04/09/2026
De plus en plus de jeunes Québécois se tournent vers l'Église, un phénomène qui n'a pas manqué d'attirer l'attention des médias.
Mathieu Bock-Côté, pour sa part, traite du sujet sous un angle que l'on pourrait qualifier de positif.
Laissant le côté technique de la chose que les autres médias ont largement couvert (les réseaux sociaux), il se penche sur la soif de sens qu'il voit dans une jeunesse perdue dans le néant du nihilisme moderne.
Comme d'autres, il mentionne cette recherche de racines culturelles qui guiderait plus d'un à revenir à la religion de leurs ancêtres. MBC suggère avec justesse qu'une recherche de transcendance ou de dépassement de soi anime cette jeunesse désenchantée par ce monde purement matérialiste. MBC remarque également que l'homme a besoin de croire qu'il ne vient pas de nulle part et que tout ne se termine pas dans le néant.
MBC voit sans doute d'un bon œil ce retour à la foi chez les jeunes parce qu'il aime l'ordre, la stabilité et la beauté de la civilisation chrétienne. Cet ordre toutefois est le résultat de la morale chrétienne (les « valeurs conservatrices » dénoncées par Manon Massé) animée par la foi — les trois vont ensemble. Espérons que MBC le comprenne et le désire également.
Cependant, comme les autres, MBC glisse à la surface de la question en l'abordant avec un œil purement mondain. La façon dont il envisage le converti est d'ailleurs assez étrange, ceux-ci, dit-il « ont envie de croire, presque le besoin, et alors, peut-être croient-ils un peu. La pratique religieuse pourra leur permettre, peu à peu, de consolider leur foi, d’en faire une dimension plus ou moins centrale de leur existence. La prière est un exercice. »
De désirer croire, ou de se dire qu'il y a peut-être un Dieu, à croire fermement en la Sainte Trinité, il y a un grand pas. Et qu'en est-il de la recherche de la vérité, dont personne ne parle, qui habite tous ces jeunes ? Qui va parler de cette cohérence morale, spirituelle et rationnelle que ces convertis trouveront dans l'Église ? Ce n'est pas exactement le portrait du nouveau baptisé que décrit MBC, ceux-ci en général brûlent d'une ardeur qui étonne plus d'un catholique du berceau.
Il est vrai que la grâce échappe à toutes considérations humaines, et peut-être que Dieu a choisi cette heure pour raviver un peuple autrefois si chrétien.
Comment les autres médias traitent-ils le sujet ? Cette nette augmentation de baptêmes de jeunes adultes nécessitait pour eux une explication : les médias sociaux ! Comme en témoigne ce titre de TVA Nouvelles : « “Une nouvelle image de l’Église”: quand TikTok et Instagram ramènent nos jeunes dans la religion ».
La solitude moderne et la quête d'identité pousseraient certains jeunes à se chercher une communauté ou à retourner à la religion de leurs ancêtres. Ces jeunes ne manquent pas de tomber sur le contenu de plus en plus présent sur les réseaux sociaux d'« influenceurs » catholiques. Ajoutez à cela l'atmosphère un rien apocalyptique de conflits et d'avant-goût de récession et vous avez apparemment la recette du retour à la religion, selon les médias.
Ce constat, qui semble banal chez certains, prend une tournure nettement négative chez d'autres, si l'on en croit ce titre du Journal de Québec : « Les jeunes en quête de foi poussés vers l’extrémisme religieux par les réseaux sociaux ? »
Une experte consultée par LCN pour expliquer ce phénomène de conversions attribué aux réseaux sociaux, croit nécessaire de mettre en garde contre l'« extrémisme religieux » (reste à savoir ce qu'elle entend par là) que lesdits réseaux seraient propice à diffuser. Selon le JdQ :
« “C’est un couteau à double tranchant, c’est-à-dire que ce que permet de faire la religion — il faut quand même se rappeler qu’elle est arrivée dans l’humanité à partir du moment où l’humain a pris conscience de sa propre mort — elle répond à ce besoin de quête de sens et c’est ce qu’elle permet d’apporter aux jeunes d’aujourd’hui”, indique Mme Canseliet. »
Vous l'aurez compris, la plupart des médias étudieront la question d'un point de vue athée.
La chercheuse avertit que l'isolement où vie l'homme moderne, en partie à cause des réseaux sociaux qui poussent les gens à préférer les interactions virtuelles aux vraies interactions, rendrait donc les gens plus vulnérables aux messages transmis par les réseaux, lesquelles, souligne-t-elle, favorisent par les préférences que les gens manifestent une sorte de « chambre d'écho » dont les autres messages seraient filtrés.
Que l'on rassure Mme Canseliet qui préconise de « créer de véritables liens en personne », la conversion à l'Église amène normalement la personne à fréquenter une paroisse hebdomadairement et donc à tisser des liens avec ses coreligionnaires.
Les réseaux sociaux comptent-ils pour beaucoup dans ce phénomène de conversion ? Peut-être, mais ils ne sauraient tout expliquer.
Ce mouvement n'aura évidemment pas pu échapper à l'attention des politiciens. Quand un politicien juge qu'il est préférable de ne pas combattre un mouvement, il tente de le réorienter, et c'est ce que Manon Massé tente de faire, si l'on en croit ce titre du Journal de Montréal qui résume son propos : « Engouement des jeunes pour l’Église: oui à la spiritualité, attention au conservatisme », suivi de cette citation de Manon Massé : « Demeurez critiques, parce que par exemple, moi, Manon Massé, je vous rappelle que dans cette église-là, je suis une grande pécheresse ».
Ce n’est pas que Manon Massé reconnaîtrait son manque de vertus au sein d'une église à laquelle elle adhérerait, mais que ladite église condamne son mode de vie. Selon le JdM :
« “Que des gens qui trouvent une foi, qui se reconnaissent dans le message de Jésus-Christ, je leur dis, ‘Let’s go, allez-y, pas de trouble’ ! Mais demeurez critiques, parce que par exemple, moi, Manon Massé, je vous rappelle que dans cette église-là, je suis une grande pécheresse”, lance la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques ».
Manon Massé propose ici la quadrature du cercle, ou se reconnaître dans le message du Christ tout en ignorant ses appels au repentir. Elle propose en fait de suivre une « spiritualité », comme la sienne, qui n'entraîne aucune morale (les « valeurs conservatrices »).
Beaucoup de bruits pour ne rien dire, la vraie question est : le Québec connaîtra-t-il un renouveau chrétien, pro-vie et pro-famille ? L’avenir nous le dira.