05/21/2026
𝐌𝐚𝐬𝐬𝐢𝐦𝐨 𝐁𝐞𝐫𝐠𝐚𝐦𝐢𝐧𝐢
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𝐋’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐨𝐥𝐨𝐠𝐮𝐞.
𝐏𝐮𝐛𝐥𝐢𝐞́ 𝐞𝐭 𝐦𝐢𝐬 𝐚̀ 𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝟏𝟑 𝐦𝐚𝐢, 𝐋𝐞 𝐃𝐞𝐯𝐨𝐢𝐫
Mai est le Mois de la sensibilisation à la santé mentale. Au Québec, cette année, c’est aussi le mois des éliminatoires de la Coupe Stanley, où le Canadien se retrouve en deuxième ronde après avoir éliminé le Lightning de Tampa Bay en sept matchs.
Prenant la parole devant les journalistes quelques jours après cette défaite, le capitaine du Lightning, Victor Hedman, a expliqué pourquoi il n’avait pas disputé la série. Il ne s’agissait ni d’une fracture ni d’une blessure musculaire. Il s’était retiré pour prendre soin de sa santé mentale.
Et son organisation l’a soutenu. C’est plus important que le résultat d’un septième match.
Nous sommes devenus experts, au Canada, pour parler de santé mentale. Nous consacrons des journées, des campagnes et maintenant des mois entiers à sensibiliser la population.
On encourage les gens à demander de l’aide. À parler ouvertement de détresse psychologique. À ne pas souffrir en silence. Et c’est important.
Mais le véritable test ne réside pas dans notre capacité à tenir ce discours. Il réside dans notre capacité à accepter ce qui arrive lorsque quelqu’un demande réellement de l’aide — et que cette demande vient avec un coût concret.
Victor Hedman n’est pas un joueur de soutien. Il est le capitaine du Lightning. Un gagnant du trophée Conn-Smythe. Le genre de joueur dont l’absence change l’issue probable d’une série. Contre le Canadien, cette absence s’est fait sentir.
Et pourtant, avec l’appui de son équipe et de son organisation, il a pris le temps dont il avait besoin, après des mois à essayer de tenir le coup et de composer avec quelque chose qui continuait à le ronger.
Je reconnais ce moment.
L’accumulation lente. Les compromis silencieux que l’on fait avec soi-même. La conviction que, si l’on pousse encore un peu — jusqu’à la prochaine échéance —, on pourra enfin ralentir. Sauf que l’on continue. Jusqu’à ce qu’on craque.
Pendant longtemps, je n’avais pas les mots pour décrire ce que je vivais.
Comme bien des gens, j’ai géré mes difficultés en privé, en évitant de les reconnaître pleinement. Ce n’est que plus t**d dans ma carrière, lorsque le sol s’est dérobé sous mes pieds, que j’ai compris l’importance de pouvoir compter sur un véritable soutien — celui qui aide à briser l’isolement et à secouer le poids du stigmate que tant de personnes portent encore.
Ce type de soutien demeure rare dans le monde du travail. Car la plupart des milieux de travail fonctionnent encore selon une logique implicite : il est acceptable de demander de l’aide — tant que cela ne nuit pas au rendement.
C’est là que les beaux discours s’arrêtent.
Or, Victor Hedman et le Lightning ont franchi cette ligne. Sa santé mentale n’est pas restée à l’arrière-plan. Elle l’a sorti de la formation. Elle a eu un effet concret sur les chances de son équipe. Et le Lightning ne l’a ni exposé, ni pressé, ni forcé à revenir. L’organisation a gardé le silence sur sa situation et lui a donné le temps dont il avait besoin.
Lorsqu’il a choisi de parler publiquement, après l’élimination de son équipe, son organisation a affirmé qu’il avait pris la bonne décision.
Voilà un exemple concret de « prendre la santé mentale au sérieux ».
D’autres organisations devraient observer attentivement ce que le Lightning a fait — non pas parce qu’il s’agit d’une équipe sportive, mais parce que les enjeux étaient élevés.
Trop souvent, les sociétés parlent de santé mentale tant qu’elle demeure abstraite, invisible ou sans conséquence sur les résultats. Le véritable test survient lorsque la souffrance psychologique entre en collision avec les impératifs de performance, les échéanciers et les attentes organisationnelles.
Le Lightning n’a pas seulement tenu le bon discours. L’organisation a accepté les conséquences concrètes de ce discours.
Dans ses commentaires aux médias, Hedman a remercié une thérapeute qui, selon lui, « ne connaît rien au hockey ».
Cette phrase est révélatrice. Cette personne ne le regardait pas comme un capitaine, un joueur étoile ou un actif stratégique. Elle le regardait comme une personne. Il y a là une leçon qui dépasse largement le sport.
Si la seule version de vous-même qui compte est celle qui performe, produit et endure, vous finirez par vous brûler.
Nous avons encore du mal à accepter cette vérité. Derrière les campagnes de sensibilisation et les bons mots, nous continuons de valoriser l’endurance, de récompenser la disponibilité constante et de pénaliser discrètement l’absence.
C’est précisément ainsi que se construisent les cultures d’épuisement professionnel. Puis nous nous demandons pourquoi tant de gens attendent d’être à bout avant de demander de l’aide.
Victor Hedman, lui, ne l’a pas fait. Il a pris une décision qui protégeait sa capacité de continuer à j***r de la vie, même au prix d’un résultat à court terme. Et son organisation a fait ce que plusieurs prétendent faire, mais que peu acceptent réellement lorsque la pression de performance est forte : elle lui a donné de l’espace.
Si le Mois de la sensibilisation à la santé mentale doit signifier quelque chose, ce ne peut être uniquement d’encourager les gens à parler librement de leur souffrance psychologique.
Ce doit être de bâtir des entreprises et surtout des cultures d’entreprise capables de soutenir leurs employés lorsque cette souffrance devient réelle, visible — et incompatible, pendant un temps, avec la performance attendue.
Le véritable test n’est pas notre capacité à parler de santé mentale en janvier ou en mai. C’est notre capacité à accepter les conséquences concrètes de ce discours le reste de l’année.