01/23/2026
Avoir une cicatrice après une naissance, c'est souvent porter l'oeuvre de quelqu'un d'autre.
Quand notre corps change pendant la grossesse, c'est notre corps qui change sous les contraintes de notre miracle. S'il craque, s'il prend de l'expansion, s'il change de couleur, s'il fait mal... toujours, ça vient de nous, de notre bébé, de la danse entre les deux.
C'est parfois difficile à accepter, mais au final, ça reste nous. Notre corps, notre changement, notre adaptation.
J'aurais aimé avoir eu juste ça à vivre.
Mais je porte les œuvres des autres, pour toujours, et ce n'est pas moi qui aie choisi les artistes 💔
Deux cicatrices, deux nouvelles parties de moi qui sont apparues soudainement, qui font parties de la grande histoire de mes enfants.
Mes cicatrices.
Mais aussi celle de Catherine, entre mes jambes. Et celle de Marc, sur le bas de mon ventre.
Deux inconnus, que j'aurai rencontrés à peine quelques heures avant la naissance, qui pourtant m'auront marqués pour toujours.
Je n'ai pas de solutions à ce problème, je n'aurais pas voulu me recoudre moi-même, je n'en aurais pas non plus été capable de toute façon. Mais j'aurais aimé pouvoir porter les œuvres de quelqu'un qui aurait été significatif pour moi, qui aurait fait partie de mon histoire, pas juste d'un coup de vent à la fin.
J'aurais aimé que ça soit l'oeuvre d'Andréanne, sur le bas de mon ventre. Andréanne qui était là quand on a entendu le cœur de notre coco mon amoureux et moi et qui a eu les yeux pleins d'eaux avec nous, qui a vu le fleuve de ma grossesse me transporter et me transformer.
Ça aurait été moins lourd, subir les conséquences de la cicatrice, si ça avait été elle qui l'avait fait.
Mais j'ai eu Marc. Marc poli, Marc qui a pris son temps, Marc qui a été compétent... Mais un inconnu. Vite venu, et vite parti, jamais revu. Je ne suis même pas certaine si son nom, c'était Marc. Mais je verrai sa marque tous les jours sur ma peau, de ma vie jusqu'à ma mort.
J'aurais aimé que ça soit l'oeuvre de Julie Anne, sur mon périnée. Julie Anne qui a pris le temps de me demander "qu'est-ce que tu attends de moi?" pendant une rencontre prénatale. Julie Anne, enceinte, qui m'a quand même permis de venir beaucoup trop tôt à la maison de naissance, parce qu'elle savait et comprenait à quel point c'était crucial pour moi.
J'aurais été moins fâché, si ça avait été elle qui m'avait cousu un peu tout croche. J'aurais compris, je lui aurais pardonné, je sais qu'elle aurait fait de son mieux.
Mais j'ai eu Catherine. Catherine froide, Catherine inconnue, Catherine qui a exigé que la musique que j'avais choisie pour la naissance de ma fille soit fermée en entrant dans la pièce. Est-ce que j'aurai ravalé ma colère plus vite si j'avais par exemple su qu'elle avait un bébé difficile à la maison, qu'elle était épuisée à cause de ça? Sans doute. La cicatrice aurait été tout autant douloureuse, mais j'aurais pu raconter une histoire sur son artiste, et l'ajouter à la mienne.
Je porte des tatouages sur moi. Ils sont imparfaits, tous les tatouages sont imparfaits, et c'est ok, je n'attendais pas de perfection. Je les porte pour toujours, mes tatouages de naissance, ils sont à moi maintenant, que je le veuille ou non. Ils étaient nécessaires et c'est ok.
J'aurais juste préféré ne pas avoir à porter le dessin d'un inconnu dans ma chair.
J'aurais juste préféré avoir connu un peu leur artiste.
Ça aurait été un peu plus facile d' accepter les conséquences de leur œuvre, je suppose 💔
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Dites moi que je ne suis pas la seule à avoir eu cette réflexion 😅 ?
Photo par MPier Doula Photographe