04/20/2026
🦠 Les antibiotiques : un trésor à protéger
Depuis leur découverte dans les années 1940, les antibiotiques ont révolutionné la médecine. Infections graves, chirurgies, chimiothérapies — sans ces médicaments, des millions de vies seraient en danger chaque année. Pourtant, aujourd'hui, leur efficacité est menacée par un phénomène que l'on appelle la résistance bactérienne aux antibiotiques.
Mais de quoi s'agit-il exactement ?
Quand on utilise un antibiotique, la grande majorité des bactéries ciblées sont éliminées. Mais certaines, naturellement plus robustes, survivent et se multiplient. Au fil du temps, ces bactéries « résistantes » deviennent dominantes, et l'antibiotique ne fait plus son travail.
Plus d'un quart des Canadiens croient à tort que les antibiotiques sont efficaces contre les rhumes, les grippes et les virus — ce qui mène à des prescriptions inutiles et accélère ce phénomène.
Il est important de comprendre que c'est la bactérie qui devient résistante, et non notre corps.
Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), une infection bactérienne sur six dans le monde résiste désormais aux antibiotiques courants, compromettant l'efficacité des traitements essentiels. Les chiffres sont alarmants : la résistance aux antimicrobiens a été directement responsable de 1,27 million de décès en 2019 et a contribué à près de cinq millions de décès dans le monde.
Au Canada, la situation est préoccupante elle aussi. On estime que la résistance aux antimicrobiens a causé 5 400 décès au Canada en 2018. De plus, environ un tiers des Canadiens (33,9 %) ont déclaré avoir utilisé des antibiotiques au cours des 12 derniers mois, et environ 22,5 % des prescriptions ont été jugées inappropriées dans les hôpitaux canadiens — ce qui signifie que de nombreux antibiotiques sont prescrits sans véritable nécessité médicale.
Que peut-on faire concrètement ?
La bonne nouvelle, c'est que chacun d'entre nous peut agir. Voici les recommandations fondées sur les données probantes :
Ne pas demander d'antibiotiques pour un rhume, une grippe ou une infection virale. Ces médicaments sont inefficaces contre les virus.
Toujours terminer sa prescription si un antibiotique est bel et bien prescrit, même si on se sent mieux avant la fin du traitement.
Ne jamais prendre les antibiotiques d'une autre personne ou utiliser des restes d'une ancienne prescription.
Faire confiance à votre médecin : si aucun antibiotique n'est prescrit, c'est que votre infection ne le nécessite probablement pas.
On estime qu'en 2018, la résistance aux antimicrobiens a coûté environ 1,4 milliard de dollars au système de santé canadien. Face à ce constat, le gouvernement du Canada a annoncé en 2024 un financement sur 3 ans pour l'élaboration de lignes directrices nationales sur la prescription d'antimicrobiens, dans le but d'améliorer les pratiques de prescription.
Protéger les antibiotiques, c'est protéger notre capacité collective à soigner les générations futures. Un usage responsable aujourd'hui, c'est un outil de santé préservé pour demain.
Pour toute question sur votre traitement, n'hésitez pas à consulter votre professionnel de la santé ou votre pharmacien.
- Texte écrit par Astrid Carignan, externe en médecine (Faculté de Médecine, Campus de Lévis), en stage au GMF Rive-de-l'Etchemin