08/04/2026
Six minutes sans respirer. C'est l'objectif d'une personne que j'accompagne. « Freediving is about silence… the silence that comes from within. » disait Jacques Mayol.
Je suis depuis deux ans assistant-instructeur d'apnée (candidat instructeur), j’ai vu passer pas mal de personnes. Beaucoup arrivent avec une vraie envie, une bonne condition physique, parfois même une bonne technique… et pourtant, ça bloque après quelques mètres de profondeur, ou après deux minutes.
Souvent c'est parce que le corps est tendu, la respiration trop haute, le mental déjà projeté plus bas, là où il n’est pas encore. Le silence n'est pas là.
Un.e bon instructeur.rice va travailler là-dessus : la posture, le relâchement, la respiration, parfois des visualisations très concrètes de la descente ou de l'apnée statique. Il/elle va aider à installer les conditions pour que le corps puisse se calmer, pour que le rythme cardiaque ralentisse, pour que la plongée devienne plus fluide ou que les spasmes deviennent moins dérangeants.
Mais un.e coach va plus loin, il/elle va permettre à la personne de se connecter avec sa paix et son silence intérieur.
Ces dernières semaines, j’accompagne un ami apnéiste qui se prépare pour une compétition. Il veut faire six minutes en statique. Pour le moment, son record est de 5'20.
On pourrait croire que mon rôle est de lui donner des techniques, de corriger, d’optimiser. En réalité, je fais tout autre chose.
On parle de ses entraînements, bien sûr, mais aussi de son sommeil, de son rythme de vie, de ce qui se passe pour lui en dehors de l’eau. On prend le temps de revenir sur certaines statiques, sur ce qu’il a ressenti, sur ce qui s’est joué à un moment précis.
Je ne lui dis pas quoi faire. Je ne lui propose pas de plan.
J’essaie plutôt de créer un espace où il peut lui-même faire des liens, ajuster, voir ce qu’il a envie de mettre en place. Un espace dans lequel j'utilise des outils du coaching mental pour qu'il puisse se reconnecter à ses motivations intérieures profondes, y rester connecté, et ne pas se décourager lors de ses séances d'entraînement.
Et ce qui m’intéresse dans ce travail-là, au delà de l'amélioration de sa performance, c’est sa manière d'envisager l'apnée. Sa manière d’aborder ces six minutes en silence. Sa manière d’être avec lui-même, dans un environnement où tout s’amplifie.
Et ce qu’on y rencontre dépasse souvent largement le cadre du sport.
C’est aussi pour ça que ça me parle autant dans ma pratique de coach.
Parce qu’au-delà des contextes (sport, travail, moments de transition) on retrouve souvent les mêmes endroits : des tensions, des peurs diffuses, des rythmes de vie qui ne soutiennent pas vraiment ce qu’on cherche à faire.
Et parfois, ce n’est pas d’un conseil en plus dont on a besoin.
Mais d’un espace pour ralentir, comprendre, et retrouver un peu de justesse.
Je serais curieux de savoir, pour celles et ceux qui pratiquent : qu’est-ce que l’apnée (ou un autre sport) vous apprend sur vous en ce moment ?
---
Merci à Michael Worden pour la photo !