07/05/2026
AU CŒUR DES CICATRICES
La pluie tombait doucement sur les toits de la ville lorsque Lina revint devant la vieille maison bleue. Celle où tout avait commencé. Et où tout s’était brisé.
Ses doigts tremblaient autour de la poignée de sa valise. Trois années avaient passé depuis son départ, trois années à fuir les souvenirs, les promesses inachevées et surtout… la douleur.
Le jardin était envahi de mauvaises herbes maintenant. Pourtant, l’odeur du jasmin persistait encore, comme un souvenir refusant de mourir.
Lina inspira profondément.
Certaines cicatrices ne disparaissent jamais.
Elles apprennent seulement à battre au même rythme que le cœur.
Elle poussa la porte.
À l’intérieur, le silence était lourd. Trop lourd. Chaque meuble semblait garder la mémoire de leurs éclats de rire. De leurs disputes aussi.
Elle posa son regard sur le piano près de la fenêtre.
Noah jouait souvent ici.
Noah.
Rien qu’à penser à son prénom, une douleur ancienne remonta dans sa poitrine.
Ils s’étaient aimés avec cette intensité dangereuse qui consume tout. Deux âmes cabossées cherchant refuge l’une dans l’autre. Mais parfois, deux êtres blessés finissent par se blesser davantage.
Leur amour avait fini par ressembler à une guerre silencieuse.
Et puis il y avait eu l’accident.
Après ça, Noah avait disparu sans explication.
Pas une lettre. Pas un appel.
Juste l’abandon.
Lina avait porté cette absence comme une faute. Comme si elle n’avait jamais été suffisante pour qu’on reste.
Elle s’approcha du piano et effleura les touches jaunies.
Une note résonna.
Puis une voix derrière elle murmura :
— Tu jouais toujours faux cette partie.
Son souffle se coupa.
Noah était là.
Plus maigre. Le regard fatigué. Mais toujours cette même douceur dans les yeux… cette douceur qui lui avait autrefois donné envie de croire au bonheur.
Lina sentit la colère et le soulagement se fracasser ensemble dans son cœur.
— Tu n’avais pas le droit de revenir.
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