04/19/2026
Comment le dysfonctionnement neurologique post-COVID se manifeste à travers les tests oculomoteurs
Par Dr David Traster, DC, MS, DACNB
Co-propriétaire, The Neurologic Wellness Institute
Boca Raton • Chicago • Waukesha • Wood Dale
www.neurologicwellnessinstitute.com
Pour de nombreux patients, la COVID-19 ne se termine pas lorsque l’infection disparaît. Au contraire, elle persiste — modifiant silencieusement la façon dont le cerveau traite le mouvement, la vision et la pensée. Les patients décrivent un brouillard cérébral, des étourdissements, un inconfort visuel, un ralentissement de la pensée et une incapacité à se concentrer. Ces symptômes sont souvent minimisés ou difficiles à quantifier. Pourtant, en profondeur, un dysfonctionnement neurologique mesurable peut être en train de se produire.
Une étude récente a exploré cette question à travers un outil puissant : les yeux. En analysant les mouvements oculaires, le temps de réaction, la fonction vestibulaire et le contrôle cognitif, les chercheurs ont cherché à déterminer si les symptômes neurologiques post-COVID pouvaient être détectés de manière objective. Ce qu’ils ont découvert remet en question l’idée selon laquelle ces symptômes seraient purement subjectifs — et révèle plutôt un schéma de dysfonctionnement qui peut être mesuré, cartographié et compris.
Pourquoi les mouvements oculaires sont-ils importants ?
Les mouvements oculaires ne concernent pas seulement la vision. Ils constituent l’un des reflets les plus sensibles de la fonction cérébrale. Pour déplacer les yeux de manière fluide, suivre un objet en mouvement, supprimer une réponse automatique ou prédire où quelque chose apparaîtra ensuite, le cerveau doit intégrer de multiples systèmes — réseaux corticaux, circuits de timing cérébelleux, inhibition des ganglions de la base et coordination du tronc cérébral.
Pour cette raison, les perturbations subtiles de la fonction cérébrale se manifestent souvent en premier dans les yeux.
Dans cette étude, des personnes ayant guéri de la COVID-19 ont subi une batterie de tests de suivi oculaire et de tests neurocognitifs. Ces tests ont examiné tout, des simples mouvements oculaires réflexes aux tâches plus complexes nécessitant prédiction, inhibition et coordination. Les résultats ont été frappants : jusqu’à 86 % des participants présentaient des anomalies sur au moins certaines mesures, touchant la majorité des domaines testés.
Il ne s’agissait pas d’une variation aléatoire. C’était un schéma.
La dégradation du contrôle fluide et prédictif
Les anomalies les plus importantes n’ont pas été observées dans les tâches simples, mais dans les plus complexes — celles qui exigent un contrôle de plus haut niveau.
La poursuite, c’est-à-dire la capacité à suivre de manière régulière un objet en mouvement, était fréquemment altérée. Au lieu d’un suivi fluide, les patients montraient des « intrusions saccadiques », où les yeux devaient sauter à répétition pour se corriger. Cela suggère une défaillance dans la capacité du cerveau à générer une sortie motrice continue et prédictive — un processus fortement dépendant de la coordination cérébelleuse et corticale.
Le nystagmus optocinétique (OKN), particulièrement à des vitesses élevées, était également significativement anormal. De nombreux patients présentaient une réduction du gain, ce qui signifie que leurs yeux ne pouvaient pas suivre le mouvement visuel. Cela indique un dysfonctionnement des voies de traitement du mouvement et de l’intégration entre les systèmes visuel et vestibulaire.
Encore plus révélatrices étaient les anomalies dans les saccades prédictives et les antisaccades.
Les saccades prédictives exigent du cerveau qu’il anticipe où une cible apparaîtra ensuite — un acte de timing, d’apprentissage et d’attente. Les antisaccades, quant à elles, nécessitent une inhibition : la capacité à supprimer l’envie automatique de regarder un stimulus et de regarder plutôt dans la direction opposée.
Les deux étaient fréquemment altérées.
Ces résultats suggèrent un dysfonctionnement non seulement du mouvement, mais aussi du contrôle exécutif, du timing et de l’inhibition — des fonctions profondément ancrées dans les réseaux corticaux frontaux, les circuits cérébelleux et leurs connexions.
Pourquoi les tests simples passent-ils à côté du problème ?
L’un des enseignements cliniques les plus importants de cette étude concerne ce qui n’a pas montré d’anomalies marquées.
Les saccades horizontales basiques — des mouvements oculaires simples et réflexes — étaient souvent relativement normaux. Les tâches standard de temps de réaction n’ont pas non plus révélé de déficits de manière constante.
Mais lorsque la complexité augmentait — lorsque les tâches exigeaient une coordination entre systèmes, de la prédiction, de l’inhibition ou une double tâche — les déficits devenaient évidents.
Cela a des implications majeures.
Un patient peut sembler « normal » lors d’un examen neurologique de base tout en présentant un dysfonctionnement significatif lorsque le cerveau est mis au défi. Si nous ne testons que les systèmes simples, nous risquons de passer complètement à côté du problème.
Le lien entre les symptômes et la fonction cérébrale
L’aspect le plus convaincant de l’étude est peut-être que ces constatations objectives n’étaient pas dissociées de l’expérience des patients. Elles étaient en accord avec les symptômes.
Les patients qui rapportaient des problèmes cognitifs — difficultés de concentration, troubles de la mémoire, ralentissement de la pensée — étaient plus susceptibles de présenter des anomalies dans les antisaccades, les saccades verticales et les mouvements oculaires auto-initiés. Il s’agit de tâches liées à la fonction exécutive, à l’activité du lobe frontal et au contrôle cognitif.
Ceux qui présentaient des symptômes vestibulaires — étourdissements, déséquilibre, mauvaise coordination — montraient des corrélations avec un nystagmus spontané, des déficits de poursuite et des anomalies des mouvements oculaires verticaux. Ces résultats reflètent un dysfonctionnement de l’intégration vestibulaire et du traitement cérébelleux.
Les symptômes somatiques tels que les maux de tête, les nausées, la sensibilité à la lumière et l’inconfort visuel étaient également liés à des anomalies de la vergence et de la poursuite.
C’est crucial. Cela suggère que ce que ressentent les patients n’est ni vague ni impossible à mesurer — il s’agit de changements réels et quantifiables dans la façon dont le cerveau traite l’information.
Une fenêtre sur la COVID longue
L’implication plus large est que la COVID longue pourrait représenter une forme de dysfonctionnement neural distribué — affectant les réseaux responsables de la prédiction, du timing, de l’inhibition et de l’intégration sensorielle.
Les systèmes les plus touchés dans cette étude — poursuite, OKN, saccades prédictives, antisaccades — ne sont pas des voies isolées. Ce sont des fonctions dépendantes de réseaux nécessitant une coordination entre de multiples régions cérébrales.
Cela correspond à ce que de nombreux cliniciens observent : la COVID longue n’est pas une lésion unique ou une atteinte localisée. Il s’agit d’une perturbation au niveau des systèmes.
Dans ce contexte, les yeux deviennent une fenêtre sur cette perturbation.
Du diagnostic à la rééducation
Au-delà du diagnostic, ces résultats ouvrent la porte à une rééducation plus ciblée.
Si des déficits oculomoteurs et vestibulaires spécifiques peuvent être identifiés, ils peuvent potentiellement être entraînés. La thérapie par mouvements oculaires, la rééducation vestibulaire, l’intégration cognitivo-motrice et les interventions basées sur la neuroplasticité peuvent toutes jouer un rôle dans la restauration de la fonction.
Il est important de noter que ces mesures objectives offrent également un moyen de suivre les progrès. Au lieu de se fier uniquement aux rapports subjectifs, les cliniciens peuvent surveiller les changements dans les performances des mouvements oculaires au fur et à mesure que le cerveau récupère.
L’avenir de l’évaluation neurologique
Cette étude met en lumière un changement dans notre façon de concevoir l’évaluation neurologique.
L’examen traditionnel — bien que précieux — peut ne pas suffire à capturer un dysfonctionnement subtil au niveau des réseaux. À l’avenir, des tests plus dynamiques et basés sur les systèmes pourraient devenir essentiels, particulièrement dans des conditions comme la COVID longue, les commotions cérébrales et les troubles neurologiques fonctionnels.
Le cerveau n’est pas seulement réactif. Il est prédictif, adaptatif et intégratif.
Et lorsque ces fonctions se dégradent, les yeux racontent souvent l’histoire en premier.
Le message clé
Les symptômes neurologiques post-COVID ne sont pas simplement des plaintes subjectives. Ils s’accompagnent souvent d’un dysfonctionnement mesurable dans les systèmes qui régissent le mouvement, la vision et la cognition.
Les indicateurs les plus sensibles ne sont pas les réflexes simples, mais les tâches complexes — celles qui obligent le cerveau à prédire, inhiber et intégrer.
Pour les cliniciens, le message est clair : si vous voulez comprendre le cerveau, observez les yeux.
Références
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