08/18/2025
🟧Trafic humain en hausse au Nouveau-Brunswick : une crise cachée éclate au grand jour
date de l’événement : 2024-2025
Les chiffres sont sans appel : la traite d’êtres humains gagne du terrain au Nouveau-Brunswick. En 2024 seulement, 17 incidents ont été signalés à la police, contre 12 en 2023. Un sombre record, qui place la province au deuxième rang national par habitant, aux côtés de l’Ontario.
Un phénomène qui explose
Selon Statistique Canada, jamais depuis 1998 le Nouveau-Brunswick n’avait connu autant d’inculpations pour ce crime. Et les experts s’accordent pour dire que la réalité est encore plus inquiétante : les statistiques ne reflètent qu’une partie du problème, la majorité des victimes n’osant pas dénoncer par peur, par honte ou sous emprise.
Près de la moitié des cas connus en 2024 ont été recensés à Moncton, carrefour majeur du trafic entre Halifax et le Québec. Cette route est désormais considérée comme l’un des principaux corridors de la traite humaine au pays.
Des victimes piégées
Les témoignages révèlent des méthodes d’une cruauté implacable. Les trafiquants utilisent la dépendance aux drogues comme arme de contrôle : les victimes, gavées de substances, deviennent esclaves de leur fournisseur. Débiteurs forcés, elles sont souvent contraintes à commettre des délits pour leurs exploiteurs, ce qui complique le travail des enquêteurs.
Au-delà des violences physiques, les trafiquants utilisent la coercition psychologique, transformant le besoin d’appartenance et la faible estime de soi de jeunes vulnérables en un piège affectif.
Des compliments, une attention soudaine, puis la spirale infernale : une manipulation redoutable qui rend l’évasion presque impossible.
Un tournant en 2025
Face à la médiatisation de certains dossiers, dont celui d’une femme de 19 ans condamnée à trois ans de prison pour trafic sexuel à Moncton, la société civile s’éveille. Les demandes de formations éducatives pour reconnaître les signes de traite explosent.
Ministères, organismes et citoyens cherchent désormais à comprendre un fléau qui se déroule « tout près de chez nous ».
Une brigade spécialisée en préparation
Sous la pression des intervenants, la province a annoncé la création prochaine d’une brigade spécialisée dans la lutte contre la traite humaine et les violences sexuelles, financée dans le budget 2025-2026.
Inspirée du modèle déjà implanté en Nouvelle-Écosse, cette unité aura pour mission non seulement de traquer les criminels, mais aussi de protéger et accompagner les victimes dans leur rétablissement.
La caporale Holly Erb de la GRC a confirmé que cette brigade verrait bientôt le jour, bien qu’aucune date officielle n’ait encore été fixée.
L’appel des intervenants
Ashley MacDonald, responsable du programme BRAVE du YMCA à Moncton, affirme que les victimes se manifestent davantage, mais que les ressources demeurent insuffisantes.
Pour elle, la bataille ne se gagnera qu’en misant sur la sensibilisation publique : « Plus de gens connaîtront les signes, plus il sera possible d’offrir de l’aide à temps. »
Andrée-Anne Marks, cheffe de justice de Violence Sexuelle Nouveau-Brunswick, insiste : il est urgent de mettre en place un soutien coordonné et massif.
La montée en flèche des cas ne laisse plus de place à l’inaction.
⚖️ En 2025, le Nouveau-Brunswick fait face à une crise de traite humaine sans précédent.
Les prochaines années diront si la future brigade spécialisée parviendra à inverser cette tendance alarmante, ou si la province restera un carrefour du trafic d’êtres humains au Canada.