01/14/2026
“L’excellent éditorial de Stéphanie Grammond « À notre santé ! 1 » expose avec une grande justesse l’urgence de réorienter notre boussole collective de la gestion de la maladie vers la promotion active d’un mode de vie sain. Nous appuyons sans réserve cet appel. Plus encore, des données récentes sur les maladies infectieuses transforment cette urgence en un impératif de sécurité nationale, qui interpelle autant les décideurs que les citoyens.
La pandémie de COVID-19 a été un puissant révélateur, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’a confirmé en décembre 2025 : l’obésité péjore le pronostic des maladies infectieuses. Nos propres analyses statistiques, basées sur les données de 23 pays de l’OCDE, font ressortir une corrélation directe et alarmante entre la prévalence de l’obésité et la mortalité liée à la COVID-19. Ce constat dépasse la seule gestion des maladies chroniques ; il s’agit de notre résilience collective face aux futures pandémies, qui surviendront inévitablement.
Face à cette menace, deux grandes stratégies se dessinent. La première consiste à augmenter massivement les ressources du système de santé. La comparaison entre le Canada et la Norvège est éclairante : avec une prévalence d’obésité similaire, la Norvège, dont les effectifs en santé sont proportionnellement presque doubles des nôtres, a connu une mortalité par COVID-19 bien moindre. Cependant, dans le contexte québécois de ressources limitées, viser un tel modèle est irréaliste.
La seconde stratégie, plus pragmatique et puissante, nous ramène à l’essence de l’éditorial de Mme Grammond : la prévention, et plus spécifiquement la lutte contre l’obésité.
Nos analyses indiquent qu’une réduction de 5 % de la population en surpoids au Québec aurait pu prévenir près de 19 % des décès dus à la COVID-19 en 2020. Pour atteindre un résultat équivalent par l’embauche, il aurait fallu recruter plus de 9200 professionnels de la santé.
L’investissement dans la prévention, notamment par la promotion d’un mode de vie physiquement actif, n’est donc pas une dépense, mais une stratégie rentable pour notre sécurité sanitaire.
Un usage pour les milliards des cigarettiers
L’activité physique est la véritable « pilule miracle ». Elle ne se contente pas de prévenir les maladies chroniques ; elle renforce directement notre système immunitaire, notre première ligne de défense contre les infections. Il est temps de cesser de la considérer comme un simple loisir pour en faire une priorité de santé publique. Cela exige des actions gouvernementales audacieuses.
Pourquoi ne pas consacrer une part substantielle des 6,7 milliards de dollars issus des recours contre les cigarettiers à la création et à l’entretien d’infrastructures sportives de proximité, accessibles et gratuites ?
Pourquoi ne pas instaurer un programme national de « santé par l’activité physique », où les médecins pourraient transférer leurs patients à des kinésiologues, avec remboursement par la Régie de l’assurance maladie du Québec ? Ces professionnels de la santé assureraient pour ces patients de plus en plus nombreux un approche holistique. Cette prise en charge allégerait la progression des dépenses sanitaires qui fragilisent de plus en plus l’accessibilité aux services de santé.
L’État doit créer un environnement propice à la santé, en rendant les choix sains plus faciles, comme le suggère la loupe nutritionnelle. Mais il doit aussi oser parler de responsabilisation. Le discours déterministe, qui présente l’obésité comme une fatalité génétique ou purement sociale, déresponsabilise et mène à l’inaction. S’il est indéniable que les facteurs socioéconomiques jouent un rôle, la capacité d’agir de chacun demeure cruciale.
Prendre en main sa santé par une meilleure alimentation et, surtout, par un mode de vie physiquement actif, n’est plus seulement un choix personnel. C’est un acte citoyen de responsabilisation personnelle et une contribution directe à la préservation de notre système de santé. En 2026, souhaitons-nous la santé, et engageons-nous, individuellement et collectivement, à la construire activement. Notre avenir en dépend.”