03/15/2026
LA SOLITUDE PARENTALE
J’ai vu passer sur mon fil aujourd’hui un article publié sur une plateforme web française, qui m’a singulièrement interpellée et bouleversée. Comme Facebook ne me permet pas de vous le partager tel quel, je me permets ici de m’en inspirer en vous en livrant les grandes lignes, et en le collant à ma propre réalité.
L’auteur, une certaine Louise Meunier, psychologue, raconte l’histoire et la prise de conscience d’une mère de 71 ans. Je vous confirme qu’à 62 ans, je suis à la même place que cette dame.
Ce qui pouvait être jadis considéré comme de l’ingratitude a changé de nom et est maintenant presqu'un fléau. À 71 ans, cette dame ne cherche plus à être appréciée par ses enfants, car ils ne valorisent pas ce qu’elle a à offrir. Ouch.
Je me bats contre ce malaise depuis quelques années vis-à-vis mes enfants. Et comme elle, je dois me rendre à l’évidence.
J’ai dû inviter moi-même mes deux fils et leurs conjointes pour souligner MON anniversaire en janvier dernier. Pour la première fois avec eux autour d’une table, je n’arrivais pas à suivre la conversation. Les sujets m’étaient inconnus, j’étais dépassée. Ils ne s’en sont pas soucié. Quelque part entre le moment où j’ai soufflé les bougies et celui où j’ai rangé seule la cuisine, mes enfants ayant dû partir, une révélation m’a frappée.
Bien sûr, mes fils m’aiment. Je n’en doute pas. Ils seraient profondément affectés s’il m’arrivait quelque chose. Pourtant, ce soir-là, je me suis sentie étrangère à ma propre table, à mon souper d’anniversaire. Les jeunes discutaient sans remarquer que je ne participais pas à la conversation.
Je crois que mes fils aiment l’image qu’ils se font de moi…la maman toujours présente, toujours en pleine forme, toujours prête à les écouter, à leur préparer un bon souper, à les aider côté finances. Mais depuis un bon moment, ils ont cessé de s’intéresser à ce qui se passe vraiment dans ma vie et encore moins dans ma tête. Ils n’accordent pas vraiment de valeur à ce que j’ai à offrir, ni à mon savoir, ni à mon expérience, ni à ma «sagesse» accumulée au fil de 62 années de vie.
L’article mentionne qu’il existe une distinction, entre être aimée et être réellement appréciée. Mon travail à partir de maintenant sera de cesser de courir après une reconnaissance qui ne vient pas. Je ne dois plus chercher à plaire à mes propres enfants. C’est épuisant psychologiquement. Je dois continuer de partager mes idées, ma générosité et ma sagesse, mais désormais pour moi-même et pour ceux qui savent vraiment écouter. C’est une prise de conscience douloureuse, mais qui doit, j’imagine, mener à la paix.
Comprendre la différence entre aimer et apprécier la valeur d’un parent
L’amour, c’est être présent à Noël. La valeur, c’est demander un avis sur quelque chose et écouter vraiment la réponse.
L’amour, c’est appeler pour prendre des nouvelles après un rendez-vous chez le médecin. La valeur, c’est appeler un mardi sans raison particulière, simplement parce que l’avis de votre maman compte pour vous.
Mes fils m’aiment comme ce que la société attend des enfants adultes d’aujourd’hui. Quand je leur donne un conseil, ils se contentent d’un hochement de tête poli. Quand je raconte une anecdote qui m’est arrivée, leur écoute relève plus de la tolérance que de l’intérêt.
J’étais convaincue que c’était un défaut personnel…que j’étais trop sensible, trop exigeante, trop envahissante. Mais en lisant cet article aujourd’hui, j’ai réalisé que je ne suis pas la seule. C’est un fléau dont personne ne parle.
Le besoin de compter
Le sentiment d’inutilité n’est pas une simple humeur, ou une déprime passagère. C’est une crise existentielle. Et elle survient lorsque notre entourage, et surtout nos enfants, cesse de nous considérer comme une personne ayant quelque chose à offrir. Une des choses qui m’a le plus marquée dans cet article est que, dans le monde actuel en constante évolution, les personnes âgées (lire ici les parents d’enfants adultes) sont souvent perçues comme n’ayant plus grand-chose à apporter.
La perte de reconnaissance ne se produit pas d’un coup. C’est un déclin progressif. Mes enfants cessent tranquillement de demander mon avis sur les décisions importantes. Ils m’en parlent de moins en moins. Ils ne me tiennent plus au courant des événements de leur vie, importants ou pas. Si je ne les appelle pas, il faut du temps avant que je sois au courant.
Rien de tout cela n’est cruel. C’est ce qui rend la chose si difficile à exprimer. Mes enfants ne sont pas méchants. Ils ont simplement… fini d’avoir besoin de moi de cette façon. Et le message sous entendu, transmis à travers mille petites interactions, est : nous t’aimons, mais nous n’avons pas besoin de ce que tu sais.
Les parents ont souvent besoin d’être rassurés sur le fait qu’ils sont appréciés pour l’amour et l’engagement qu’ils ont donnés, et pour l’avenir qu’ils représentent dans la vie de leur enfant. Ce besoin d’être rassuré n’est pas une faiblesse. Il est humain. Et lorsqu’il reste insatisfait trop longtemps, il se fige en quelque chose de plus silencieux et de plus triste : la résignation.
Pourquoi je décide d’arrêter d’essayer
Dernièrement, j’ai commencé à intégrer l’idée d’arrêter d’essayer de rejoindre et de toucher mes fils. Pas par chantage émotif, mais parce que l’effort de devoir le faire me met mal à l’aise et me rend triste.
Chaque conversation rapidement terminée me rappelle que ma relation avec mes fils a évolué vers un point où je suis « aimée » mais non consultée, incluse mais sans influence, présente mais pas particulièrement importante.
Les enfants se concentrent sur la sécurité et les aspects pratiques. Le parent, lui, aspire à quelque chose de bien plus simple : être entendu, considéré, et avoir encore une voix qui compte.
Cet article m’a aidée à comprendre que je gaspille mon énergie dans une entreprise vouée à l’échec. J’ai renoncé à l’idée que mes enfants se tournent un jour vers moi pour me dire : « Dis-moi ce que tu en penses. Je veux vraiment savoir. »
L’attente que j’entretiens envers mes fils est une source de déception. M’en libérer sera la source de ma paix.
Réorienter son énergie
Je dois donc concentrer mon énergie là où elle est réellement nécessaire. Comme écrire sur cette page. Et poursuivre l’écriture de mon roman. Non, non … je ne fais pas qu’en parler, j’écris activement. Je tiens à partager mon histoire pour celles (et ceux) qui ont vécu ce que j’ai vécu, et ils sont nombreux. Je considère aussi essentiel de transmettre mon histoire à mes fils, même si pour le moment elle ne les intéresse pas vraiment.
Comprenez- moi bien, je ne blâme pas mes enfants. Malgré les douloureux événements qui ont marqué notre famille, je les ai élevés pour qu’ils soient indépendants, et ils le sont. Je les ai élevés pour qu’ils soient forts, et ils le sont. Je n’avais simplement pas anticipé que cette indépendance que j’ai tant travaillé à leur inculquer se traduirait un jour par une distance entre nous.
Je n’ai pas besoin d’être le centre de leur vie. J’ai simplement besoin de savoir que j’y ai encore une place importante, non pas par obligation, mais comme une ressource. Comme quelqu’un dont les 62 années d’expérience peuvent réellement être utiles.
Conclusion de l’article
Les recherches sur la solitude et le vieillissement montrent que le sentiment d’isolement, même entouré de sa famille, a de réelles conséquences physiologiques. Il affaiblit le système immunitaire, accélère le déclin cognitif et augmente le risque de décès prématuré.
La solitude ne se résume pas à être seul. C’est aussi avoir le sentiment de ne pas compter. Et ce sentiment peut exister même à table, entouré de tous.
Je ne vais pas prétendre que renoncer à cette attente n’est pas douloureux. Ça l’est encore. Il y a une certaine tristesse à accepter que les personnes que l’on aime le plus au monde nous voient comme quelqu’un qui ne peut plus rien leur apporter. Mais je n’attends plus que le téléphone sonne pour une question qui n’arrivera jamais. Je prends moi-même le téléphone et je prends de leurs nouvelles.
Ils m’aiment. Je le sais bien.