12/29/2025
Sans doute pour l’exorciser, pour la partager, pour exprimer ma gratitude et pour témoigner d’une réalité qui pourrait aussi vous arriver, permettez-moi de vous raconter l’aventure que j’ai vécue en 2025.
Au début du mois de janvier, je détecte une petite bosse de la grosseur d’une bille, dans mon cou. On n’aime pas ça les petites bosses. Je consulte donc rapidement et suite à des examens et à une biopsie, l’ORL conclut que c’est un ganglion hypertrophié qu’on enlèvera éventuellement. Le rapport de la biopsie ne me semble pas si formel, j’ai des doutes mais je me rassure, préférant croire le spécialiste. Heureusement, une autre médecin, celle-là même qui m’avait opéré en 2015 pour tout autre chose et qui continue de suivre mon état de santé n’est pas convaincue non plus. N’eût été de son instinct, la suite aurait pu être tout autre. Bien que n’ayant aucun symptôme, à sa demande et à son insistance, j’accepte de passer un TEP-Scan, un examen qui consiste à détecter toute forme de cancer dans le corps tout entier.
Le 16 juin, je me présente au rendez-vous pour obtenir les résultats avec la conviction que tout est parfait et que l’examen confirmera le diagnostic de l’ORL. Avec infiniment de tristesse dans le regard, ma fée médecin m’annonce que le ganglion dans mon cou s’avère être malin et qu’un autre s’est révélé clairement dans mon poumon gauche. J’ai deux cancers ! Je reçois l’information comme un coup de massue en pleine face, mon cerveau ne comprend pas mais tout mon système réagit, ou plutôt ne réagit pas, je suis en état de choc, je suis KO. Je remercie néanmoins ma fée médecin d’avoir insisté pour l’examen. Je réalise qu’elle m’a sauvé la vie, ni plus ni moins.
Je suis rapidement prise en charge, je rencontre l’oncologue, la chirurgienne, la radio-oncologue, l’infirmière pivot et de nombreux examens s’enchaînent, tous plus intrusifs les uns que les autres. Tout ce cirque génère énormément de stress que je peine à conscientiser. Tous les examens complétés, l’attente des résultats me semble insurmontable. Le diagnostic tombe, ces deux cancers sont distincts l’un de l’autre et ils sont tous les deux à des stades PRÉCOCES, TRAITABLES ET GUÉRISSABLES. Je m’accrocherai à ces trois mots tout au long du tsunami que je vivrai dans les prochains mois.
Le plan de traitements est établi. Le p’tit malin (j’ai mis du temps avant de le nommer) du poumon est plus urgent, plus agressif que celui du ganglion qui est à l’état latent. Il l’est encore d’ailleurs. Ce sera donc trois traitements de chimio-immunothérapie pour faire réduire la tumeur. On me dit que j’ai la santé pour passer au travers et que les trois traitements seront costauds. La tumeur doit diminuer pour éviter l’ablation complète de mon poumon. Bien qu’il soit petit, il est mal situé et la chirurgie sera des plus délicates. Ça va vite, pas le temps de vraiment revenir de l’électrochoc.
Mon désarroi m’incite à appeler mes amies, ma famille, les organismes de soutien, j’ai besoin d’aide. Je suis enchantée des appuis que je reçois, au-delà de mes espérances. Me voilà donc bien entourée, plus que je n’aurais pu l’imaginer. J’ai énormément de gratitude envers ceux et celles qui m’accompagnent à mes rendez-vous, qui prennent de mes nouvelles quotidiennement et qui m’envoient des messages de douceur et de bienveillance avec assiduité, ce dont j’ai le plus besoin. Ce sont mes proches de longue date et de nouvelles qui se greffent de façon inattendue et appropriée tout le long du parcours. Un million de fois merci pour être à mes côtés à chaque fois que j’en ai besoin.
J’ai le grand bonheur d’être animatrice d’ateliers de Journal créatif et c’est ma passion, ma mission. C’est donc à regret que je mets ma vie professionnelle sur pause et que j’annule les ateliers prévus pour le reste de l’année. Depuis le 16 juin jusqu’à aujourd’hui, à tous les jours je plonge dans mon cahier et j’exprime mes émotions et mes états d’âme en écriture, en dessin et en collage. À chaque fois j’en ressors plus apaisée, plus confiante. J’y puise la force, le courage et une inébranlable foi que je vais guérir. Je découvre en moi une volonté de vivre qui me pousse à mobiliser toutes mes énergies en ce sens. La méditation, la visualisation, l’exercice, l’alimentation, j’utilise tout mon coffre à outils développé au fil des années. Plutôt que de m’en remettre uniquement aux médecins et aux traitements, je décide de faire ma part en étant persuadée que cela contribue à la réussite des traitements. De nombreuses études scientifiques l’ont prouvé depuis longtemps, à commencer par Carl Simonton, oncologue, qui en 1974 était convaincu que l’implication volontaire du malade faisait la différence dans la guérison. Il effectuera des recherches qui s’avéreront concluantes en ce sens et les méthodes qu’il a développées sont à ce jour reconnues mondialement. Plus près de nous, le Dr Christian Boukaram, cancérologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, a écrit le livre intitulé « Le pouvoir anticancer des émotions ».
Les traitements de chimio-immunothérapie commencent donc. Les perfusions durent 6 heures pendant lesquelles je sens qu’une soupe chimique parcourt toutes les veines de mon corps. Ceci demande une motivation inébranlable que c’est la bonne chose à faire pour tuer le cancer et que c’est ce que la science a de mieux à m’offrir ici et maintenant, tout en sachant que cette potion magique ne détruit pas que les cellules malsaines. Je choisis de faire confiance même si l’anxiété me tenaille constamment.
De retour à la maison, je scrute avec appréhension la liste des effets secondaires écrits sur un carton aimanté sur mon frigo que m’avait remis l’infirmière pivot à notre première rencontre. Je surveille donc attentivement. Survient celui que j’appréhendais le plus, la chute des globules blancs, courant dans ce genre de traitement. Je fais 40 de fièvre et je dois me rendre aux urgences de l’hôpital. J’y reste trois jours en isolement, le temps de stabiliser mon système immunitaire. C’est d’ailleurs durant ce séjour que mes cheveux décident de tomber, je le constate avec stupeur sur mon oreiller. Aussitôt rentrée à la maison, un ami rase mon crâne à zéro, c’est l’été, je me fais accroire que ce n’est pas grave, que ça repoussera.
Pour ne pas que la neutropénie se reproduise, l’oncologue ajuste la dose et les deux autres traitements se passent relativement bien, comportant néanmoins les effets de fatigue, de nausées, de brouillard mental et de rash cutané. Grâce à la recherche sur le cancer, les effets secondaires sont très documentés et ils ont toujours une solution. Stressant quand même. La visualisation pratiquée deux fois par jour contribue à me faire tenir le cap.
Les trois traitements terminés, j’ai sept semaines pour refaire mes forces, la chirurgie est prévue le 6 novembre. J’essaye de profiter de cette accalmie mais plus l’échéance approche et plus je suis stressée (je ne pensais pas pouvoir l’être davantage).
Je suis soignée à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. La clinique ambulatoire est moderne mais aux étages d’hospitalisation tout est vétuste, exigu, surchauffé, en pannes d’ascenseur récurrentes, en système de communication inadéquat. Un établissement de santé où le personnel, compétent, fait de son mieux tout en étant constamment en surchauffe dans tous les sens du terme. Des conditions inadmissibles aux étages de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Une médecine de brousse, comme dit mon oncologue.
Heureusement que cet hôpital a en ses murs des spécialistes renommés dans leur domaine qui font tout en leur pouvoir pour sauver des vies quand c’est possible, au meilleur de leurs connaissances et pour la très grande majorité, au meilleur de leur humanité.
Durant mes deux hospitalisations, je rencontre beaucoup d’anges parmi les infirmières, les préposées ou les secrétaires, l’infirmière pivot. J’ai pu connecter dans plusieurs moments de vulnérabilité avec ces femmes, pour la plupart venues des quatre coins du monde, des femmes qui avaient été témoins de la misère humaine, qui me soignent et me réconfortent. Certaines ont partagé leur vécu et leurs croyances avec moi, j’ai toujours leurs visages en mémoire.
Je ne sais qui remercier pour avoir choisi pour m’opérer une chirurgienne de très grande expérience en ce genre d’intervention délicate. Minutieuse, rigoureuse, patiente et dédiée à ses patients, je n’aurais pu choisir mieux. Je lui raconte le journal que je tiens, les grandes marches que je fais, la conviction profonde que je vais guérir. Elle me dit, sans me ménager, le risque possible qu’elle doive me retirer le poumon au complet, ce qui diminuerait ma qualité de vie. Je suis terrifiée mais je continue de m’accrocher à ma bonne étoile. Je sens sa confiance en ma force physique et à ma bonne santé générale, elle me le dit souvent, ce qui m’encourage beaucoup. À ça aussi je vais m’accrocher. L’attitude positive du patient est primordiale, celle du soignant l’est tout autant.
L’opération dure 8 h 30. Ma merveilleuse chirurgienne, avec infiniment de précautions, réussit à sauver la moitié de mon poumon gauche. Victoire ! Nous sommes soulagées toutes les deux et il va sans dire que je lui suis d’une reconnaissance extrême. La chirurgie fut longue et éprouvante pour tout mon système et je me sens comme si un dix-roues m’est passé sur le corps, me laissant des côtes endolories, une cicatrice de dix pouces dans le dos, des bleus en dedans comme en dehors, ahurie, héberluée mais quand même soulagée du résultat.
Cela fait maintenant presque deux mois que je suis en convalescence. Le résultat de la pathologie suite à la chirurgie indique qu’il n’y a plus de trace de cancer dans mon poumon et que celui-ci est déjà en train de se régénérer. Alleluia ! Je ne le crois pas. Malgré le stress postopératoire, je vais de mieux en mieux et je suis maintenant en mesure de marcher 4 km par jour, d’un bon pas. Il faudra du temps et de la patience pour que mon corps retrouve ses fonctions normales et mon poumon toutes ses capacités respiratoires.
Et le ganglion, me direz-vous ? Il est prévu deux traitements de radiothérapie au mois de janvier pour l’enrayer. Ce n’est rien à côté de ce que je viens de traverser. Je me plais à croire que ce ganglion a été là uniquement pour m’avertir d’un plus grand danger. Qui sait.
J’estime avoir été chanceuse dans ma malchance. Personne n’est à l’abri d’un tel diagnostic et tous n’y survivront pas. En cette veille d’une nouvelle année, je vous demande de vous arrêter un moment pour apprécier la vie et de sentir que vous faites partie des privilégiés qui n’ont pas à affronter cette maladie beaucoup trop répandue.
Prenez soin de vous. Santé tout le monde !