01/06/2026
En janvier 2011, mon âme a lancé son premier grand cri. Je sentais déjà du haut de mes 22 ans que ma vie ne pouvait pas être une ligne droite, un cadre serré, un rythme effréné. Je commençais ma carrière d'éducatrice en garderie avec entrain, espoir et tellement d'amour au coeur. Sauf que...je sentais mon souffle de vie s'amenuiser.
En quelques mois, j'ai commencé à manquer d'air. Tellement que l'appel du voyage est né en moi alors que cela n'avait jamais vraiment été un projet.
La vie me demandait de réaligner, mais à l'époque, je ne savais pas qu'elle me parlait. Je ne voyais pas encore les signes aussi clairement. J'étais entre deux mondes, entre deux états de conscience. Pleinement souffrante, mais avec cette envie furieuse de me sentir vivante.
Puis, j'ai commencé à être malade parce que je n'avais pas la force de m'offrir plus grand par moi-même. Ma conscience avait besoin de trouver son chemin, un pas à la fois. Je suis donc cliniquement morte au Vénézuela... Méningocoque, perte de motricité, perte d'autonomie avec 45 plaies ouvertes à guérir.
Ça m'aura pris 1 an avant de pouvoir retrouver les enfants à la garderie et de retirer mon dernier pansement. Je me suis accrochée à l'idée de retourner travailler comme l'athlète vise sa ligne d'arrivée. J'avais besoin d'un point de mire sauf que une fois retournée, le malaise est revenu.
J'ai tenté de transposer mon parcours en enseignement au primaire. J'avais besoin de sécurité, d'une ligne tracée. Puis, en 3e année de BAC même chose, le manque de souffle. L'anxiété. L'appel à plus et autrement...
Je suis devenue entrepreneure via cette faille. Ce vide. Cette opportunité de tout quitter... Je n'en avais ni le profil, ni l'ambition. Aujourd'hui, je réalise que j'ai toujours garder un pied dans la porte puisque ce n'était pas la voie que je croyais mienne. Ou plutôt, je ne croyais pas assez en moi pour choisir cette voie.
Ce milieu aussi me faisait peur et il exigeait de moi l'impossible, sauf que, du souffle, je n'en manquais pas. Je venais de trouver un espace où ma croissance, ma vulnérabilité, mes forces et mes blessures était au coeur de mon activité. Et ça, c'était profondément nourrissant et signifiant.
Je réalise que depuis 2014, je n'ai jamais vraiment dit OUI à ma destinée. J'ai relevé de beaux défis, j'ai vécu de grands élans d'ouverture et de fermeture, des moments de visibilité puis de longues périodes à me cacher derrière mes peurs, mes croyances et l'accélération de mon souffle face au vertige qui m'habitait.
Sauf que...à chaque fois que j'ai tenté de fuir, la vie est venue me chercher pour me ramener sur ma route.
Je sais que je suis née pour écrire et pourtant...je n'écris pas tant que ça.
Je sais que je suis une artiste, une poète, et j'ai mis ça de côté.
Je sais que j'ai le potentiel, les idées folles et le coeur pour accompagner et contribuer socialement, mais toute sortes de charges me retiennent.
J'ai consacré 2025 à me libérer de beaucoup de ces charges et je me sens à l'apogée de ma démarche.
Mais cette fois encore, dans une insécurité généralisée face au passage à vide qui s'est invité dans ma vie j'ai voulu choisi le plan B au lieu du plan A. Sauf que avec tout ce que j'ai semé, avec tous les signes et l'historique que j'ai, je pense que de me trouver une job est en fait fuir ma destinée en ne croyant pas suffisant en moi pour y mettre toute mon énergie, mon coeur, ma foi et ma confiance.
J'avais pourtant trouvé un emploi. J'étais certaine qu'il était pour moi et que j'avais même réussi à manifester le salaire que je voulais...puis pouf l'opportunité s'est dissipée d'un coup sec.
J'avais donc commencé à mettre mon CV à jour, puis une fois terminé j'ai ressenti ce poing dans mon plexus. Ce non, je ne peux pas faire ça. Un peu comme la personne devant l'autel qui sait très bien que son mariage n'aura pas lieu...
Pour moi, de toujours chercher à l'extérieur ma sécurité pour remplir le vide au plus vite est un réflexe de survie et c'est ce que je tente ardemment de transcender en ce moment.
Je voudrais un soutien inconditionnel et unanime pour ne pas être ébranlée dans mes doutes.
Je voudrais une certitude que je vais réussir et que je fais la bonne chose.
Sauf que je n'en ai jamais eu avant de sauter... À chacune des étapes de mon parcours. J'ai suivi l'élan et j'ai fermé les yeux...puis les alliés et les opportunités se sont présentés.
Ce passage est un acte de foi. C'est quelque chose que je comprends, que j'ai déjà eu à marcher, mais cette fois, le temps est venu de l'intégrer dans chacune des cellules de mon corps.
De dire oui à ma destinée.
D'arrêter de m'invalider, me juger ou douter de moi.
D'écrire sans savoir ce qui s'écrira...ni dans quel but.
De proposer encore et encore malgré tous les mouvements, les imprévus et les surprises qui s'inviteront.
De rester fidèle à ce que je ressens sans laisser mon mental faire entrave.
Tout est toujours parfait. Il y a longtemps que j'ai adopté cette phrase et pourtant, une partie de moi la remet encore en doute.
Cette fois, je suis invitée à supporter le vertige qui vient avec le OUI ou le NON clair, affirmé et pleinement habité. Sans maladie, sans drame, juste un grand passage à vide plein d'insécurité, de colère, de peine, de peur, mais aussi plein d'émerveillement, de courage, de gratitude et de magie.
Je demande à la vie de m'accompagner sur cette route où je prendrai les plus grands risques de ma vie : celui d'être visible (pour vrai), celui de déranger, celui de réussir, celui de perdre et de gagner sans rien retenir. Celui de marcher sans savoir où je vais et comment j'atteindrai ma destination. Celui de devenir mon propre ancrage et refuge inconditionnel.
Mon âme ressent l'appel à poursuivre sur ce chemin.
Le sacrifice serait plus grand de dévier que de risquer.
Alors, je choisis de réussir. De tout donner. De tout perdre pour mieux me reconstruire.
Même si cela ne me semble pas encore logique et sécurisant. Clair et tangible.
Même si j'ai le vertige.
Même si je vis encore de la résistance et du doute.
Je demande à la vie de déployer sa magie pour me confirmer aussi fort et aussi souvent que possible que je suis en sécurité et que ce chemin que je sens mien est le bon.
Ce texte est un premier cri timide. Pour initier le positionnement. Le virage. Le retour à moi.
Je sais qu'il n'est pas entier, final et viscéral encore...
Il y a bien des couches à libérer pour qu'un système en mode survie puisse s'abandonner à se ce qui se présente à lui.
Mon corps le ressent. Mon âme sait.
Que tout ce qui fait entrave soit dissout.
Que le doute tombe.
Que le courage soit plus fort que la peur.
Comme ça toujours été le cas, à chacun de mes passages.
Je connais ma force. Rien n'est impossible quand on est persuadé qu'on a le droit de recevoir. La vie fait le reste...
C'est une chose d'y croire et de le savoir, s'en ai une autre de l'incarner pleinement de tout son être.
Que la conviction se dépose en moi.
Que ce cri de mon âme ose résonner suffisamment fort pour être entendu et incarné.
*À l'époque, dans ce taxi où la musique latine distorsionnait avec la mort qui s'invitait en moi, je traversais le plus grand passage à vide de ma vie, sans savoir ce qui m'attendait. Aujourd'hui, encore une fois, au bord de la falaise, je sais que ces plaies sur mon corps sont un ancrage pour que je me rappelle la puissance divine du cri de l'âme.
Je me souviens...ce cri spirituel que j'ai poussé dans la mer des caraibes pour que ma vie change. Cette demande désespérée et pleine d'espoir quand j'ai supplié d'être entendue et exaucée.
Me voilà, 15 ans plus t**d, à chercher le courage de pousser un autre cri, sans trauma, sans maladie. Je sens le vent se lever... Je sais que quelque chose de grand se prépare.
Je sens ce cri tout près, encore timide, encore coincé, mais il est là, à la croisée de ma destinée. Et ce n'est pas un hasard s'il me vient en janvier...
Je me laisse porter par les vagues...