12/20/2025
19 décembre
La guirlande qui clignote tout autour de toi
Le sapin clignote dans le salon comme un avertissement lumineux. C’est beau, bien sûr. C’est toujours beau, un sapin. Mais plus les lumières clignotent, plus ton cœur fait pareil. Tu regardes ton agenda du mois de décembre et t’as presque le goût de pleurer. Soupers de famille, partys de bureau, brunchs improvisés, échanges de cadeaux avec les amis qu’on voit jamais mais qu’il faut absolument voir avant Noël. Chaque case est pleine. Et pourtant, toi, t’es vide.
Ça fait deux semaines que tu cours après du papier d’emballage, des bas de Noël identiques pour tout le monde, des petites attentions qui finissent dans un fond d’armoire. Tu t’endors en pensant au menu du réveillon et tu te réveilles avec un nœud dans le ventre.
Un beau nœud rouge, bien serré, avec une étiquette qui dit : à moi-même, de la part de mon anxiété.
Tu t’inventes des stratégies de survie, comme te stationner dans la rue pour pouvoir t’en aller sans faire de drama, ou garder ton manteau sur le dossier de la chaise juste en cas. Tu te dis que tout le monde trouve ça stressant un peu, mais au fond tu le sais, t’es déjà épuisé avant même que ça commence.
Chaque année, c’est la même pièce de théâtre. Les dialogues changent pas, les acteurs non plus. Tu sais déjà qui va te parler de ton poids, de ton célibat, de ton travail ou de la façon dont tu élèves ton enfant. Tu sais qui va trop boire, qui va tout contrôler, qui va se vexer pour une niaiserie. Et toi, t’es là, à sourire poliment, à dire que tout va bien, à avaler ta salive avec ton malaise. T’as pratiqué ton rôle. Tu le joues depuis l’enfance.
Tu penses au film La Famille Stone. Ce chaos bienveillant où tout le monde s’aime, mais pas toujours comme il faut. Tu te reconnais là-dedans. Parce que même dans les familles aimantes, il y a des dynamiques qui usent. Des moments où l’amour fait du bruit, où la bienveillance vire à l’invasion, où on t’aime tellement qu’on t’étouffe un peu. Et plus les années passent, plus tu te demandes à quel moment c’est devenu normal de s’oublier pour ne pas déranger.
Tu voudrais aimer les Fêtes pour ce qu’elles sont censées être. La chaleur, la lumière, la douceur. Mais elles finissent souvent par ressembler à un marathon émotionnel. Une course entre ce que t’as envie de vivre et ce que tu crois devoir faire.
Tu dis oui à tout le monde, tu souris, tu remercies, tu cuisines trop, tu dors mal. T’as peur de décevoir, peur de froisser, peur de te faire juger. Alors tu t’effaces un peu plus chaque année, jusqu’à devenir spectateur de ta propre vie, un figurant dans ton propre Noël.
P*s pourtant, tu le sens que ça te gruge. Dans le fond de ta poitrine, il y a un petit signal d’alarme qui clignote. Un trop-plein que t’ignores. Une fatigue qui ressemble à du chagrin.
T’as envie d’appuyer sur pause, de respirer, de revenir à quelque chose de simple. Mais ça aussi, ça t’angoisse. Parce qu’on t’a appris qu’être aimable, c’est être disponible. Qu’aimer, c’est se taire. Qu’avoir des limites, c’est être égoïste.
Pourtant penser à soi en premier, c’est la base pour être capable d’être là pour les autres après.
Mais la casquette dans ta tête, c’est pas ce qu’elle te répète en boucle.
Alors tu continues. Jusqu’au moment où ton corps, lui, dit stop. T’as la gorge serrée pendant le souper, la tête lourde, le cœur qui bat plus fort qu’il ne faudrait. Tu souris encore, mais t’as envie de pleurer. Et c’est souvent là, entre la bûche et la vaisselle, que tu réalises que t’en peux plus.
Peut-être que c’est ça, le vrai moment de Noël. Pas le toast au champagne, pas la photo de famille. Le moment où tu te regardes dans le miroir de la salle de bain, les mains sur le comptoir, et que tu te demandes : est-ce que j’ai encore envie de vivre les Fêtes comme ça ?
Tu penses à toutes les fois où t’as dit oui en sachant que tu disais non (Penses à Nathan Scott et mon texte d’hier!). À toutes les soirées où t’as ri pour sauver la paix. À toutes les discussions où t’as ravalé tes mots. Et tu comprends que c’est pas ton manque d’esprit festif le problème. C’est ton trop-plein de loyauté.
Peut-être que les limites, c’est pas un mur. C’est une guirlande de lumière qu’on installe autour de soi pour ne pas se perdre dans le noir. C’est dire je t’aime, mais pas ce soir. Je t’aime, mais j’ai besoin de calme. Je t’aime, mais j’ai besoin de moi.
Alors tu rentres chez toi, plus tôt cette fois. Tu retires tes bottes, ton manteau, ton rôle. Tu respires. Tu mets ton pyjama préféré. Le silence s’installe, pas lourd, pas triste. Juste apaisant.
Le sapin brille doucement, plus pour toi que pour les autres. Tu réalises que c’est peut-être ça, ton Noël cette année.
Pas de grand buffet, pas de foule, pas de performance. Juste toi, ton chien, ton film réconfort et cette paix fragile qui te dit : tu fais bien. Tu fais enfin bien.
Et quand quelqu’un te dira que t’exagères, que c’est juste une fois par année, tu penseras à ton cœur, à ton souffle, à ton corps qui te dit merci.
Tu penseras à la lumière de ton sapin, qui clignote encore, mais un peu plus lentement. Calme. Stable.
Cette année, t’as pas tout fait. T’as pas tout vu. T’as peut-être déçu quelques personnes. Mais t’as respecté ta limite. Et dans un monde où tout le monde veut briller plus fort, toi, t’as choisi de briller juste assez.
Et si tu veux enfin savoir comment faire, contacte-nous!