01/12/2026
Chronique Janvier 2026
L’itinérance cachée
Dans la péninsule acadienne, l’itinérance ne se manifeste pas toujours de façon visible. Elle ne se limite pas aux rues ou aux espaces publics et passe bien souvent inaperçue. Pourtant, l’itinérance cachée représente aujourd’hui la réalité la plus répandue dans notre région, tout en demeurant l’une des moins reconnues.
L’absence de campements visibles ne signifie pas l’absence de souffrance ni de personnes en situation d’itinérance. Certaines personnes doivent le voir pour y croire, mais la détresse peut exister sans se montrer : sur un divan prêté, dans une chambre temporaire ou à quelques pas seulement de chez vous. Cette réalité reste silencieuse, mais elle n’en est pas moins lourde à porter.
L’itinérance cachée, parfois appelée couch surfing, désigne les personnes sans domicile fixe qui trouvent un hébergement temporaire plutôt que de s’installer dans un campement, une voiture ou à l’extérieur. Bien que ces personnes puissent avoir un toit, même temporaire, ces situations sont rarement sécuritaires ou durables. Ne pas avoir de clés, ne pas savoir où l’on dormira le lendemain, dépendre des autres… Cette réalité est complexe et comporte son lot de défis. Même si certains finissent par trouver un endroit de couch surfing relativement stable, la majorité doit passer par plusieurs lieux avant de se sentir réellement en sécurité.
Contrairement à ce que plusieurs pensent, l’itinérance cachée n’est pas un type d’itinérance « moins grave ». Elle peut entraîner une perte d’intimité, un sentiment constant d’insécurité et une exposition à des milieux dangereux. Certaines personnes vivent de la violence, de la négligence, de l’exploitation ou des conditions injustes en échange d’un toit. Personne ne devrait avoir à sacrifier sa sécurité ou sa dignité pour avoir un endroit où dormir.
Même si certains considèrent cela comme un luxe, avoir un toit pour une nuit ne signifie pas être à l’abri. L’accès temporaire à une do**he, à des vêtements propres ou à un repas chaud ne garantit ni la stabilité ni la sécurité. Pour certaines personnes, dormir à l’extérieur peut même sembler moins risqué que certaines options d’hébergement temporaire. Vivre une situation de couch surfing n’est absolument pas moins grave : ce n’est pas parce que les dangers sont moins visibles qu’ils ne sont pas constamment présents.
Parler d’itinérance cachée, c’est rendre visible une réalité trop souvent ignorée. C’est reconnaître que la dignité, la sécurité et la stabilité sont des besoins essentiels, et comprendre que cette réalité peut toucher des personnes de tous âges et de toutes les communautés. Et surtout, ce n’est pas parce que quelqu’un a un toit qu’il est réellement à l’abri.