01/15/2026
Salut tout le monde !
J’ai pris quelques jours de silence à la suite de la sortie de l’Ordre des psychologues du Québec concernant la thérapie par les constellations familiales. Ce silence était nécessaire pour moi. Un temps de recul pour lire, relire et bien comprendre la position exprimée.
Comme tu le sais déjà, je pratique les constellations familiales depuis maintenant 15 ans, et j’enseigne cette approche depuis près de cinq ans. Chez Évolum, la pratique est rigoureuse, professionnelle, encadrée et profondément respectueuse du cadre légal québécois. Au fil des années, j’ai été témoin — et les témoignages sont nombreux — de l’impact transformateur que cette approche peut avoir sur le mieux-être des participants. Personnellement, c’est aussi l’approche, avec la PNL, qui a eu le plus d’impact dans réalité de vie.
L’idée ici n’est pas de débattre des bienfaits ou non des constellations familiales. Si tu lis ces lignes, c’est probablement que tu connais déjà ce que cette approche peut apporter. Je souhaite plutôt clarifier certains points soulevés dans le document de l’OPQ et mettre au jour ma vision des choses.
POINT #1 : D’abord, lorsqu’il est question de psychodrame, il est important d’apporter certaines nuances. Il existe différentes formes de psychodrame. Certaines relèvent effectivement de la psychothérapie et sont utilisées pour revisiter des événements passés, parfois traumatiques, dans un cadre clinique réservé, avec un objectif de traitement psychique.
Les constellations familiales, telles que je les enseigne et les pratique chez Évolum, n’utilisent pas le psychodrame thérapeutique. Elles s’appuient plutôt sur des formes de psychodrame pédagogique et expressif-créatif, dans une visée de mise en mouvement, de compréhension systémique et de prise de conscience, et non dans un objectif de psychothérapie ou d’exploration psychique approfondie de l’expérience vécue.
Cette distinction est essentielle. Lorsqu’un facilitateur dépasse ce cadre et glisse vers une pratique thérapeutique réservée, il sort alors du champ légal et éthique de l’accompagnement.
POINT #2 : Ensuite, il est important de nommer ce qu’on entend par psychothérapie. À mon sens, la psychothérapie implique un processus engagé dans le temps, avec des rencontres récurrentes et un suivi établi. Les constellations familiales, telles que nous les pratiquons chez Évolum, sont des événements ponctuels. Il n’y a ni suivi thérapeutique ni engagement dans un processus continu. Nous insistons même pour qu’une constellation ne soit pas refaite avant un délai d’un à deux mois.
POINT #3 : Il est vrai que, dans leur forme originelle et dans d’autres pays — aux États-Unis, en Europe, en Amérique du Sud — les constellations familiales peuvent être utilisées dans des contextes qui relèvent de la psychothérapie, souvent en collaboration avec des équipes médicales et de santé mentale. J’ai vraiment hâte que nous en arrivions là !
Au Québec, la Loi 21 change complètement le cadre. Et chez Évolum, nous avons fait une mise à jour consciente et assumée de la pratique. Nous connaissons précisément le terrain qui nous est alloué et nous formons nos étudiants et facilitateurs à reconnaître la ligne claire — et parfois mince — entre accompagnement et psychothérapie.
Je comprends la position de l’Ordre, notamment lorsqu’il s’appuie sur des études menées à l’extérieur du Québec, dans des contextes où ces ajustements n’ont pas été faits. Toutes les pratiques n’ont pas évolué de la même façon.
Et j’aimerais rappeler ceci : il est essentiel de distinguer l’outil de la façon dont on l’utilise. Sinon, ce serait comme condamner le marteau sur les chantiers de constructions parce que certains menuisiers malhabiles ont blessés des compagnons. Ce n’est pas l’outil qui est dangereux, mais l’usage qu’on en fait.
POINT #4 : Les dérives existent. Elles existent partout. En enseignement, en médecine, en psychologie et même chez les curés ! Elles font malheureusement partie de la condition humaine. Cela n’enlève rien au fait que, dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, les constellations familiales ont leur raison d’être et apportent un mieux-être réel et nécessaire.
POINT #5 :Dans un atelier, comme dans tout groupe de soutien, le simple fait de partager une histoire à cœur ouvert, sans être questionné, permet souvent aux autres de réaliser qu’ils ne sont pas seuls. Cela crée un mouvement intérieur. Oui, parfois un changement d’état émotionnel. Et bien souvent, cela suffit déjà à faire du bien.
Or, lorsqu’on se réfère à la notion de « traitement psychologique », on évoque un objectif visant à favoriser des changements significatifs dans le fonctionnement cognitif, émotionnel, comportemental, interpersonnel, voire dans l’état de santé d’une personne. Ce champ est extrêmement vaste. Un changement émotionnel significatif peut survenir dans une multitude de contextes, parfois très simples, parfois complètement inattendus.
Être touché par une parole, se sentir reconnu, vivre un écho à travers l’expérience de l’autre peut déjà entraîner un apaisement, un ajustement relationnel, voire un changement de posture intérieure. Ces effets existent bien au-delà des cadres thérapeutiques formels.
La question se pose alors : où trace-t-on la ligne ? Devrait-on, sous prétexte qu’un partage crée un effet émotionnel ou relationnel, remettre en question l’existence même des groupes de soutien, de l’entraide communautaire et des espaces collectifs de parole ? Ce sont pourtant des lieux essentiels de normalisation, de solidarité et d’humanité partagée.
POINT #6 : Je trouve aussi dommage que certains professionnels membres d’un ordre se voient dans l’obligation de cesser cette pratique sous prétexte qu’elle ne serait pas « prouvée scientifiquement ». La science actuelle repose encore largement sur un paradigme matérialiste.
Pourtant, il existe de nombreuses recherches en phénoménologie et en résonance morphique. Le jour où une science post-matérialiste sera pleinement reconnue, bien des choses seront peut-être regardées autrement. En attendant, ce sont aussi des professionnels — et des patients — qui sont privés d’une approche pouvant être complémentaire et bénéfique.
POINT #7 : Mme Vandevelde mentionne que Bert Hellinger, donnant une notion mystique à l’inconscient familiale, s’éloigne des théorie ….et crée un brouillage et une dérive des concepts d’incident et d’inconscient familiale. Je tient à souligner que Bert Hellinger parle plutôt de conscience familiale, collective et spirituel, ce qui pour moi fait une énorme différence.
POINT #8 : Enfin, j’aimerais nommer une valeur qui me tient profondément à cœur : le pouvoir du choix. Je comprends et je respecte la mission de l’OPQ de vouloir protéger le public. C’est essentiel. Mais je crois aussi qu’il faut rester vigilant pour ne pas glisser vers l’infantilisation ou le paternalisme, en retirant aux citoyens leur capacité de discernement et leur liberté de choisir ce qui leur convient.
Tous les métiers de l’accompagnement travaillent sans cesse avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. C’est épuisant pour tous, insécurisant et, malheureusement, ce stress a déjà eu raison de plus d’un. Alors même que nous traversons une époque où l’aide est plus que jamais nécessaire. Il est grand temps de regarder les choses autrement.
J’ose encore croire qu’un jour, nous pourrons collaborer davantage entre les différentes sphères, pour le bien-être de la santé mentale à tous les niveaux. Peut-être est-ce idéaliste. Peut-être suis-je une grande rêveuse. Je crois sincèrement que c’est ensemble que nous pouvons construire une société plus consciente, plus responsable et plus humaine.
Mucho love 💜
Ariane