable, …
- Les pathologies métaboliques : obésité, syndrome métabolique, stéatose hépatique non-alcoolique, …
- Les pathologies systémiques : ostéoporose, …
- Les pathologies rhumatismales ou nerveuses : arthrite, polyarthrite rhumatoïdes, sclérose en plaque (SEP), fibromyalgie, sclérose latérale amyotrophique (SLA), …
- Les pathologies du système nerveux central : dépression, syndrome de fatigue chronique, maladie de Parkinson, dépendance à l’alcool, …
- Les éruptions cutanées : eczéma, psoriasis, …
- Les allergies alimentaires et la maladie cœliaque
👉 Comment ça fonctionne ?
L’intestin possède une barrière semi-perméable (c.à.d. qu’elle laisse passer certaines molécules mais empêche le passage d’autres molécules) qui fait le lien entre la lumière intestinale (possédant des centaines de milliards de bactéries) et le milieu intérieur. Il s’agit d’une barrière physique, chimique et immunologique qui permet l’absorption des nutriments, des électrolytes et de l’eau, nous protège contre les bactéries et empêche le passage de molécules potentiellement toxiques (endotoxines bactériennes).
S’il y a une brèche au niveau de la barrière, ces endotoxines la traversent pour se retrouver dans le sang où elles sont en contact avec des cellules du système immunitaire possédant des récepteurs qui reconnaissent ces endotoxines et entrainent une endotoxémie métabolique (réaction inflammatoire de bas grade, mais chronique). En effet, lorsque l’endotoxine se fixe sur son récepteur, il y a une cascade de réaction aboutissant à la synthèse de cytokines in-flammatoires qui ont un effet local au niveau de l’intestin, mais également un effet à distance sur le cerveau (⇨ modification du comportement, dépression), le foie (⇨ résistance à l’insuline, stéatose hépatique non-alcoolique), les articulations et les os (Bischoff et al., 2014).
Cette altération de la fonction de la barrière de l’intestin résulte d’une hyperperméabilité intestinale qu’on appelle plus communément un « Leaky Gut ». Actuellement, on ne sait toujours pas si le « Leaky Gut » est une cause ou une conséquence des pathologies citées plus haut.
👉 Quels sont les facteurs influençant la fonction de la barrière intestinale et le microbiote intestinal ?
Les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (aspirine, ibuprofène), le stress psychologique, le tabac, les cytokines inflammatoires, l’alimentation, les bactéries intestinales et leurs métabolites (Rothschield et al., 2018).
👉 Quelles sont les conséquences du « Leaky Gut » ?
Le passage de produits toxiques de la lumière intestinale vers la circulation sanguine donne une grande variété de symptômes majeurs (maladies inflammatoires chroniques, maladies auto-immunes, diabète, SEP, dépression) et mineurs (crampes abdominales, ballonnements, fatigue, allergies alimentaires ou hypersensibilité, céphalées, lombalgies).
👉 Que faut-il favoriser pour atténuer ces symptômes ?
- Favoriser l’activité physique : il est évident que ce n’est pas pendant la période symptomatique que vous allez battre vos exploits sportifs. Néanmoins, il est capital de maintenir un minimum d’activité physique. Si vous êtes relativement sédentaire, 30 minutes de marche rapide par jour permettent de maintenir un BMI adéquat. L’activité physique permet, entre autres, une meilleure lubrification des articulations et, in fine, une diminution des sensations douloureuses au sein de celles-ci.
- Adopter un régime varié et équilibré, de type méditerranéen : le régime méditerranéen se caractérise par l’apport d’aliments simples peu raffinés, une consommation importante de produits d’origine végétale (céréales complètes, fibres, fruits, légumes, légumineuses, fruits à coque, herbes aromatiques, vitamines et polyphénols ⇨ régime riche en fibres et en antioxydants), un apport lipidique par l’huile d’olive principalement, une consommation modérée de poissons/crustacés/volaille/œufs/produits laitiers, une consommation occasionnelle de viande rouge et de pâtisseries, un apport d’alcool modéré (1 à 2 verres maximum par jour, pendant les repas, privilégier le vin rouge riche en polyphénols) et un apport limité en sel/matière grasse d’origine animale /sucres simples (sucre ajouté, blanc raffiné).
L’huile d’olive vierge extra est riche en acide oléique (oméga 9), en polyphénol et en vitamine E, et possède des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. Les fruits à coque sont très énergétiques, ont une faible teneur en acides gras saturés, mais sont riches en omé-ga 3 et 9, sont riches en vitamines antioxydantes (vitamine E, bêta-carotène), en minéraux (calcium, magnésium et potassium), et en vitamine B9.
Les résultats d’une méta-analyse de méta-analyses montrent que le régime méditerranéen a un impact bénéfique sur la mortalité (toute cause confondue), sur les maladies cardiovasculaires, sur le diabète, sur l’incidence du cancer et sur les maladies neurodégénératives. Des études ont montré qu’effectuer pendant 3 mois, ce régime diminuerait l’activité de la maladie chez des patients ayant une polyarthrite rhumatoïde stable et modérément active, améliorerait la forme physique et la vitalité, et diminuerait la douleur des patients. Comment ? En diminuant le phénomène inflammatoire (Skoldstam et al., 2003). Le gros avantage de ce régime est une bonne adhérence, car il n’implique pas des restrictions alimentaires extrêmes.
- Incorporer des prébiotiques et des probiotiques dans l’alimentation : ils permettent ensemble une meilleure absorption des différents minéraux et vitamines amenés dans l’intestin par le biais de l’alimentation. Les prébiotiques améliorent également la fonction digestive, les défenses immunitaires naturelles, la santé cardio-métabolique (réduction des lipides sanguins, augmentation de la résistance à l’insuline), et ils stimulent la satiété en réduisant l’appétit, ils réduisent le risque d’allergie et améliorent la santé mentale. Les probiotiques contribuent au bon fonctionnement du système digestif et du système immunitaire, ils aident à améliorer la fonction barrière de l’intestin, à digérer le lactose chez les intolérants, à réduire l’inconfort digestif et à diminuer le risque et la durée des infections intestinales, respiratoires et vaginales, et à réduire les coliques chez le bébé et l’eczéma chez les enfants (Hill et al., 2014 ; Gibson et al., 2017).
👉 Ce qu’il faut éviter ?
- Éviter le « Western Diet » : c'est une alimentation riche en graisses, en sel, en sucres et en protéines animales, mais pauvre en fibres. Elle favorise la sécrétion d’acides biliaires qui sont toxiques pour les cellules épithéliales de l’intestin, car elles induisent la mort des cellules épithéliales et peuvent perturber les jonctions serrées se trouvant entre ces cellules, induisant un « Leaky Gut » et une réponse pro-inflammatoire.
Un régime riche en sucre comme le « Western Diet » peut mener, sur le long terme, à une augmentation du glucose sanguin et à une résistance à l’insuline, aboutissant souvent à un diabète de type II. Outre le glucose, une augmentation des concentrations en fructose sous forme de saccharose (fructose + glucose) peut également se retrouver dans les alimentations riches en sodas, en biscuits, … La métabolisation intestinale du fructose au niveau intestinale est notamment connue pour avoir un effet délétère sur les jonctions serrées entre les cellules épithéliales, ce qui augmente la perméabilité intestinale et induit une endotoxémie métabolique qui favorise le développement de la maladie hépatique non-alcoolique et de la résistance à l’insuline (Jensen et al., 2018). Il est aussi associé à une élévation des triglycérides sanguins et des lipides hépatiques. Il interfère également avec le métabolisme de l’acide urique et peut être responsable des crises de goutte.